Kylian Mbappé : Chronique d'un contrecoup logique au PSG

Journaliste Yahoo Sport
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Après une année 2018 riche de titres et de consécrations, Kylian Mbappé doit désormais assumer un statut d’idole planétaire. Mais après quelques matches en deçà, saura-t-il confirmer ?

À quelques semaines des grandes échéances européennes qui attendent le Paris Saint-Germain, l’élimination en Coupe de la Ligue face à Guingamp résonne comme une piqûre de rappel des maux dont devra se passer Thomas Tuchel. Parmi eux, il y aura la nécessité de permettre à Kylian Mbappé d’être dans les meilleures dispositions pour affronter Manchester United, et porter son équipe aux côtés d’un Neymar de feu. Car contre les Bretons au Parc des Princes, le n°7 a semblé à la peine.

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Placé seul sur le front de l’attaque, Mbappé a manqué de tranchant dans une rencontre où les tentatives se sont multipliées sans jamais trouver la faille.
Souvent à contre-temps, l’international français n’a pas pu compter sur l’explosivité qui lui permet souvent de dénouer, d’un crochet dévastateur, des équations collectives compliquées. D’ailleurs, l’intéressé a perdu pas moins de 17 ballons au cours de la rencontre, seul Neymar faisant pire que lui mais en ayant touché plus du double de ballons. Ce mercredi, forcé de revenir chercher le ballon un cran plus bas et de se heurter à une défense plus que compacte, Mbappé n’a pas su user ni de la profondeur, ni d’une finition chirurgicale qui aurait pu sortir les siens du pétrin dès l’entame de la rencontre si son ballon n’avait pas effleuré le poteau.
Un match stérile, pour résumer.

Il est presque logique, pour son tout premier match de l’année 2019, que l’attaquant connaisse aussi le retour de boomerang d’une année 2018 qu’il faudra digérer sur tous les plans. D’ailleurs, contrairement à la grande majorité de ses coéquipiers en sélection nationale (Lloris, Varane, Pogba, Griezmann, Kanté, Pavard etc), Mbappé, grand couturier qui avait brodé deux étoiles sur le cœur des Français, avait choisi d’attendre un peu.

Un après-mondial réjouissant

Pour son tout premier match de la saison justement contre Guingamp, Tuchel avait lancé son poulain pour sauver son équipe menée 1-0. Résultat, il mettait Neymar sur orbite pour déclencher un penalty synonyme d’égalisation, avant de scorer un doublé dans une première prestation de génie, qui allait en dire long sur ses intentions post-mondial. « Ma carrière commence, j’ai des objectifs très élevés donc je n’ai pas le temps de rester à glander. Le coach m’a donné une mi-temps, j’ai essayé d’être décisif et cela a marché. Il peut être rassuré, j’ai toujours envie de gagner », rappelait sobrement le champion du monde.

« Il veut absolument jouer. Il a 19 ans, il a eu beaucoup de succès. Il a un incroyable talent et c’est un compétiteur. Je n’attends pas de lui un nombre de buts ou de passes décisives, j’attends plus en termes de développement personnel au sein du club. C’est important pour nous de le guider et le plus important pour moi c’est de le faire progresser, de l’aider à gérer ce succès après la Coupe du Monde, de l’aider à continuer à avoir faim de travail et de titres », avait toutefois prévenu le coach dès l’entame de la saison.

Mbappé a donc repris ses standards, feignant d’ignorer ceux qui jaugeaient son talent à son âge sur le carré vert ou à la vitesse avec laquelle il ramassait les trophées en dehors.  De cette entrée lumineuse dans un match contre un OM au cours duquel il était pourtant sanctionné, à cette valse dansée contre les Lyonnais et un quadruplé fou en 13 minutes, rencontres ponctuées de filets qui tremblent de sa complicité avec un Neymar virevoltant, le natif de Bondy entrait dans la cour des grands. De ceux qui ne sont plus là pour prouver, mais pour durer.

Une fin d’année plus compliquée

Et puis, on a aperçu quelques failles logiques : cette difficulté à évoluer seul en pointe (contre Nice par exemple), cette méprise du travail défensif (contre Naples), et cette nervosité à gérer (contre Nîmes, qui lui a valu 3 matches de suspension). Et comme ce match contre Guingamp, on a aussi doucement vu les limites des qualités d’un Mbappé qui a tendance à tout miser sur sa vitesse face à des équipes qui musellent sa technique.

C’est factuel, plus que jamais en cette fin d’année, Mbappé semblait trainer des cailloux dans les crampons. Un contrecoup tardif, mais logique, pour celui qui s’est montré imperméable à la déception d’une place au pied du podium du Ballon d’Or, mais qui est peut-être plus touché sur le plan physique que mental.
Car si, jusque-là, beaucoup évoquaient la nécessité de gérer le temps de jeu de Neymar, il faudra aussi penser à faire souffler son coéquipier, qui vient d’avaler deux années d’une cadence infernale, faisant de son physique son arme n°1. Pour preuve, cette saison, le Français n’a été « économisé » qu’à 5 petites reprises : lors du premier match de Ligue 1 post-Mondial, trois matches à cause de sa sanction infligée par la Ligue, et un seul match pour une blessure à l’épaule.

Désormais, il faut se rendre à l’évidence : hormis une démonstration contre Belgrade, le chouchou des Français n’a pas terminé en beauté cette année 2018. Et s’il se montre toujours décisif, force est de constater que dans la construction du jeu, dans les idées tactiques de Tuchel et l’investissement collectif, Mbappé n’est y est pas toujours. C’est malheureux, mais quand on nous habitue au cocktail rafraichissant d’un rush contre l’Argentine l’été, on a du mal à digérer la piquette contre Guingamp pour réchauffer l’hiver.
Bon, n’oublions tout de même pas que le Parisien reste impliqué dans 27 buts en 21 matches cette saison, et qu’il y a franchement pire comme faux départ.

Et puis, on ne doute même pas de la révolte que va opérer le champion pour exploser 2019. Car Mbappé digère TOUT. De sa professionnalisation précoce aux louanges de Pelé, d’un transfert sabré au champagne aux changements de poste, des polémiques aux invitations à l’Élysées, pour arriver sous les cieux du football mondial. Ce gamin-là, à 20 ans, n’a que trois années pro dans des gambettes démoniaques, et c’en est presque désarmant tant le chemin parcouru est déjà hors du commun. Et puis, même les Messi et Ronaldo ne peuvent prétendre enchainer plus de 100 matches sans afficher les moindres failles, et encore plus si on les baladait à plusieurs postes. Alors, après deux saisons de réussites exponentielles, logique que le soufflé retombe légèrement.

Mais c’est maintenant que Mbappé va devoir prouver quel homme il est vraiment et quels progrès il est prêts à fournir pour gagner encore. Car c’est là que se trouve le sel des grands champions. Peut-être que les retrouvailles avec la C1, compétition qu’il n’a pas su dompter (en ayant quand même participé à 20 buts en 23 matches !) pourront offrir à Mbappé cette adrénaline suffisante à la reconquête de son football ?

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