Kovalainen et la pression d'être "l'anti-Alonso"

Benjamin Vinel
·4 min de lecture

"Avec [Fernando] Alonso, nous avons trouvé l'anti-Schumacher. Avec Kovalainen, j'espère trouver l'anti-Alonso." Fin 2006, après deux titres mondiaux consécutifs remportés avec son prodige espagnol, Flavio Briatore ne cachait pas les espoirs placés sur les épaules de sa nouvelle trouvaille, un certain , avait un beau palmarès en formules de promotion : il avait été couronné en World Series by Nissan puis vice-Champion de la saison inaugurale de GP2 en 2005, avant de passer la campagne suivante à limer le bitume en tant que pilote de réserve.

Fernando Alonso, Renault, avec le pilote d'essais Heikki Kovalainen en arrière-plan

Fernando Alonso, Renault, avec le pilote d'essais Heikki Kovalainen en arrière-plan<span class="copyright">Charles Coates / Motorsport Images</span>
Fernando Alonso, Renault, avec le pilote d'essais Heikki Kovalainen en arrière-planCharles Coates / Motorsport Images

Charles Coates / Motorsport Images

Heikki Kovalainen, Renault F1 Team

Heikki Kovalainen, Renault F1 Team<span class="copyright">Motorsport Images</span>
Heikki Kovalainen, Renault F1 TeamMotorsport Images

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Renault avait effectivement bien préparé Kovalainen pour ses débuts. Si le Finlandais était resté à l'écart de la compétition en 2006, il avait parcouru jusqu'à 30 000 kilomètres en essais privés au volant de la Renault R26 qui allait remporter le titre mondial des pilotes comme des constructeurs. Avec des performances flatteuses qui, de son propre aveu, lui ont fait prendre la grosse tête.

"En fait, j'avais assez souvent de très bons programmes", explique-t-il. "J'avais 22 trains de pneus neufs pour la journée, et Fernando faisait des comparaisons d'ailerons avant ou des tests de fiabilité moteur, donc mes chronos avaient souvent l'air très bons. Je ne me rendais probablement pas compte, je n'étudiais probablement pas suffisamment les données pour vraiment voir la vérité. Car je trouvais souvent mes chronos vraiment compétitifs par rapport à ceux de Fernando ou de Fisichella, mais j'avais un peu oublié le fait qu'[Alonso] avait quatre trains de pneus quand j'en avais 22..."

Une victoire inattendue à la Race of Champions

C'est en tout cas la Course des Champions 2004, au Stade de France, qui avait révélé Kovalainen au public, deux mois après son sacre en World Series by Nissan. Cette compétition rassemblant des pilotes stars au volant de divers bolides avait vu le jeune homme de 23 ans vaincre en finale... au volant d'une Peugeot 307 WRC !

l'époque, j'étais un jeune pilote inconnu au bataillon, membre du programme Renault", se remémore-t-il. "En fait, on m'a choisi pour participer à cette course car les stars habituelles en Finlande – Kimi [Räikkönen] et les deux Mika, Salo et Häkkinen – n'étaient pas disponibles ou intéressées. Et dès la journée d'essais, l'un des commissaires français, chargé du chronométrage, est venu me dire que j'étais le plus rapide dans toutes les voitures."

Heikki Kovalainen, vainqueur de la Course des Champions 2004

Heikki Kovalainen, vainqueur de la Course des Champions 2004<span class="copyright">IMP</span>
Heikki Kovalainen, vainqueur de la Course des Champions 2004IMP

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Inutile de dire que Kovalainen ne s'attendait pas à de tels résultats. "C'était la première fois que je rencontrais la plupart de ces gars-là ; j'étais dans le même vestiaire que Michael [Schumacher], Sébastien Loeb, Jean Alesi, David Coulthard... Ils n'avaient aucune idée de qui j'étais. J'étais à deux doigts de leur demander des autographes ! J'ai battu Alesi, j'ai battu Coulthard, puis j'ai battu Michael dans une Ferrari, ce qui était assez marrant, très inattendu. Je n'arrivais pas à croire que j'aie gagné cette course. Flavio m'a appelé après l'événement. Pat Symonds m'a également parlé, et toute l'équipe Renault m'a félicité, ils étaient absolument ravis. Je ne pensais pas que ça allait prendre cette ampleur, mais ça a eu un impact très positif, non négligeable sur ma carrière."

"Une autre anecdote, c'est qu'après la course, nous sommes allés dans le centre-ville de Paris, et nous nous sommes retrouvés dans le même ascenseur que Jean Todt, qui était le directeur de Ferrari à l'époque. Il m'a un peu regardé et m'a demandé : 'C'est quoi ton nom, déjà ?'. J'ai répondu : 'Je m'appelle Heikki Kovalainen, enchanté'. C'est la première fois que j'ai reçu une vraie attention de la part de grands noms du sport automobile, et je suis sûr que cela a fait beaucoup de bien à ma carrière, même si ce n'était pas un événement important."