JEU DECISIF. En Coupe Davis, les absents ont toujours tort

Les Bleus mènent 2-0 au terme de la première journée de ce quart de finale face à la Grande-Bretagne. De quoi faire largement oublier la défection de Jo-Wilfried Tsonga.

Jo-Wilfried Tsonga

C’est un défaut assez français. On aime évoquer ce qui ne tourne pas rond. Appuyer là où ça fait mal. Le syndrome du verre à moitié vide, en quelque sorte. Ainsi, dans les couloirs de la Kindarena de Rouen, théâtre en bords de Seine de ce France/Grande-Bretagne de Coupe Davis, l’absence de Jo-Wilfried Tsonga nourrit les conversations comme elle a rempli les colonnes des journaux et les pages web les jours précédents la rencontre. En révélant que le meilleur français du moment lui avait annoncé en fin de saison dernière vouloir faire l’impasse sur toute la saison 2017 de Coupe Davis, Noah, dans le même temps, a choisi de montrer publiquement son amertume. Tsonga loin de l’équipe, ce n’était donc pas seulement due à la naissance récente de son premier enfant. Et le capitaine a donc voulu qu’on le sache. Noah, maître es communication, fait rarement les choses au hasard.

Au regard de la première journée de cette rencontre et des succès plein d’autorité de Lucas Pouille et Jérémy Chardy, la fugue du numéro un français devrait être sportivement sans conséquence, les Britanniques, rappelons-le, étant aussi privés de leur leader. Mais Tsonga, l’un des chauds partisans du retour de Noah, après avoir savonné la planche d’Arnaud Clément, a, plus grave peut-être, sans doute abimé sa relation avec son capitaine. Contrairement à d’autres pays, on ne badine pas avec l’esprit d’équipe chez les Bleus de la Coupe Davis. D’ailleurs, c’est parce qu’il a été si longtemps irréprochable en équipe de France, qu’on a justement du mal à comprendre le choix de Tsonga, à l’heure où Noah a repris le flambeau afin d’aider cette génération a enfin le gagner, ce satané Saladier d’Argent.

L’absence de Tsonga, et un degré moindre celle de Gaël Monfils, blessé, contrastait en tout cas avec la présence de Richard Gasquet et celle de Pierre-Hugues Herbert, tous deux convalescents, mais qui ont effectué le déplacement en Normandie pour soutenir leurs copains. Et que dire de Pouille, blessé, qui avait tout de même accompagné ses potes au Japon lors du premier tour. “C’est énorme ce qu’il a fait”, a d’ailleurs souligné Noah, comme pour en rajouter une couche sur qui vous savez. Tsonga, pourtant, sait très bien combien un groupe se nourrit aussi de ce genre de gestes. Lui-même, en 2009, était venu sur des rencontres alors qu’il était pourtant sur le flanc. Autres temps, autres moeurs ?

Les années passent. Il est donc impératif que le quatuor majeur de cette équipe -Tsonga-Monfils-Simon-Gasquet- se serre les coudes afin de ramener un jour ce trophée. On le sait, à moins d’un miracle maintenant, il est fort probable qu’aucun des quatre ne gagnera un tournoi du Grand Chelem. La Coupe Davis, même si c’est une épreuve collective, demeure pour eux l’occasion de remporter enfin quelque chose de grand. Et quand on voit les atermoiements de Monfils l’an passé ou l’attitude de Tsonga cette saison, on est parfois en droit de se poser une question : est-ce que ce trophée les fait encore rêver tant que ça ? Eux seuls ont la réponse.

Christophe Thoreau

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