Juventus, une Vieille Dame de fer

Mercredi soir, l’ASM reçoit un coffre-fort au Louis II. Peu coutumière des largesses défensives, la Juventus est en effet plus hermétique que jamais. Une imperméabilité qu’illustrent des statistiques à faire passer Fort Knox pour un open space. Les flèches monégasques sont prévenues : il leur faudra faire preuve d’ingéniosité pour trouver la combinaison…

Mercredi soir, les hommes de Leonardo auront fort à faire pour bousculer la défense de la Juventus
(Photo Getty Images)

 

Toute personne ayant vu le quart de finale retour des Bianconeri au Camp Nou vous le dira : la Vieille Dame est coriace. Et sereine. Pendant plus de 90 minutes en effet, les hommes de Massimiliano Allegri ont repoussé sans broncher les assauts d’une des attaques qui demeure, quoi qu’on en dise, l’une des plus redoutables du monde. Placement millimétré, pressing intelligent : le bloc turinois a alternativement condamné les Blaugranas à l’horizontalité et à l’entonnoir, duquel ne sont sortis – et encore au compte-goutte – que d’inoffensifs coups d’épées dans l’eau. Résultat : un seul tire cadré barcelonais au coup de sifflet final, et une impression d’impuissance à laquelle les Catalans ne nous avaient pas habitués. Les contempteurs du Barça auront tôt fait de souligner les problèmes de réseau rencontrés par la MSN durant la rencontre, ou encore la sensation douloureuse que l’âge commence à assombrir le génie discret d’Iniesta. Reste que loin de leurs terres, dans une enceinte qui a vu se désintégrer le PSG, la Juventus a préservé sa cage sans jamais vraiment trembler.

Une sérénité que la feuille de statistiques turinoise illustre au premier coup d’oeil. Seulement 20 buts encaissés cette saison en Serie A (qui font de la défense bianconera la plus efficace d’Italie), deux en C1 depuis le début de la compétition, aucune défaite sur la scène européenne depuis mars 2016 et son déplacement en Bavière, troisième équipe de l’histoire à ressortir intacte d’une double confrontation avec Barcelone en Ligue des Champions… Les états de service de l’arrière-garde du leader du championnat italien sont irréprochables. Ajoutez à cela le fait qu’en 11 confrontations sur la scène européenne, la Juve n’a jamais perdu contre une équipe française, et vous comprendrez aisément que l’ASM aura affaire mercredi soir à un sérieux client.

L’ASM, victime expiatoire ?

La composition du gilet pare-balle turinois est connue. Ou plutôt, les compositions. Sous la houlette d’Antonio Conte, la Juventus a en effet appris à goûter aux vertus de la défense à trois, incarnée avec brio par le trident Barzagli-Bonucci-Chiellini. Un système que Massimiliano Allegri a eu la bonne idée de préserver, mais auquel il substitue volontiers un rideau de quatre joueurs, que les latéraux n’hésitent pas à étirer pour presser plus haut, ou apporter le danger dans le camp adverse. Le tout sous le regard attentif de Gianluigi Buffon, qu’il n’est plus, depuis longtemps, nécessaire de présenter. En s’appuyant sur ces deux schémas tactiques, les Bianconeri peuvent sans peine s’adapter aux circonstances et aux adversaires, se recroquevillant si nécessaire dans leurs trente derniers mètres, ou montant au contraire d’un cran si l’étau se desserre. Ainsi brossé, le portrait de la Juventus millésime 2016-2017 a tout du catenaccio grand cru. Il n’en est rien. Car si les Turinois peuvent s’appuyer les yeux fermés sur leur solidité défensive, ils respectent avec la même rigueur l’adage célèbre selon lequel la meilleure défense reste l’attaque.

En témoigne le cinglant 3-0 infligé à domicile au Barça, tout comme les 68 buts inscrits cette saison en Serie A, qui placent la Vieille Dame sur le podium transalpin des attaques les plus prolifiques (derrière la Roma et le Napoli). Avec cinq joueurs à vocation offensive, dotés de profils aussi complémentaires que ceux de Dybala, Higuain, Cuadrado ou encore Mandzukic, la Juve allie  technique, puissance, vitesse et réalisme. De quoi faire frissonner la plupart des défenses du continent. Et les filets adverses.

Est-ce à dire que l’ASM aborde cette double confrontation avec le statut peu enviable de victime expiatoire ? Sans conteste, non. Car à la rouerie des vétérans turinois, la meilleure attaque d’Europe peut opposer cette fougue insouciante qui bouscule la hiérarchie du football européen depuis de longs mois. Car la cohérence du bloc italien peut malgré tout céder sous l’effet de l’impact physique de la jeune garde asémiste. Car la science tactique de Leonardo Jardim enfin, n’a rien à envier à celle de son homologue transalpin. Il faudra au moins ça, de toute façon, pour que les Monégasques puissent espérer se présenter en position de force au Juventus Stadium, où la Juventus a remporté ses 33 dernières rencontres. Encore une statistique qui n’incline pas à l’enthousiasme. Ca tombe bien, Monaco adore les défier cette année.

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages