JO - Basket (F) - Ann Wauters (Belgique) : « Faire les Jeux Olympiques, c'était le dernier de mes rêves »

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La légende du basket féminin Ann Wauters a tiré sa révérence après l'élimination de la Belgique par le Japon, mercredi, au terme d'un match d'anthologie (85-86), en quarts de finale des Jeux Olympiques. Mais elle restait émerveillée par la chance d'avoir pu vivre, à quarante ans, une expérience olympique.

Larmes, embrassades, hommages, standing-ovations -même à huis clos. La Super Arena de Saitama a offert une scène majestueuse pour les derniers pas de quelques légendes du jeu. Chez les hommes, il y a eu les frères Gasol, Pau et Marc, dont la fière Espagne a été éliminée par les États-Unis en quart de finale (81-95), Luis Scola, dont l'Argentine a été maltraitée par l'Australie (59-97). Chez les femmes, mercredi, en attendant les adieux de Diana Taurasi et Sue Bird, qui briguent une cinquième médaille d'or olympique de suite avec Team USA, sont venues s'ajouter à la liste la reina Laia Palau (Espagne), poussée dehors par la France (67-64), et la plus Française des joueuses belges : Ann Wauters (40 ans).

Monument du basket féminin, l'intérieure (1,93 m) a atteint les cimes du basket européen avec Valenciennes, quadruple championne de France, double championne d'Europe avec l'USVO (2002, 2004) avant de poursuivre son oeuvre à l'étranger (deux autres titres d'Euroligue en 2005 et 2012) comme en WNBA (draftée numéro un en 2000 par Cleveland, championne avec les LA Sparks en 2016). Pilier de la sélection belge depuis 2003, elle a accompagné l'éclosion de la plus belle génération de l'histoire de son pays (4e au Mondial 2018, 3e aux Euros 2017 et 2021, première qualification pour les JO).

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Un seul accomplissement manquait à son incroyable carrière : « Je voulais être olympienne, vivre les Jeux », nous a-t-elle confiés, émue, à la veille de la défaite en forme de crève-coeur face au Japon (85-86), qui a privé les siennes d'une demi-finale olympique et précipité l'annonce de la fin d'une carrière majuscule.

« Que ressentez-vous à l'heure de dire au revoir ? (*)
Qui aurait cru qu'une petite fille belge qui avait juste envie de jouer au basket se retrouverait là aujourd'hui, vingt ans après ? Cette équipe m'a permis de vivre des moments inoubliables. C'est la fin de ma carrière, et ce fut une belle aventure. J'aurais aimé pouvoir donner plus sur le terrain, mais je dois accepter que c'est moins facile physiquement. Je suis profondément reconnaissante que le staff m'ait permis de vivre ces JO. Le basket belge n'a pas de souci à se faire. Son avenir est tout tracé, et brillant.

Que représentait pour vous le fait de disputer les Jeux Olympiques ?
C'était le dernier de mes rêves, vivre les Jeux. La seule chose qui me manquait. J'ai commencé à dix-huit ans en France, et je suis encore marquée par les JO de Sydney en 2000. La France y avait participé et mes coéquipières en sont revenues transfigurées. Depuis, c'était dans ma tête. Je sentais que cela devait être différent, par rapport à ce qu'on vivait en club, même avec l'équipe nationale, en Championnats d'Europe ou du monde. Ce n'est que ces dernières années que le basket belge a mis un programme en place qui a permis de commencer à rêver de cela.

La pandémie aurait-elle pu vous priver des Jeux ?
Oui, car il a fallu patienter un an de plus et parce que je ne rajeunis pas (elle rit). Je n'ai pas joué la saison écoulée. C'était un choix réfléchi, car faire du basket tous les jours, pour mes genoux, devenait difficile. Alors on a élaboré un programme individualisé, des entraînements différents -pas que du basket, pour pouvoir être prête. Et puis il y a eu mes enfants (elle en a trois, avec sa compagne Lot Wielfaert)... Mes deux grands ont dix ans, la plus petite sept. Quand un de tes fils vient te voir et te dit : « Maman, accroche-toi, c'est ton rêve. Tu dois faire les Jeux ». Quand tu ressens que cela les fait rêver autant que toi, ça te pousse à te dépasser. Surtout quand tu sais les sacrifices que cela demande pour eux, quand je m'en vais pour un mois à l'autre bout du monde. Je suis juste triste qu'ils n'aient pas pu venir partager cela avec moi, même si je sais qu'ils suivent les matches.

Votre sélection a-t-elle posé question ?
Oui, car je voulais être capable d'apporter sur le terrain, pas juste être choisie pour ma carrière internationale. D'ailleurs, le staff ne m'a pas prise à l'Euro. Après, on m'a également fait venir pour le rôle que je pouvais tenir en dehors du jeu. Je le sais, mais je me tenais prête au cas où.

Quelle a été votre rôle sur cette campagne ?
Pour certaines, qui ont connu les années plus difficiles de notre sélection et se retrouvent sur la grande scène, avoir quelqu'un d'un peu plus âgé, qui a plus d'expérience, peut calmer les choses. C'est mon rôle aujourd'hui. C'est la vie d'un groupe. Et je sens que les filles acceptent encore ça de ma part (elle rit), ce qui est important. C'est ça qui a fait notre force. Chacune connaît et accepte son rôle. Je suis très heureuse d'avoir pu accompagner cette génération, de l'avoir vue grandir au point de franchir un tel cap sur la scène internationale. On peut maintenant ambitionner, comme la France, de vivre une compétition chaque été.

Que vous inspire la présence à Tokyo de nombreuses légendes du jeu gravitant tous autour de la quarantaine ?
(Elle rit.)
Que les athlètes ont des carrières de plus en plus longues. On est mieux suivis qu'il y a vingt ans. Mais j'apprécie que nous continuions ainsi à montrer notre passion. Physiquement, on n'est plus pareils qu'il y a dix ans, mais dans des équipes collectives, on peut encore apporter autre chose. C'est beau de voir cette transmission. On essaie tous d'installer une culture de la victoire.

Vous êtes finalement entrée en jeu quatre minutes sur ces JO, lors d'une victoire large contre Porto Rico (87-52, 2 points, 2 rebonds). Qu'avez-vous ressenti ?
Franchement, ces quatre minutes représentent tout. C'est extraordinaire. Comme toute l'expérience olympique. Le village, la cérémonie d'ouverture, ça m'a touchée au coeur. Tu prends conscience de la beauté du sport, de la chance unique que tu as, d'être là, avec tous les plus grands athlètes au monde. Cela restera gravé pour toujours. »

(*) Cette première question est issue de la conférence de presse qui a suivi le quart de finale perdu par la Belgique.

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