Klopp-Guardiola, tout les oppose

PREMIER LEAGUE - Le match de l’année en Angleterre oppose Liverpool à Manchester City, dimanche à Anfield, mais c’est également le choc de ses entraîneurs, deux des meilleurs du circuit, pourtant très différents.

Par Bruno Constant 

Faire défiler pour accéder au contenu
Annonce

Ils font partie des meilleurs techniciens au monde, peut-être même les deux meilleurs à l’heure actuelle, portent la course au titre en Angleterre à un niveau encore jamais atteint, guidé par une philosophie de jeu qui leur est propre. Et pourtant, beaucoup de choses les opposent. Dans le coin rouge, Jürgen Klopp, 52 ans, deux titres de champion à son actif (en Allemagne, en 2011 et 2012), trois finales de Ligue des Champions, une victoire (2019). Dans le coin bleu, Pep Guardiola, 48 ans, huit titres de champions (en Espagne, en Allemagne comme en Angleterre), deux finales de Ligue des Champions, deux victoires (2009 et 2011). 

L’un aime tout contrôler, obsédé par le jeu, le souci du détail (allant même jusqu’à la vie sexuelle de ses joueurs !), la recherche de la perfection. L’autre encourage le déséquilibre, l’abnégation, le dépassement de soi et une passion contagieuse qui l’aide à renverser des montagnes. Et si l’Allemand a apporté quelques violons à son football heavy metal qui a fait sa réputation à Dortmund, c’est par la folie furieuse qu’il a emporté le Barça de Messi à Anfield en mai dernier. C’est grâce à une inspiration géniale de son latéral droit de 21 ans (Alexander-Arnold) - un corner tiré rapidement pour Origi que Klopp n’avait ni prévu ni même vu depuis son banc - que son équipe a renversé un déficit de trois buts. 

Klopp c’est un caractère des Simpson, Guardiola… 

Mais, si les techniciens s’opposent, les hommes aussi. Klopp c’est le sourire hollywoodien, les blagues en conférence de presse qui amusent la galerie comme lorsqu’il s’étonne de la voix sexy de la traductrice avant un PSG-Liverpool, mais également les punchlines d’après-match et ce “boum !” balancé au micro de BT Sport, regard face caméra, au soir d’un 3-0 infligé à Manchester City en Ligue des champions… Bref, un séducteur capable de désamorcer la brouille Mané-Salah en deux répliques et un grand sourire. Guardiola c’est l’ours mal léché qui soupire devant les questions des journalistes, le surdoué qui comprend tout avant tout le monde, prend parfois ses interlocuteurs de haut et s’écarte rarement du terrain. Une rigidité naturelle qui repousse quand la passion de l’autre attire.

Pendant que l’un court sur la pelouse au coup de sifflet final pour aller étreindre ses joueurs comme ses enfants, l’autre semble obnubilé par la manière, s’adresse à Raheem Sterling ou David Silva comme à des écoliers, pendant plusieurs minutes, dans le rond central, pour expliquer à coups de grands gestes ce qu’il aurait dû faire sur telle ou telle phase de jeu. Une quête de la perfection qui manque parfois d’humanité. Klopp c’est un caractère des Simpson (Hank Scorpio pour ceux qui connaissent), imparfait mais avenant, décapant, drôle avec qui vous êtes sûr de passer un bon moment et qui vous offrira de payer la note pour vous remercier. Guardiola c’est un documentaire d’Arte sur la physique quantique. C’est instructif mais trop sérieux et vite ennuyeux. Il est méticuleux, obsessif, vit foot, parle foot et vous suggérera sans doute de régler ses plats séparément à la fin du repas. J’exagère, évidemment, mais vous voyez l’idée. C’est ce qui fait qu’on aime beaucoup Klopp et un peu moins Guardiola.


Début octobre, dans une chronique au Times, un comédien anglais et supporter de Manchester United déclarait son amour à Jürgen Klopp, pourtant entraîneur du grand rival : “Cet homme ruine ma vie ! Mais il est impossible de ne pas l’aimer. S’il vole votre voiture, je parie que vous serez content de continuez à payer l’assurance. Et s’il a une affaire avec votre femme, vous lui proposerez sans doute de garder les enfants.” C’est un peu ça. Mais il ne faut surtout pas croire que l’un serait le bon et l’autre le méchant. Klopp affiche un sourire… carnassier qui masque souvent une mauvaise fois à toute épreuve tout en avançant des excuses déroutantes, que ce soit le vent (à Everton) ou la neige, comme face à Leicester (0-0) en janvier alors que le staff d’Anfield avait déneigé une seule moitié de terrain, celle où les Reds attaquaient… 

Alors, Klopp ou Guardiola ? C’est comme choisir entre Messi ou Ronaldo, Pelé ou Maradona, Platini ou Zidane… C’est compliqué, pour ne pas dire impossible. Le mariage entre Klopp et Liverpool était parfait avant même qu’ils se retrouvent tandis que Guardiola a fait de Manchester City l’équipe la plus agréable à regarder, semaine après semaine. Le Catalan restera dans l’histoire de ce sport pour l’avoir fait avancer, évoluer comme Rinus Michels, Arrigo Sacchi ou Johan Cruyff avant lui. L’Allemand, lui, marquera à jamais nos souvenirs par l’émotion qu’il transmet, sa capacité à nous convaincre que rien n’est impossible. L’un comme l’autre ont leur propre signature mais tous deux nous font lever de notre siège.

À lire aussi