JEU DÉCISIF - Federer, 20 ans par l’image

La photographe Corinne Dubreuil publie Federer for ever. Un beau livre qui célèbre la longue et formidable carrière du champion suisse. Cadeau de Noël obligatoire pour les fans du Maestro ! Et l’occasion de discuter photo avec notre chasseuse d’images.

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Il est sans doute l’une des personnalités les plus photographiées au monde. Voilà vingt ans que Roger Federer, devenu en deux décennies une icône, une marque, une signature, arpente les courts du monde entier avec le succès que l’on sait. 20 ans et surtout 20 titres du Grand Chelem, un autre chiffre qui fait tourner la tête des supporters du Suisse et des suiveurs du circuit dont Corinne Dubreuil, photographe, témoin privilégié de 19 des 20 succès majeurs de Federer.

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Trente ans sur l’ATP et la WTA Tour pour Corinne et 20 ans donc à immortaliser Federer. Ça valait bien un livre (Federer for ever, éditions Favre), né après que le magazine suisse L’Illustré, avec lequel elle travaille régulièrement, lui a demandé de se plonger dans ses archives pour célébrer ces fameuses deux décennies de la carrière du champion helvète.

Le résultat est à la hauteur de la réputation de Corinne, devenue l’une des figures du métier dont l’œil et la gentillesse en font quelqu’un de très apprécié dans les coulisses du circuit. Et, privilège ultime, de Maitre Federer qui lui a parfois ouvert les portes de son intimité.

Articulé autour des quatre tournois du Grand Chelem, le livre regroupe 250 photos dont 90% sont inédites. Dont les photos d’actions, ce domaine où Corinne n’a eu de cesse de s’améliorer. Je peux en témoigner car nous avons quasiment commencé ensemble dans le même journal et j’ai toujours été admiratif devant son travail qui prend de l’épaisseur au fil des années. Ce livre en est un magnifique condensé.

Corinne, quelle est pour toi une bonne photo de tennis ?
Des bonnes, tu n’en fais pas souvent ! Une bonne photo de tennis doit réunir pas mal d’éléments. A commencer par l’émotion. Esthétiquement, elle doit être belle évidemment, à la fois grâce à la lumière et à ton sujet. Mais ce qu’il faut dire, c’est qu’on peut faire une belle photo de tennis avec n’importe quel sujet.

Pour les photographes amateurs qui ont envie, par exemple, d’immortaliser des copains un dimanche matin en Interclubs, quelles sont les grandes règles à suivre pour réussir des photos de tennis ?
Bien connaitre le sport. Se placer au bon endroit. Avoir du matériel adapté et le matériel amateur suffit largement à faire des choses correctes. Sur le plan technique, il faut utiliser une vitesse élevée pour figer le mouvement (sauf à vouloir faire un mouvement particulier), et, au minimum, utiliser le millième de seconde. Et après, c’est la sensibilité de chacun qui fera le reste.

Passons à Federer, l’objet de ton livre. Est-il un bon sujet à photographier ?
Il l’est devenu. Car il n’est pas facile à photographier. Il a une gestuelle sublime mais photographiquement, ce n’est pas si simple à capter. Nadal est plus facile à photographier par exemple. Federer ne s’exprime pas tant que ça, moins que Nadal en tout cas. Mais le fait qu’il soit devenu un champion hors norme l’a rendu magnifique à photographier.

J’ai noté que dans les photos d’action du livre, il y a une très large majorité de photos de lui effectuant un revers…
Je n’y avais pas fait attention. Mais lorsqu’il frappe un coup droit, il a la tête penchée et tournée. Esthétiquement, ce n’est pas très joli. Tandis qu’en revers, qu’il soit lifté ou chopé, l’équilibre est parfait et donc bien plus esthétique. Sortir une bonne photo de lui en coup droit, ce n’est vraiment pas facile.

Concernant les photos en dehors du court, comment as-tu gagné sa confiance ?
Le milieu du tennis est un petit milieu et les joueurs ont l’habitude de te voir. Et, à force de te croiser, le joueur et l’entourage se disent, « tiens celui-là ou celle-là, c’est quelqu’un de sérieux ». C’est aussi l’entourage du joueur qui rend crédible le travail que l’on fait.

Federer en tête à tête, ça fait quoi ?
C’est impressionnant et stressant parce qu’on se dit « pourvu que je ne me plante pas ». Mais c’est aussi un plaisir, car c’est un pro. Il sait exactement ce qu’il doit faire. Tu n’as pas grand chose à lui expliquer. C’est facile, il a l’habitude. Il sait comment se mettre en valeur. Il connait ça par cœur maintenant.

Bon, on risque de me poser la question via les commentaires, donc je te la pose : à quand un projet identique avec Nadal ?
J’adorerais ! Et j’ai largement de quoi faire. J’avais proposé l’idée à Benito Perez Barbadillo -le responsable de com du joueur espagnol- il y a quelques années. L’idée lui plait mais il avait trouvé à l’époque que c’était un peu tôt, Nadal n’avait alors gagné « que » sept fois Roland-Garros. Donc oui, j’aimerais que ce livre voie aussi le jour prochainement…

Federer for ever par Corinne Dubreuil, Éditions Favre, 160 pages, 250 photos, 39 €.

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