« KO technique » contre « traquenard » : la polémique continue après les incidents entre Reims Sainte-Anne et Wasquehal

Le trophée de la Coupe de France. (R. Martin//L'Équipe)

Plusieurs jours après l'agression de l'entraîneur de Wasquehal (N2) lors d'un match du 8e tour de Coupe de France contre Reims Sainte-Anne (N3), deux versions s'opposent frontalement. Des enquêtes disciplinaire et judiciaire sont en cours.

Qui affrontera l'US Pays de Cassel (Régional 1) en 32es de finale de la Coupe de France le 7 ou 8 janvier 2023 ? À un peu plus d'un mois de ce prochain tour, le mystère reste entier puisque ses deux potentiels adversaires, Reims Sainte-Anne (National 3) et Wasquehal (National 2), ont vu leur match stoppé net dimanche dernier après la blessure à la tête de l'entraîneur nordiste Mehdi Izeghouine. Comme annoncé sur notre site, la commission de discipline de la FFF, organisatrice de la compétition, s'est réunie jeudi matin et a mis le dossier en instruction, se donnant le temps d'en savoir davantage sur ce cas épineux.

Retour quatre jours en arrière. On avait dépassé l'heure de jeu au stade Robert Pirès de Cormontreuil, dans la banlieue sud de Reims, et le club de Sainte-Anne menait 3 à 0 depuis un moment quand deux joueurs, un de chaque équipe (Mohamed Kebe côté local et Stephanas Kamondji chez les visiteurs), ont provoqué une échauffourée sur le terrain. L'altercation s'est conclue par un carton rouge chacun, et s'est poursuivie jusqu'à la sortie du terrain. Le début des débats.

D'après les quelques vidéos tournées sur place, on aperçoit beaucoup de monde autour de ce couloir d'entrée, à découvert et séparé par des grilles, menant aux vestiaires. La confusion règne et, soudain, Mehdi Izeghouine se retrouve au sol. Il nous raconte la scène : « J'ai voulu contenir mon joueur et le raccompagner aux vestiaires, mais, très vite, j'ai vu une dizaine de jeunes très énervés et prêts à en découdre. Avec mon staff, on a essayé de les calmer et on a reçu des insultes. J'ai tourné la tête, puis j'ai reçu un coup à la tempe. Quoi ?* Je ne sais pas. Mais cela m'a fait tomber et sonné. KO technique. »

Un médecin rémois le prendra en charge, avant d'être évacué par les pompiers et de passer la soirée et une partie de la nuit au CHU de Reims. Verdict : traumatisme crânien, cervicalgies et une ITT de sept jours. Mardi, deux jours après les faits, l'intéressé a porté plainte, au même titre que son club. Selon nos informations, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Reims, pour des faits de violences, et est actuellement menée par le commissariat de Reims. Le responsable sécurité de Sainte-Anne a notamment déjà été entendu.

Deux visions se font face aujourd'hui. Celle d'Izeghouine et Wasquehal, selon laquelle le technicien a été attaqué par des supporters locaux. Et celle de Sainte-Anne, à l'extrême opposé. Son président Antoine Contardo ne mâche pas ses mots. « Que le coach adverse soit tombé, il n'y a pas d'histoire. Qu'il n'ait rien, c'est le principal. Mais, une fois cela dit, il faut rétablir la vérité. On n'a rien à voir avec ce qu'il s'est passé. S'il a été touché, c'est par quelqu'un de Wasquehal. Et il n'avait rien à faire dans le tunnel. On nous a volé notre victoire et on vit aujourd'hui une mascarade. On est tombés dans un traquenard. »

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« C'est quoi un traquenard ?, s'insurge Izeghouine en écho. Me faire frapper et finir aux urgences ? » Aucune image disponible ne permet de corroborer la version de l'un ni de l'autre. Sur l'une d'entre elles, filmée par France 3, un individu vêtu d'un sweat siglé « Kop of Wasquehal » demande de couper la caméra. D'autres pièces, en plus des rapports de l'arbitre et du délégué, ont été ou devraient être transmises aux autorités disciplinaires et judiciaires.

Depuis dimanche, une bataille de communication a pris place dans les médias et sur les réseaux sociaux, où le club de Sainte-Anne se dit victime de « propos diffamatoires » et réfléchit à porter plainte lui aussi. « On nous fait passer pour un club de voyous, ce que je ne supporte plus, déplore Contardo. On a déjà organisé des matches beaucoup plus à risques. Ici, à qui profite le crime ? On mène 3-0, il reste 20 minutes (une trentaine en réalité)... On n'avait aucun intérêt à ce que cela se passe tel quel. Je souhaite donc qu'on ait match gagné. »

Ce discours ne passe pas auprès d'Izeghouine. « Ce qui me frustre, souffle l'entraîneur, c'est qu'on ne soit pas main dans la main pour retrouver ces voyous et combattre la violence. C'est lunaire. Cela aurait pu être pire, même si cela a déjà été très loin. J'ai mal à mon foot. On parle d'intérêts personnels et sportifs. Moi, le sportif, je n'en ai rien à foutre. Je veux découvrir les coupables qui font que je suis dans une situation psychologique très compliquée. C'est dur. Je n'aurais jamais pensé vivre cela. »

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