Jenia Grebennikov, sur sa situation au Zenit Saint-Pétersbourg : « On s'est posé beaucoup de questions »

Jenia Grebennikov, sous le maillot de l'équipe de France, cet été au Mondial. (N. Luttiau/L'Équipe)

Le libéro des Bleus Jenia Grebennikov explique les raisons qui l'ont poussé à rester jouer en Russie, où il a signé à l'été 2021 un contrat de trois ans avec le Zenit Saint-Pétersbourg, malgré le contexte du conflit armé en Ukraine.

Leader invaincu en Super Liga avec Saint-Pétersbourg, qui a enregistré le renfort du capitaine de la sélection des États-Unis Matt Anderson en provenance de Chine, le champion olympique français a accepté de s'exprimer sur son quotidien russe, samedi matin, avant un match au Tatarstan face au Zenit Kazan, gagné 3-2.

« Comment se passe votre quotidien en Russie, à Saint-Pétersbourg ?
Je sais que ma réponse peut vous surprendre, mais bien, en fait. J'y suis installé avec ma famille, ma femme et mes deux enfants. Si cela n'allait pas, nous partirions. J'évolue aujourd'hui dans une grande ville, très agréable, ce qui était une de mes exigences sur la deuxième partie de ma carrière.

La guerre en Ukraine, au quotidien, n'existe pas pour vous ?
Personne n'en parle, en fait. Nous mettons peu la télé, pour préserver les enfants. Mais dans la vie de tous les jours, dans les rues, rien n'a changé. Quelque part, je suis à moitié russe (ses parents, Boris et Tatiana, et son frère aîné, Stanislav, sont nés en URSS, dans l'actuel Kazakhstan, lui à Rennes en 1990). Cela me rassure, me conforte dans ma décision d'être resté au Zenit. Je comprends tout ce qui se dit, cela m'aide. Ce sont aussi mes origines. J'ai un oncle et un cousin qui habitent Nijni Novgorod et à qui je donne régulièrement des nouvelles.


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Au club, personne, aucun coéquipier n'évoque le conflit armé ?
Non, on ne l'évoque pas du tout. Personne n'en parle. On parle de tout sauf de ça. Je ne veux pas non plus créer de problème. J'espère juste que la situation se calme et revienne à la normale.

Vous n'avez jamais songé à rentrer en France ? À quitter la Russie ?
Si, bien sûr. Je me souviens de ce matin de février (le 20) où je me lève et, en allumant mon téléphone, je reçois plein de messages me demandant si tout va bien. Je ne comprends pas tout, je trouve ça bizarre. On comprend vite qu'il se passe quelque chose, mais il faut avouer que nous ne sommes pas trop branchés infos avec ma femme. On a mis une journée ou deux à réaliser la gravité de la situation, en échangeant avec nos amis et notre famille. Je vous avoue qu'on s'est posé beaucoup de questions. On a même commencé à paniquer un peu. Le club du Zenit m'a assuré qu'il n'y avait aucun problème et que si je voulais partir, c'était possible. Personne ne savait vraiment comment cela allait évoluer.

Le consulat de Saint-Pétersbourg, que j'ai contacté par mail et par téléphone, m'a assuré que si je n'étais pas là pour du tourisme mais pour travailler, je pouvais rester. On a encore laissé passer une semaine à réfléchir avec ma femme et puis on a commencé à comprendre que les vols pour quitter la Russie étaient pris d'assaut. Deuxième moment de panique. Elle est partie rapidement avec notre fils. Avant qu'elle n'embarque, je lui ai promis que si la situation s'envenimait, je filais en voiture jusqu'à la frontière finlandaise (à moins de 400 kilomètres). J'ai encore vécu une semaine ou deux compliquées. Comme ce jour où j'ai vu des files d'attente se former devant les banques. Les gens venaient retirer leur argent, un peu comme en Italie au moment de la crise du Covid (il était à Modène).

Que vous disaient alors les dirigeants de Saint-Pétersbourg ?
De ne pas m'inquiéter. J'ai notamment discuté avec le footballeur iranien Sardar Azmoun, qui évoluait au Zenit et joue aujourd'hui au Bayer Leverkusen. À lui aussi, on disait la même chose. Pareil pour les basketteurs étrangers du club. Je me suis rassuré comme ça, en me disant que si les autres sportifs restaient, je pouvais le faire aussi.

Cet été, après le Mondial avec les Bleus, vous êtes-vous posés la question de savoir s'il fallait y retourner ?
Oui, bien sûr. J'ai beaucoup échangé avec ma femme et ma famille. On était tous d'accord pour que j'y retourne. Et je suis revenu avec eux, d'ailleurs.

L'aspect financier a clairement joué ?
Oui, très clairement. J'ai signé trois ans avec le Zenit, le plus gros contrat de ma carrière. J'ai 32 ans, je suis père de famille, j'ai des responsabilités. J'assume pleinement ce choix.

Avez-vous reçu des messages d'insultes sur les réseaux sociaux ?
(Petite grimace) Oui, évidemment, j'en ai reçu quelques-uns. Mais ce n'est pas cela qui va changer quoi que ce soit. Encore une fois, j'assume totalement de représenter le Zenit, qui est un grand club, avec un gros potentiel taillé pour tout gagner. Et à mon âge, je veux aussi gonfler mon palmarès.

Sauf que vous ne pourrez pas gagner la Ligue des champions !
Oui, c'est vrai. J'avoue que j'ai pris un gros coup quand l'exclusion des clubs russes a été prononcée par la CEV (Confédération européenne de volley). Là encore, j'ai réfléchi.

Pourquoi ne pas avoir missionné votre agent pour vous trouver une porte de sortie ?
Je l'ai fait, bien sûr, à la fin de la saison dernière. Sauf que tout était bouclé, le marché, y compris pour l'année suivante, est quasi fermé, surtout pour un libéro étranger. Je ne cherchais même pas un gros salaire, mais un projet costaud qui corresponde à mes aspirations. Rien d'intéressant n'est arrivé sur la table. Si, demain, une nouvelle offre arrivait, je l'étudierais avec attention. »


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