Les Jeux Paralympiques, un accélérateur pour rendre Paris accessible aux personnes en situation de handicap ?

Pour l'heure, « aucun métro à Paris n'est accessible », déplore le Comité paralympique et sportif français par la voix de son directeur général, Élie Patrigeon. (P. Lopez/AFP)

Les Jeux Paralympiques (28 août-8 septembre 2024) devraient accélérer les chantiers destinés à rendre Paris et l'Île-de-France plus accessibles aux personnes en situation de handicap.

Il y a dix ans, les Jeux Paralympiques de Londres marquaient une prise de conscience, l'évidence qu'ils n'étaient pas « une annexe » des Jeux Olympiques, selon l'expression de Lambis Konstantinidis, le directeur de la planification et de la coordination au comité d'organisation des Jeux de Paris 2024. « Avec Tony Estanguet (le patron du COJO), on a rencontré plusieurs dirigeants des comités d'organisation des Jeux de Rio (2016), Athènes (2004) ou Sotchi (2014). Tous nous ont dit : "Si on avait su, on aurait davantage investi dans les Paralympiques." Alors on ne veut pas se retrouver dans cette situation », explique-t-il.

La volonté de traiter les deux événements à égalité, exprimée dès la phase de lancement de la candidature en 2016, s'est traduite par un logo unique, une seule équipe de France et bientôt deux mascottes qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Reste à relever trois grands défis pour n'avoir vraiment aucun regret.

Le point noir des transports
« C'est l'enjeu principal », confirme Élie Patrigeon, le directeur général du Comité paralympique et sportif français (CPSF), qui souligne qu'« aucun métro à Paris n'est accessible ». À l'exception de la ligne 14, automatisée, le métro parisien « rentre dans les critères d'impossibilités techniques » du fait de son ancienneté, souligne Île-de-France mobilités (IDFM), responsable des transports franciliens. En revanche, selon la société, les tramways, RER A et B et l'ensemble du réseau de bus sont accessibles.

Partenaire de Paris 2024, IDFM s'est par ailleurs engagée à fournir 1 400 bus et cars propres (électriques et au biogaz) pour les 200 000 accrédités des Jeux Olympiques et Paralympiques. Mais la réglementation française est très stricte en limitant le nombre de personnes en fauteuil dans chaque bus. « On est dans une logique très protectrice qui est un frein. J'espère que la prochaine loi olympique et paralympique va alléger ces contraintes », souligne Élie Patrigeon.

L'une des solutions consiste à déployer une flotte de 1 000 taxis, promise par l'État, probablement avec l'appui de Toyota, partenaire mondial du CIO. « On travaille aussi avec Paris Aéroports et la SNCF. Ils ont le bon dispositif mais on doit s'interroger sur le volume car il faudra accueillir des milliers de personnes en situation de handicap en même temps », précise Lambis Konstantinidis.

Objectif « accessibilité universelle »
« On a une stratégie d'accès globale, depuis les informations sur les Jeux jusqu'à l'arrivée dans le site en passant par l'achat de billets », poursuit le directeur de la planification et de la coordination du COJO. Le site Internet de Paris 2024 offre déjà plusieurs informations avec des textes courts et des mots simples. « Le COJO a fait un énorme boulot dans la présentation de ses contenus digitaux », apprécie Élie Patrigeon. L'idée des acteurs des Jeux est de booster les aménagements favorisant « l'accessibilité universelle » d'ici à la cérémonie d'ouverture des Jeux Paralympiques, le 28 août 2024, place de la Concorde.

La Ville de Paris a choisi deux quartiers pilotes en « accessibilité augmentée », dans les Xe et XIVe arrondissements, avec l'objectif d'en avoir dix-sept à l'été 2024. « C'est penser la ville pour tous les gens qui ont des difficultés à se déplacer : les personnes âgées, malvoyantes, avec des poussettes... décrypte Pierre Rabadan, l'adjoint aux Sports. On travaille sur la chaussée, la taille des trottoirs, les obstacles comme les plots... mais aussi les commerces de quartier, pour les rendre davantage accessibles avec une pente douce ou une rampe. »

Une signalétique unique et simplissime
Côté signalétique, le challenge consiste à harmoniser les messages depuis les lieux d'arrivée jusqu'à l'intérieur des sites. Le COJO a par exemple indiqué à la Ville de Paris la police de caractères utilisée par le comité et les couleurs de référence. « Nous sommes responsables de la zone d'approche, donc on travaille avec le COJO pour avoir une cohérence depuis l'arrivée à l'aéroport ou à la gare jusqu'au site », confirme Rabadan. « On privilégie les grands symboles, faciles à lire, avec des couleurs étudiées », poursuit Konstantinidis.

Pour guider les athlètes et les spectateurs, la Ville de Paris prévoit aussi de recruter et former 5 000 volontaires, outre les 45 000 de Paris 2024, dont 3 000 en situation de handicap. Escortés jusqu'à leur place, à proximité d'un accompagnant si besoin, les fans auront accès à des messages simples, avec une musique facilement reconnaissable, et le COJO planche sur différentes applications.

Le dispositif doit être opérationnel avant la cérémonie d'ouverture des JO, le 26 juillet 2024, ce qui permettra de procéder à des ajustements si nécessaires pendant les dix-sept jours qui
séparent les Jeux Olympiques des Paralympiques. « Paris va accueillir les Mondiaux de para-athlétisme (8-17 juillet 2023), la plus grosse compétition après les Paralympiques. Ce sera l'occasion de tester le sujet de l'accueil, des transports, de la signalétique, même si le stade Charléty n'est pas un site olympique, annonce Pierre Rabadan. Les records sont faits pour être battus. J'espère qu'on sera au-dessus de ce qu'a fait Londres. » Chiche ?