JEU DECISIF - Becker au confessionnal

L’ex-champion allemand vient de fêter ses 50 ans. A cette occasion, la télévision allemande lui a consacré un long documentaire. Introspectif et émouvant.

Le 22 novembre dernier, Boris Becker a donc soufflé ses cinquante bougies. Avec l’actualité de fin de saison, je n’avais pas pu « célébrer » sur ce blog cet anniversaire, cette date symbolique dans la vie d’une des plus fortes personnalités de l’histoire de ce jeu. Et puis, un ami vivant en Allemagne, m’a parlé d’un documentaire très réussi consacré à BB et m’a permis de le voir. L’occasion était donc toute trouvée pour évoquer le champion allemand.


Dans le tennis moderne, il y a eu un avant et un après Boris Becker. Comme le rappelle Ion Tiriac, le manager de ses jeunes et grandes années, « on n’avait jamais vu quelqu’un taper aussi fort dans la balle. » Pour avoir eu l’occasion de suivre la deuxième partie de sa carrière en tant journaliste -assister à des matches de Becker en Allemagne reste pour moi une expérience étonnante tant l’ambiance était atomique- j’avais toujours été impressionné par son charisme, son « soleil » comme il dit lui-même, son intelligence, mais une intelligence trop animale sans doute.

Lorsqu’il était d’humeur, les conférences de presse de Becker étaient passionnantes, brillantes même parfois, même si son énorme ego affleurait toujours. Je me suis alors dit qu’une fois sa raquette au placard, cet Allemand connu mondialement, mènerait une deuxième vie toute aussi riche et folle que celle sur le court. Je le voyais marcher sur les traces de son mentor Ion Tiriac, devenir une sorte de Jean-Claude Killy allemand.

A l’heure de ce cap symbolique de la cinquantaine, force est de constater que le destin de Becker s’est fortement compliqué depuis sa retraite de joueur. Mais comme sur le terrain, il ne s’apitoie jamais sur son sort, que ce soit sur ses problèmes physiques et ce pied droit meurtri par l’arthrite, conséquence de la multiplication des chocs, ou de ses problèmes financiers et des procédures judiciaires afférentes, liés à des investissements maladroits ou malheureux.

Dans ce documentaire très réussi de la télévision allemande WDR, Becker se livre complètement sur ce qu’il est devenu et sur le champion qu’il fut, monstre de volonté et de ténacité, lui que la Fédération allemande ne considérait pas à sa juste valeur. « A l’approche de la cinquantaine, un homme commence à réfléchir sur ses bonnes et mauvaises décisions » dit-il. « J’ai été une célébrité pendant trente ans et il y a un prix à payer ».

Ce prix est peut-être une certaine forme de solitude, notamment symbolisée par sa foi. Même s’il vit désormais heureux non loin de Wimbledon -où il aimerait être enterré-, avec sa deuxième épouse, Lilly, et son quatrième enfant, Amadeus, Becker explique « avoir beaucoup d’amis mais pas de meilleur ami. Je compte même mes vrais amis sur les doigts d’une main ».

Et tout le film est finalement une réflexion sur ce rapport compliqué aux autres et à la célébrité. Il évoque Leimen, sa ville natale, qui s’était en quelque sorte approprié l’enfant prodige contre son gré, cette Allemagne qui en fit un dieu, ou le public en général, qu’il aimait hostile comme lors de cette rencontre de Coupe Davis entre l’Allemagne et les Etats-Unis où il avait dominé John McEnroe, en 6h39 de jeu.

Le documentaire qui s’ouvre boulevard d’Auteuil à Roland-Garros, où l’on voit le champion quitter le stade de sa démarche de petit vieux, est aussi un témoignage sur la violence physique du sport et du tennis en particulier. Becker, qui était -il est vrai- un peu lourd, ne s’est jamais ménagé. Et à force de courses, de sauts, de chocs, il s’est donc complètement abîmé le pied droit. A tel point que son chirurgien suisse se dit stupéfait qu’il « soit encore capable de marcher, alors que le plupart des gens avec un tel handicap seraient en chaise roulante ou avec des béquilles. » Becker tel qu’en lui même finalement. Solide comme sur le court. Ce même chirurgien vient de l’opérer et lui a promis qu’il récupérerait quasiment toutes ses facultés.

Autre épisode étonnant de ce film : le récit de la finale de Wimbledon 1991 contre Michaël Stich. Becker, le grand Becker, maître des lieux et de ses émotions, va quasiment perdre le match dans les vestiaires, lorsque Stich va à sa rencontre, plutôt que de rester dans son coin, comme cela se passe généralement. Stich prend son adversaire du jour dans ses bras en lui glissant : « c’est formidable que deux Allemands disputent la finale de Wimbledon ». BB, qui avait une routine très précise avant d’entrer sur le court, est totalement déstabilisé par ce geste. Trois sets plus tard, Stich s’agenouille sur le Centre Court, avant de serrer Becker une nouvelle fois dans ses bras.

« Je ne suis pas VOTRE Boris Becker, c’est un malentendu. Je suis moi-même  (…). Je pourrais très bien vivre sans que l’on parle plus jamais de moi dans la presse ou à la télévision. » Ainsi parle le champion allemand à la toute fin du film. Et pour la première fois, j’ai, je dois le dire, un peu douté de sa sincérité. Même à 50 ans, on a encore le droit de se mentir à soi-même…

PS : Boris Becker, portrait d’un joueur, 1h29, produit par WDR, réalisé par Hanns-Bruno Kammertöns et Michael Wech, commence être diffusé dans certains pays sur Netflix, mais pas encore en France. Je vais me renseigner pour savoir s’il est en cours d’acquisition par une chaîne française ou s’il sera bientôt disponible sur la version française de Netflix.

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