JEU DÉCISIF - Chardy, appelez-le Monsieur le directeur !

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Démarche rarissime, un joueur en activité se jette corps et âmes dans le lancement d’un tournoi pro. Jérémy Chardy, 35e mondial est désormais le big boss du Challenger de Pau. Un pari audacieux et généreux. A son image.

<em>(REUTERS/Edgar Su)</em>
(REUTERS/Edgar Su)

Il est minuit bien sonné dans les couloirs du centre de presse de Melbourne Park. Jeremy Chardy vient de se livrer aux médias français après sa défaite en cinq manches contre Alexander Zverev. Malgré l’heure tardive et la déception, le Palois donne de son temps, avant de lancer à la cantonade, alors qu’il part répondre à une dernière interview pour la télévision, ça ne vous dirait pas de faire un article sur mon tournoi ? « Son » tournoi. Mais quel tournoi ?

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« Bah mon tournoi Challenger, à Pau, fin février. Je suis directeur !

Je lui avoue que je n’étais pas au courant. Mais oui, évidemment, car un joueur en activité qui lance un tournoi, ça sort vraiment des schémas traditionnels, notamment de l’image auto-centrée du champion du tennis. Et une démarche qui en dit long sur la personnalité de « Jérem » Chardy, assurément l’un des joueurs, en coulisses, les plus appréciés du circuit.

Le lendemain, après avoir passé le premier tour dans le tableau de double, en compagnie de Fabrice Martin, Monsieur le directeur est de retour au centre de presse pour venir raconter cette folle aventure. Et c’est peu de dire qu’il est passionné quand il évoque ce projet. « Je suis parti d’une idée simple. Le tennis a un peu disparu du paysage dans le Béarn. J’ai envie que ce sport (re)vive bien dans ma région et dans ma ville, explique-t-il. Ça passe par le haut niveau. On a eu des matches de Coupe Davis à Pau et puis… En m’investissant ainsi, je veux aussi redonner quelque chose à tous ceux qui m’ont aidé au début de ma carrière. »

D’où l’idée d’un tournoi Challenger, un « 90 », bien plus simple et bien moins lourd à monter financièrement qu’un tournoi ATP 250 par exemple. Le point de départ a été l’investissement dans le projet de Teréga (un fournisseur de gaz, également sponsor de Chardy), prêt à s’engager pour les trois premières années. « Je n’imaginais pas que c’était un boulot aussi dingue. J’ai passé un bonne partie de mon mois de décembre à bosser là-dessus. Il faut aller les chercher, les 400 000 euros de budget ! Et puis je n’ai pas encore tous les codes du monde économique ou politique, poursuit-il. Ce n’est pas facile de te retrouver face à François Bayrou (maire de Pau) pour lui présenter ton affaire. »

A l’écouter, on comprend très vite qu’il n’est pas qu’un simple ambassadeur ou une tête de gondole. Il est totalement investi. D’où la question de savoir s’il n’a pas eu peur que tout ce temps et cette énergie dépensés affectent son rendement de joueur. Un éventuel problème que Chardy balaye d’un revers de la main. « Quand tu es passionné… »

Force est de constater que le jeune directeur apprend vite puisque la ville mettra gracieusement à disposition du tournoi le magnifique Palais des Sports. Autour du tournoi en lui-même, Chardy et son équipe vont mettre en place nombre d’événements comme une épreuve de jeunes 14 ans et moins, des rencontres thématiques et le vendredi soir, une exhibition où Monsieur le Directeur troquera son costume pour sa tenue du joueur, avant un grand dîner où son ami le chef Yves Camdeborde prendra les commandes.

Chardy qui, en tant que patron du tournoi, n’a pas le droit de le disputer, comme le stipule le règlement de l’ATP, devrait notamment accueillir Nicolas Mahut, Gregoire Barrère (récent vainqueur à Quimper), Quentin Halys, Sergiy Stakhovsky, Simone Bolelli ou le spectaculaire Dustin Brown. L’entrée est gratuite du lundi au jeudi et s’échelonne de 8 à 20 Euros (ça c’est pour le vendredi soir avec l’exhibition) les jours restants. Si vous êtes dans la région, n’hésitez pas ! Et du même coup, soutenez la formidable démarche de Jérémy Chardy…

Terega Open Pau Pyrénées, du 25 Février au 3 mars 2019, au Palais des Sports de Pau.

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