Jeux méditerranéens: malgré les difficultés de leur pays, six sportifs libanais à Oran

© Christophe Jousset/RFI

Alors que le Liban traverse une crise économique sans précédent, six portifs libanais ont fait le déplacement à Oran pour les Jeux méditerranéens. L’escrimeuse Rita Abou Jaoudé témoigne des conditions de la pratique sportive au Liban.

De notre envoyé spécial à Oran,

En août 2020, une énorme explosion dans le port de Beyrouth tue des dizaines de personnes et en blesse des milliers d'autres. On compte au moins 218 morts. Les images de cette catastrophe ont fait le tour du monde et depuis, les Libanais vivent une crise économique sans précédent. Sans parler de la crise politique qui empêche le pays d’avancer.

Aujourd’hui, les jeunes Libanais cherchent désespérément à partir à l'étranger pour y faire carrière. En 2021, 79 134 personnes ont quitté le Liban, selon Information International, un cabinet de recherche et de conseil indépendant basé à Beyrouth. Il s’agit de la vague d'émigration la plus importante enregistrée en cinq ans.

« La crise économique nous a freinés dans notre élan »

L’escrimeuse Rita Abou Jaoudé est restée dans son pays. Présente à Oran, elle témoigne des difficultés pour les athlètes de haut niveau à continuer leur carrière sportive malgré la crise économique. « Je ne me suis pas beaucoup entraîné avant d’arriver ici, raconte-t-elle. Avec le Covid-19, l’explosion du port... on a du mal à s’entraîner. On manque cruellement de moyens, nous n’avons pas d’argent pour remplir le réservoir de la voiture pour aller au club, nous n’avons plus nos entraîneurs, la crise économique nous a freinés dans notre élan. On ne joue plus avec le cœur, nous sommes fatigués émotionnellement. » Au Liban, le prix de 20 litres d’essence est désormais plus élevé que le salaire minimum. Après deux matches de poules, Rita Abou Jaoudé s'est qualifiée pour les 16e de finale avant d'être éliminée. En dehors de l'escrime, les sportifs libanais ont représenté leur pays en boxe, en judo et en haltérophilie.

Les athlètes libanais ne participent pratiquement à aucune compétition internationale depuis la crise que vit le Liban. « Chez nous, il n’y a plus de pain, les gens manifestent, et nous avons dans la tête les problèmes de nos familles. Ces problèmes nous perturbent même pendant la compétition. Mais il faut être là pour montrer au monde que nous sommes un peuple fort. J’espère que les années qui arrivent seront meilleures », explique Rita Abou Jaoudé.

« Parfois, il n’y a pas d’électricité »

Seulement six athlètes libanais ont participé aux Jeux méditerranéens. C’est beaucoup moins que d’habitude. En 2018, à Tarragone en Espagne, ils étaient une trentaine. Le Comité national olympique libanais a dû faire des choix et beaucoup de sportifs ont été contraints de rester à la maison. La délégation libanaise rentrera bredouille à la maison. Loin de la razzia italienne, avec presque 150 médailles.

À 28 ans, Rita Abou Jaoudé, qui pratique l’escrime depuis deux décennies, espère vivre les JO de Paris 2024. Mais elle doit participer à un maximum de compétitions pour engranger des points à la ranking list (classement international). Formée à Beyrouth, elle devrait participer aux Mondiaux au Caire du 25 au 20 juillet prochain. « Mon club a été détruit par l’explosion du port. Les enfants ne viennent plus, ils ont peur. Parfois, il n’y a pas d’électricité. Il ne reste qu’une seule piste pour s’entraîner », se désole Rita Abou Jaoudé.

Désormais, 75% des Libanais vivent en dessous du seuil de pauvreté. La crise financière a anéanti les salaires, les médicaments et les denrées alimentaires sont devenus presque inaccessibles. Comme une grande partie des Libanais, Rita Abou Jaoudé garde la tête haute, et sourit en attendant des jours meilleurs.

Propos de Rita Abou Jaoudé recueillis par Christophe Jousset

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