Jeux Paralympiques - Arnaud Assoumani, 8e à la longueur aux Jeux Paralympiques de Tokyo : « Le pire concours de ma carrière »

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À 35 ans, Arnaud Assoumani a terminé 8e de la finale à la longueur (6,89 m). Pour ses cinquièmes Jeux, il est resté loin d'une sixième médaille paralympique. Son bilan est sans concession, mais sa réflexion essentielle pour l'évolution du regard et des mentalités. « Comment avez-vous vécu cette finale ?
J'ai l'impression de ne jamais avoir été dedans. De ne pas m'être exprimé. Pas réussir à courir. C'est très frustrant, parce que j'ai l'impression de me saboter. C'est le pire concours de ma carrière. Je ne réponds vraiment pas présent alors que, physiquement, j'étais en meilleure disposition qu'en 2012 (argent en longueur et au triple saut) et 2016 (bronze en longueur) malgré la grave blessure d'il y a un an (rupture totale d'un tendon au niveau des ischios de sa jambe d'appel). Après, mentalement, je savais que ce serait compliqué à cause de différentes appréhensions. Pas assez de compétitions. Mais là... Je suis très loin de mes possibilités. C'est un non-concours. Forcément, ça me pose beaucoup de questions. Ce non-concours, vous en rendez-vous compte à mesure qu'il avance ?
Oui. Des fois, on peut se rendre compte des choses et réagir. Là, j'essaie. Mais ça n'a jamais été bien au niveau des sensations. La piste m'échappait. Je n'arrive pas à appuyer tellement mon pied renvoie. Du coup je ne cours pas... Il n'y a pas d'excuse. Il faut pouvoir être présent. C'est ce qui faisait ma force jusqu'à maintenant ; là, ça met en doute plein de choses, ça m'interroge. « J'ai eu zéro plaisir aujourd'hui (mardi). Il y a tellement de moments de souffrance, de difficultés » À quel propos ?
Interrogations de vie. Profondes. Des interrogations, pas par rapport à mes capacités, une fois encore, en restant dedans, en me préservant, je sais que je pourrais encore être au niveau dans un an. C'est plus l'envie, la motivation, le plaisir. J'ai eu zéro plaisir aujourd'hui (mardi). Il y a tellement de moments de souffrance, de difficultés... Être athlète, de manière générale c'est compliqué ; être athlète paralympique, ça l'est encore plus. Je m'ajoute un poids supplémentaire, qui est de me battre pour plus d'égalité (les sanglots l'étranglent)... partager des messages de tolérance, de paix. On en a besoin. Le sport est un moyen, bien évidemment ce n'est pas le seul. Quelque part, la victoire, les médailles, ouvrent une tribune plus importante, une voix, une crédibilité plus importante. Ça ne devrait pas, en réalité. Mais si je suis encore en carrière aujourd'hui, c'est que je sais réellement que les médailles que j'ai gagnées, que d'autres athlètes paralympiques ont gagné jusqu'à maintenant, n'ont pas la même valeur que des médailles olympiques, mais surtout qu'elles contribuent à faire évoluer les choses. Comme la Une de L'Équipe. Peut-être que je suis trop ambitieux, mais je ne pense pas, ce qui est certain c'est que ça passe par des victoires, aller au bout de son potentiel, s'exprimer autant sur la piste que je peux le faire en dehors. Vous posez-vous la question de continuer jusqu'aux Jeux de Paris ?
Oui, oui. Complètement. C'est la première finale où je ne suis pas médaillé. Mais ce n'est même pas ça. Jusque-là, j'avais toujours réussi plus ou moins à m'exprimer. Londres, c'était très, très compliqué. Mais j'avais réussi à me battre. Ici, pour moi, je ne me suis pas battu. Je ne sais pas, c'est très bizarre à expliquer, d'avoir tout ce qu'il faut et ne pas réussir à faire. C'est éminemment frustrant. Alors, oui, je me pose des questions. Trois ans, ça peut aller vite. À la fois, quel sens ça a pour moi ? Il faut que je pense un peu à moi. J'adore le sport, le haut niveau mais, encore une fois, j'aime prendre plaisir. Ce qui n'a pas été le cas cette année. « Chaque fois, j'ai l'impression que je remettais ma vie en jeu à chaque Jeux. Si je ne faisais pas de médaille, ma carrière pouvait s'arrêter » Ne pensez-vous pas que votre palmarès se suffit pour exister et exprimer vos messages ?
Non. Sinon, j'aurais déjà basculé. Tant qu'on est en carrière, on est beaucoup à vouloir donner le meilleur, marquer un peu l'histoire - je m'en moquais complètement mais c'est l'impact de nos actes, de ce qu'on peut apporter pour la société. C'est vrai que je fais des choses à côté, mais si je ne les fais pas, je n'ai pas les moyens de vivre du haut niveau. C'est une réalité, même en étant multimédaillé paralympique. Sincèrement, et je me sens pourtant privilégié, je me demande comment font ceux qui ne sont pas médaillés. Ils doivent galérer, c'est un truc de dingue ! Chaque fois, j'ai l'impression que je remettais ma vie en jeu à chaque Jeux. Si je ne faisais pas de médaille, ma carrière pouvait s'arrêter. Et je pense que c'était une réalité. Je ne peux pas vivre qu'avec les aides, il faut mes partenaires, que je remercie, du temps pour eux, des conférences, des choses qui correspondent à mes projets, à ce que je souhaite véhiculer. Mais si j'avais les moyens de m'entraîner, je ne ferais que ça. Je ne suis pas qu'athlète. Mais les combats qu'on doit mener en tant qu'athlète paralympique, parfois sur des choses stupides, ça prend de l'énergie, ça nous coûte. Je ne suis pas dans une position de victime, mais de devoir toujours prouver, c'est fatigant. lire aussi Toute l'actualité des JO Paralympiques Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération qui émerge à Tokyo ?
C'est frais, ça fait du bien. Il y a de la vie. C'est sain. Ils se posent certainement moins de questions que moi, et c'est très bien ! Ils n'ont pas le même âge, mais ils s'expriment à travers ce qu'ils font. Et c'est le but. Qu'on soit sportif, musicien, entrepreneur... Le reste, c'est un ''plus''. Je pense qu'ils ont des convictions, la tête bien sur les épaules, les pieds sur terre. Et un petit grain de folie. Il en faut plus ! Et c'est pour ça que je m'en veux. C'est par les performances, ce qu'on peut voir à la télé, par des personnes qu'on peut admirer... Inspirer, c'est important. Montrer qu'on peut être différent, avoir un handicap, et être quand même performant, faire des choses que l'entourage ne pense peut-être pas possible, que la société ne pense pas possible. On peut être doué de réflexion, de créativité. C'est essentiel ! »

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