Jean-François Chermann, neurologue, à propos des commotions cérébrales : « Les impacts peuvent être violents »

Jean-François Chermann. (A. Ferreira/L'Équipe)

Jean-François Chermann, neurologue spécialiste des commotions cérébrales, notamment en rugby, estime que les contacts sont de plus en plus rudes en hand.

« Nikola Karabatic et Cléopatre Darleux vous ont consulté pour des commotions cérébrales. Le hand n'y échappe pas non plus...
Le hand et le basket font figures de sports plus rassurants, beaucoup moins traumatogènes. Mais en hand, il n'y a quasiment pas un joueur à moins de 1,90 m pour 100 kg. Les impacts peuvent être violents : épaule contre tête, tête contre membre inférieur à vitesse élevée, notamment lors des sauts ou tentatives de tir.

Contrairement au rugby, le hand n'est pas considéré comme un sport dangereux...
Actuellement, le vrai préjugé c'est de dire : je ne vais pas mettre mon enfant au rugby, mais au hand car c'est beaucoup moins dangereux. Je n'en suis pas certain. Un ami, dont la fille joue au hand au poste de gardienne de but, a déjà eu trois commotions à 15 ans. Je ne sais pas si son cerveau va continuer à supporter de prendre des ballons en pleine tête. La réalité, c'est que je ne vois quasiment jamais de handballeurs, excepté les pros du PSG car le problème n'est pas encore conscientisé comme dans le rugby.

Une idée reçue est qu'une commotion provient de choc à la tête. Mais prendre des coups ailleurs peut aussi en provoquer.
Nikola Karabatic n'a pas pris de coup sur la tête. Quand il tire, le défenseur lui met soit un coup de coude, soit il y a un contact tête contre épaule, contre hanche, ou un coup de genou.

Les sportifs de haut niveau ont l'habitude de composer avec la douleur...
Le calendrier laisse peu de place à la récupération. Pour les commotions, on a constaté qu'il existait une inégalité entre les individus en termes de susceptibilité : des joueurs n'en feront jamais et d'autres ne toléreront pas les impacts reçus au cerveau. Certains n'en font pas pendant très longtemps, ou très peu, et en fin de carrière, ils en font plusieurs d'affilée et supportent de moins en moins les impacts, même légers.

Ce qui se passe dans le rugby, avec des cas de démence, pourrait arriver dans le hand ?
Tous les sports sont concernés, bien que certains soient plus à risque que d'autres.

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Que pensent les handballeurs à propos des commotions ?
On en est un peu au même point qu'au rugby il y a quinze ans. On faisait une IRM le lundi et, si elle était normale, comme dans plus de 95 % des cas, on disait au joueur que tout allait bien. Même s'il avait des maux de tête, de fatigue, des nausées ou la tête qui tournait, spontanément ou lors des efforts.

Les handballeurs peuvent jouer jusqu'à trois matches par semaine...
Il est sûr qu'en cas de commotion, si l'échéance suivante est quelques jours plus tard, cela met beaucoup de pression sur le joueur qui n'a qu'une envie : rejouer au plus vite. Je suis le référent neurologue de l'UFC en France, en MMA, un sport à la réputation catastrophique. Quand il y a un K.-O., un combattant a six semaines d'arrêt incompressible. Et à l'UFC, un combattant fait trois combats par an. »