Jeux Paralympiques - Athlé - Pour Dérick Ondée, guide d'athlètes non-voyants, « Timothée Adolphe est énergivore »

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Guide d'athlètes non-voyants depuis vingt ans, Dérick Ondée a développé une réelle compétence en la matière. « Pourquoi autant de guides pour un même athlète ?
C'est impossible d'assumer seul la totalité des entraînements d'un gars comme Timothée Adolphe. L'athlétisme est une activité exigeante et quand on court pour quelqu'un d'autre, il y a une fatigue physique mais aussi nerveuse qui s'installe. Pour éviter les blessures, et rester performants, pour répondre à sa vitesse, sa volonté d'apprendre et de se surpasser, son appétit aussi, il fallait l'apport de plusieurs guides. Tim est très énergivore. Il fallait de nouveaux athlètes dans le projet pour laisser à chacun un espace de liberté et appréhender cette expérience avec un peu plus de sérénité. Avec Cédric (Felipe), on a participé à la formation des nouveaux guides. Comme ''Tim'' n'a cessé de progresser, il fallait des guides toujours plus performants. On est restés car il y a un vrai besoin de transmission. Rien n'est écrit, ce n'est que du savoir-faire. lire aussi Timothée Adolphe enfin médaillé avec l'argent sur 100m (T11) Quelle est votre définition du rôle du guide ?
Sur la performance, le guide doit permettre à l'athlète de s'exprimer. Sur le relationnel, il est capable en plein effort d'être dans l'empathie. Quand on court, il faut comprendre ce que l'athlète veut dire, connaître son état de forme, s'il peut donner encore plus. Il ne faut pas que sa manière de courir abîme la performance de l'athlète. Le guide n'a cette lucidité que s'il se détache de sa propre performance. Maintenant je ne suis plus que guide d'entraînement car, sur la partie sprint pur, je ne peux plus le suivre. On arrive à un point où ma performance détériorerait la sienne. Et ce serait contre-productif. Par contre, pour les efforts de longue durée, j'ai encore de la marge, et je peux le pousser dans ses retranchements. « Plus on va guider un athlète sur ses gammes, à l'échauffement, plus on va comprendre la manière dont il fonctionne » On imagine que la synchronisation doit être parfaite...
Ça n'existe évidemment pas. Il y a toujours une perte d'information, principalement dans les virages. On doit les marquer pour ''Tim'', accepter que la synchronisation soit un miroir un peu déformé. On va essayer de le retrouver en rigidifiant son avant-bras ou son épaule. C'est un effort qu'on effectue en sortie de virage. Sur 100 m, le problème se situe davantage au départ, au niveau des starting-blocks. On a chacun nos méthodes d'efficacité pour partir. Mais près d'un tiers de la course est induit par ce départ. S'il n'y a pas de synchronisation, le reste de la course ne le sera pas. Ce doit être réfléchi pour offrir un espace de liberté en course. lire aussi Timothée Adolphe voit plus loin que sa médaille d'argent Comment communiquez-vous en course ?
On est reliés par un lien. Plus vous utilisez un stylo ou une fourchette, plus il devient le prolongement de votre main. Vous pouvez deviner le revêtement d'une feuille simplement en la touchant avec le stylo. C'est un peu le même principe pour un guide. Plus on va guider un athlète sur ses gammes, à l'échauffement, plus on va comprendre la manière dont il fonctionne. Parfois, au bout de 10 mètres de course, je suis capable de dire que son pied gauche est mal placé. On a un ressenti de toutes les tensions de l'athlète à travers la compréhension de la piste. Lui aussi a ce ressenti. Cet échange, ce va-et-vient d'informations qu'on comprend à travers la posture, créent justement le schéma corporel commun pour la course. »

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