Joueur clivant par excellence, Lucas Moura est destiné à ne jamais faire l’unanimité

EDITO – Alors qu’il est devenu le joueur brésilien comptant le plus de matches au PSG, Lucas est boudé par les supporters. Tentative d’explication.

Il n’a ni la finesse technique de Pastore, ni la régularité d’Edinson Cavani cuvée 2016-2017, ni même le statut de chouchou de Marco Verratti, et c’est peut-être là son problème. Bien que Lucas Moura réalise sa meilleure saison en France depuis son arrivée au PSG en janvier 2013, le Brésilien ne jouit toujours pas d’un statut d’intouchable, aussi bien aux yeux de son entraîneur qu’auprès des supporters. Alors à qui la faute ? Est-il victime d’un délit de sale gueule ? Le public fait-il preuve d’un excès d’exigence avec l’ancien joueur de Sao Paulo ? Ou Lucas affiche-t-il tout simplement un niveau inférieur à ses supposées qualités ? C’est sans doute un peu de tout cela.

Dans un PSG qui se veut ogre européen et où les exigences envers les joueurs ont suivi la courbe des investissements de ses propriétaires qataris, plus rien n’est pardonné. S’il a progressé depuis son arrivée, Lucas affiche toujours certaines irrémédiables lacunes : il n’est pas assez décisif dans les grands matches, est irrégulier et ne parvient que trop peu à faire la différence balle au pied. S’il s’est amélioré dans ses déplacements sans ballon et dans la finition devant le but, sa lecture du jeu et son QI football semblent stagner : le Brésilien ne parait toujours pas en mesure de faire les bons choix aux bons moments et a trop tendance à s’enfermer dans son style habituel, fait de percussions latérales inoffensives.

Lucas paye sans doute son style un peu gauche et maladroit. Dans un football désormais qualifié de sport-spectacle, les artistes ont leur place, les "clowns" un peu moins. En cela, le Parc des Princes préfère se lever pour applaudir les extérieurs du pied de Pastore, les feintes de corps et les râteaux de Verratti et les acrobaties jadis d’Ibrahimovic, plutôt que les courses sans ballon de Lucas, dont les vidéos amusantes sur les réseaux sociaux ne parviennent plus à masquer des prestations en dents de scie. Dans une équipe où le niveau technique se doit d’augmenter de saison en saison, Lucas (mais c’est aussi le cas de Matuidi, et à un degré moindre de Cavani) dénote et son manque d’assurance et une gestuelle peu académique lui sont reprochés.

Dans une ville avide de strass, de paillettes et de brillance, Lucas apparaît comme une étoile filante débordant sur son côté droit (ou gauche) : des promesses de lendemains enchantés, des vœux en pagaille et des rêves non réalisés. À défaut d’être clinquant, Lucas est un joueur clivant. Certains (qu'il est néanmoins impossible de qualifier d'admirateurs) pointeront des statistiques plus qu’honorables cette saison (16 buts, 11 passes décisives), quand d’autres (des vrais détracteurs) évoqueront ses contrôles ratés, sa technique défaillante et son insertion imparfaite dans le jeu collectif de l’équipe. Par son style, il semble toujours être le soliste récitant sa participation dans son coin, quand ses coéquipiers – à défaut d’être spectaculaires – proposent une partition cohérente. Après bientôt quatre saisons en Europe, il y a finalement assez peu de chances pour que le Brésilien parvienne à changer suffisamment son style pour renverser l'opinion de ses opposants.

Avec une concurrence accrue (recrutement de Guedes et Draxler, retour en forme de Di Maria) et en attendant une éventuelle arrivée clinquante cet été (Alexis Sanchez ?), que peut espérer Lucas Moura au PSG  ? Avec ses qualités naturelles (vitesse, appels en profondeur, finition), Unai Emery pourrait être amené à l’utiliser en "impact player" pour faire la différence en fin de match. Même si le phénomène s’est atténué en Ligue 1 dernièrement, les clubs présentant une défense très regroupée semblent avoir une stratégie suffisamment contraignante pour éteindre l’influence de Lucas dans ces fins de rencontre : en défendant très bas, en limitant les espaces dans le dos des défenseurs et en obligeant Lucas à devoir faire la différence dans des petits périmètres, le Brésilien perdrait de son impact. L’ailier auriverde semble surtout utile lorsque le jeu de transition est très rapide vers l’avant à la récupération du ballon ou pour une stratégie mettant l’accent sur une défense basse et des contre-attaques éclair. Pas vraiment ce que le PSG version Emery a montré pour le moment. La meilleure solution quant à l’utilisation de Lucas Moura n’est pas évidente à trouver pour l’entraîneur espagnol.

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