JEU DECISIF - Dis, papa, comment on fait les champions ?

On aurait mal à notre tennis français. La faute à une bande de vrai-faux Mousquetaires vieillissants qui n’en met plus une dans le court. Et à la génération suivante qui traine à s’imposer. Mais devenir un champion, ça ne se décrète pas comme ça.

Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga à Monte-Carlo en 2016.
Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga à Monte-Carlo en 2016.

Et c’est reparti pour un petit pataquès autour du tennis français en crise. Point de départ : un dossier dans Le Parisien de ce mercredi, avec en vedette, une interview d’Henri Leconte, qui une nouvelle fois, n’a pas tourné sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Riton, et c’est pour ça qu’on le sollicite et qu’on l’aime, canarde à l’emporte-pièce, mais ce n’est pas grave. Ca fera du buzz. C’est bon ça, coco. 

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Le tennis français -de haut niveau, précisons-le, parce que le tennis français ne se réduit pas à quatre ou cinq joueurs en peine de résultats- n’est pas en crise parce qu’une génération de trentenaires a mal aux cheveux, au genou ou à tout ce que vous voulez, non, le tennis français est surtout dans l’attente, entre une génération en bout de piste et celle qui doit lui succéder. Ca ne va sans doute pas assez vite, donc ça inquiète. Quentin Halys, Benjamin Bonzi, Corentin Moutet ou Geoffrey Blancaneaux sont prometteurs et pourraient très bien suivre le sillage de Lucas Pouille, probable prochain chef de file. Pourraient. Ou pas. Pourquoi ? 

Parce que la réussite d’un joueur de tennis est une aventure personnelle, fruit de son talent, de son physique et de son travail. Mais aussi et surtout de son envie, de sa rage, de son self belief comme disent les anglos-saxons, de sa capacité à se persuader qu’il sortira du lot. Novak Djokovic, par exemple, n’a jamais douté de sa destinée, tout en étant le contemporain de Roger Federer et Rafael Nadal. Fallait oser quand même ! Et c’est -aussi- pour ça qu’il a réussi. Arrive un moment dans la carrière d’un joueur où il devient le seul, oui, le seul maître à bord. Il n’est alors plus question de revers, de coups droit, mais simplement d’un feu intérieur qui vous pousse à tout entreprendre pour y arriver. Parce qu’il sait que seuls les succès, les grands, le combleront pleinement. Et ça, ce n’est pas, ce n’est plus, de la responsabilité d’une Fédération ou d’un entraineur. Peut-on susciter la faim de victoires, la vraie, celle qui prend naissance au plus profond de vous ? Je n’en suis pas sûr. Mais certains, parce que c’est lié à leur histoire personnelle, l’ont plus que d’autres. La victoire est un long cheminement, propre à chacun. Comme la foi. Reste à savoir si l’on veut ou peut vraiment trouver le chemin.

Non, le rôle d’une Fédération de tennis, c’est de repérer les talents, de les former techniquement et mentalement, ce qui doit les amener, en moyenne, entre la 100e et la 200e place mondiale. Après, le joueur doit totalement prendre les commandes de son projet et payer entièrement son entourage par exemple. Alors oui, il faut de l’ego, et on a souvent reproché à Jo-Wilfried Tsonga d’en avoir un peu trop. Ca devient donc du melon. Vive le melon, alors. Des quatre pseudo Mousquetaires, il est celui qui affiche aujourd’hui le palmarès le plus dense de sa génération. Plus dense en individuel qu’un certain Henri Leconte d’ailleurs.

Gasquet, Monfils, Tsonga, et à un degré moindre, Simon, avaient-ils vraiment un ou plusieurs titres du Grand Chelem dans leur raquette ? Bah non! Sinon, ça serait déjà dans la boite, tout comme une victoire en Coupe Davis (même si ce sera peut-être le cas cette année, dans les conditions que l’on sait). Nous nous sommes bercé d’illusions pendant longtemps en nous focalisant sur le formidable talent naturel de certains, miroir déformant de leur potentialité. En oubliant la clef : qu’en savions-nous de leur conviction intime de casser la baraque (et tout ce qui va avec) ? 

Le tennis français de haut-niveau sera vraiment en crise le jour où il ne sera plus capable de détecter et d’accompagner des joueurs vers le top 100. Dans ce but, la FFT a d’ailleurs récemment choisi de mettre en place une méthode plus individualisée. Pourquoi pas. Mais la réalité, c’est qu’un cador, c’est une exception. Vous avez une recette pour cultiver les exceptions, vous ?

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