Jour de Food - Le Tour de France s'écrit aussi à table

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C'est aussi dans les cafés et les bistrots que se sont écrites certaines grandes pages de la Grande Boucle.

Crime de lèse-majesté au pays de la gastronomie ! De retour comme consultant pour un média danois sur les routes du Tour, Michael Rasmussen a tweeté : « Le Tour n'a même pas encore commencé et je ne suis en France que depuis dix-huit heures - et je me retrouve déjà au Buffalo Grill. Le premier de nombreux repas médiocres à venir dans les trois prochaines semaines. » L'ancien Maillot Jaune a beau jouer les fines bouches sur la Grande Boucle, il fait fausse route.

C'est oublier combien, en cent dix-huit ans, cuisine et vélo ont souvent fait bon ménage. Et cette histoire d'amour entre le Tour et les bistrots remonte même à ses origines en 1903. Henri Desgrange, alors directeur du journal L'Auto, ancêtre de L'Équipe, organise une course avec une soixantaine de coureurs pour soutenir les ventes face à son concurrent Le Vélo. Les premiers coups de pédale de ce Tour de France ont été donnés depuis Le Réveil Matin, ce mythique hôtel-restaurant de Montgeron dans l'Essonne (Louis Lépine, le préfet de Paris, ayant interdit les courses dans la capitale). Quelques années plus tard, c'est au Café de l'Ascenseur, à Grenoble, qu'Eugène Christophe reçoit le 19 juillet 1919 le premier maillot jaune de l'histoire. Si le café a depuis disparu, une plaque commémorative figure au 4 de la rue Béranger.

En juillet 1924, Henri Pélissier, vainqueur de l'édition précédente, met pied à terre et abandonne la course à Coutances, en Normandie, avec quelques coureurs, dénonçant une épreuve qu'il compare à un chemin de croix. Au Café de la Gare, il confie ses impressions à un reporter du Petit Parisien, Albert Londres, qui titrera son article par la formule mythique : « Les forçats de la route ». Ce même Henri Pélissier qui confiera plus tard, dans le « Carnet d'un ancien forçat » publié dans Paris-Soir, avoir succombé plusieurs fois au « bistrot fatal » aux portes de Nantes. « Je devais en faire la connaissance lors de sérieux coups de pompe en pleine course (...) Nous allâmes jusqu'à la bouteille un peu forte, pour résister au cafard qui nous tenaillait le moral. »

Lors de la cinquième étape du Tour 1906 entre Grenoble et Nice, l'histoire raconte même qu'avec une heure d'avance sur ses poursuivants, René Pottier eut le temps de s'attabler à un bistrot avant de reprendre la route et de remporter l'étape.

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Il faut dire que traditionnellement, les coureurs s'arrêtaient dans les bistrots de village pour étancher leur soif : bière, vin frais et même champagne. Ce n'est que quelques années plus tard qu'ils auront interdiction de s'arrêter en dehors des points de ravitaillement.

Désormais les coureurs ont leur propre alimentation, avec recommandations et contrôle de diététiciens, cuistots maison... Certaines équipes ont même embarqué leur propre restaurant. En partenariat avec Fleury Michon, TotalÉnergies a monté sa cantine mobile avec cuisine intégrée et menu très évolué. Par ailleurs, le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation a mis en place une opération de promotion de la gastronomie en lançant fraisetlocal.fr, une plate-forme qui répertorie sur chaque étape du Tour les produits et les points de vente des spécialités locales. Michael Rasmussen a beau aboyer, la caravane passe !

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