Jeux Paralympiques - Cyclisme sur piste - Comment François Pervis s'est adapté pour le kilomètre des Jeux Paralympiques de Tokyo

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Pilote de Raphaël Beaugillet, François Pervis a dû se réinventer pour s'accommoder à ce nouveau rôle d'équipier. Le duo visera samedi (11h08) une médaille sur l'épreuve du kilomètre.

Raphaël Beaugillet l'assure : « François ne me tire pas comme une charrette. » Pendant un kilomètre et à plus de 65 km/h, la tâche serait de toute façon trop compliquée, même pour le quadruple champion du monde de la spécialité chez les valides. C'est un autre « défi » qu'a accepté de relever François Pervis en mars 2020. « Je suis un compétiteur et on m'a donné une mission alléchante : emmener Raphaël sur le podium à Tokyo », explique, plein d'ambition, le recordman du monde du kilomètre (56''303, en février 2013 au Mexique).

Pour tenter d'y parvenir, le pistard de 36 ans a changé ses habitudes. Pas facile de renier le côté « égoïste du sprinteur » après plus de vingt années passées seul en piste. « J'ai dû m'ouvrir, donner mes tips, mes petits conseils, tout ce que je gardais pour moi », concède le Mayennais. Raphaël Beaugillet, 31 ans, déficient visuel depuis ses 20 ans à la suite d'une maladie dégénérative, lui a confié les clefs de son ambition paralympique. « Je savais qu'il allait s'investir à 100 %, témoigne le multiple champion de France. Il a dû s'adapter au pilotage mais la machine s'est rapidement mise en route. »

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Raphaël Beaugillet et François Pervis au début de leur collaboration

Des repères communs
Deux fois par semaine, le duo s'est retrouvé à Saint-Quentin en Yvelines pour parfaire les automatismes. Et s'adapter. François Pervis a découvert son nouveau rôle et les contraintes qui vont avec. Il a abandonné son balancier, irréalisable en tandem, revu la manière d'engager son bassin et d'appréhender les virages. Son coéquipier a beaucoup travaillé physiquement. Au fil des tours de piste, les deux compères ont trouvé leurs repères communs. « Au début, on ne s'entraînait que sur la coordination, détaille Pervis. Mais on est rapidement passés aux sprints. Il ne faut pas perdre trop de temps là-dessus, ce n'est pas bien compliqué. Notre synchro, c'est dans le passage assis-debout au départ, c'est tout. Une fois lancés, on bourrine tous les deux. »

Passé par la course à pied, Raphaël Beaugillet sait qu'un pilote n'est pas un guide. Exit alchimie et autre complémentarité. « En athlé, le guide se met à ton niveau, anticipe tes mouvements. Là, s'il y en a un qui appuie plus que l'autre, ce n'est pas grave. Il n'y a pas de question à se poser, pas de gestion de l'effort. »

L'exercice ne laisse pas de place à l'échange ou aux ajustements en cours de route. François Pervis n'a qu'une seule chose à penser : « sprinter au taquet ». Plus puissant, il a conscience que son coéquipier ne peut pas suivre son rythme. Mais peu importe. « Je tire, il faut forcer comme un âne. Raphaël subit dans les derniers mètres et c'est normal. Ça fait 21 ans que je fais ça. Je sers les dents encore plus, je me fais mal, c'est du lactique. » Son binôme confirme. « Je suis obligé de me laisser aller. Il contrôle la machine. C'est comme sur une moto. Si dans un virage le pilote va à droite et celui qui est derrière va à gauche ou reste droit, ça ne va pas aller. »

Pervis, une médaille pour clore sa carrière
La recette a vite porté ses fruits. Sans préparation particulière et dans des conditions hivernales « horribles », les deux pistards ont bouclé le kilomètre en 1'01''246 en février. Au jeu des comparaisons, ce chrono les aurait placés sur le podium des derniers Mondiaux. « C'est sur le papier, ça ne veut pas dire grand-chose, mais c'est un repère très encourageant », se rassure Raphaël Beaugillet avant de participer à ses premiers Jeux Paralympiques.

Olympien à deux reprises, en 2004 à Athènes et en 2016 à Rio, où il a décroché la troisième place en vitesse par équipes, François Pervis espère clore sa carrière sur une médaille au Japon. « C'est le but de ma mission. »

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