Léauté, Le Cunff, Lloveras, Jouanny : la recette gagnante des Bleus avant les Mondiaux de paracyclisme

Un an après des Jeux Paralympiques aboutis (10 médailles dont 3 d'or), les Mondiaux sur route débutent ce jeudi à Baie-Comeau (Canada). Quatre des héros de Tokyo racontent leurs ambitions.

Ils avaient été les plus généreux à l'instant de garnir la besace paralympique française : seize médailles dont cinq d'or, et même dix dont trois titres sur les seules épreuves sur route. « On est restés sur la même recette, on ne sait pas combien de temps elle va fonctionner », sourit Mathieu Jeanne, l'entraîneur des cyclistes bleus. Un an après les Jeux de Tokyo, et avant les Mondiaux sur piste à Saint-Quentin (20-23 octobre), ils seront vingt engagés dès ce jeudi sur le parcours technique des Mondiaux sur route à Baie-Comeau (Canada), dont les trois champions paralympiques tokyoïtes et Alexandre Léauté, le héros aux quatre médailles.

Alexandre Léauté sur sa lancée
À 21 ans, le porte-drapeau de la cérémonie de clôture des Jeux de Tokyo garde de bons souvenirs de ses deux médailles de bronze décrochées sur route. « J'étais un peu fatigué et j'ai eu un problème mécanique sur le contre-la-montre, dit-il. Mais celle de la course en ligne a une saveur d'or parce que j'étais le premier C2 à partager un podium avec des C3 (des athlètes moins handicapés que lui, hémiplégique après un AVC à la naissance). » Depuis, son contrat de trois ans le liant au pôle Espoirs d'Urt (Pyrénées-Atlantiques) s'étant achevé, le jeune homme est rentré chez lui dans les Côtes-d'Armor. « Mais la motivation reste la même, insiste-t-il. Dans la mentalité, j'ai énormément mûri sur le vélo. Là où je sautais sur tout ce qui bougeait pour ne pas louper le bon coup, j'arrive maintenant à me canaliser. »

Double champion d'Europe au printemps, il est aussi monté en 3e catégorie chez les valides, s'installant dans le top 10. À Baie-Comeau, il compte bien défendre ses deux titres. « Même si, pour le contre-la-montre, le champion paralympique australien, Darren Hicks, et le Belge Ewoud Vromant qui vient de battre le record de l'heure sur piste, seront redoutables, précise Léauté. Je veux leur montrer que, moi aussi, j'ai remis un coup de vis depuis les Jeux. »

Kévin Le Cunff : stratégie offensive
Il n'aime pas trop se projeter, même s'il rêve de défendre son titre paralympique aux Jeux de Paris (course en ligne C4-5). « Mais se mettre déjà des objectifs en tête, c'est mentalement difficile à assumer », estime Kévin Le Cunff (34 ans). D'autant que sa victoire à Tokyo n'a pas changé le quotidien de l'ancien coureur professionnel (2017-2019), qui n'avait jamais évoqué ses deux pieds bots et un mollet atrophié avant de découvrir le handisport en 2020.

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Si son employeur lui a libéré un peu de temps pour s'entraîner, il continue de travailler chez Safran, au bureau des méthodes pour l'assemblage des moteurs d'avion de ligne. « Aux Mondiaux, je vise le titre en course en ligne. J'ai été champion d'Europe du contre-la-montre aussi, même ce n'est pas ma spécialité », tempère Le Cunff qui pense avoir progressé ces derniers mois. « Dans le handisport, je ne courais pas bien sur route. Les distances sont plus courtes, les pelotons assez petits, observe-t-il. Je n'ai pas changé mon entraînement, mais la tactique et la stratégie. Quand on est bien, il ne faut pas tergiverser ou attendre, sous peine que la course vous échappe. Il vaut mieux avoir un coup d'avance et attaquer. » Exactement ce qu'il compte faire sur le parcours de Baie-Comeau.

Alexandre Lloveras avec un nouveau pilote
Si les autres Français connaissent déjà le parcours et ses nombreux virages, lui va les découvrir. Trop jeune dans le système pour l'avoir déjà visité. « J'aurais préféré que ce ne soit pas aussi technique, mais avec plus de dénivelé, grimace le Lyonnais Alexandre Lloveras (22 ans). Mais je fais confiance à mon pilote, c'est un acrobate. » Et tant pis s'il a dû changer de guide, Corentin Ermenault ayant décidé de renouer le fil de sa carrière personnelle après leur titre paralympique. Désormais, le jeune homme atteint d'amaurose congénitale de Leber est associé à Maxime Gressier (24 ans).

Ensemble, ils ont effectué trois semaines de stage pour créer du lien et des automatismes sur le tandem. « On va se retrouver face à des gars qui roulent ensemble depuis des années, mais on va faire au mieux et viser le podium, promet Lloveras qui estime avoir progressé. « Jusque-là, mes pilotes roulaient à la même cadence que moi, on tournait les jambes autour des 100 rpm (tours par minute). Maxime roule plus en force, avec 10 ou 12 tours de pédale minute en moins. Or, la force a toujours été mon point faible. Avec lui, j'essaie de gommer ce défaut en m'adaptant à lui. »

Florian Jouanny : un statut à confirmer
Avant les Jeux de Tokyo, il n'avait jamais gagné de grandes courses. « On ne m'attendait pas vraiment, et ça m'a peut-être enlevé de la pression. Mais, moi, j'espérais beaucoup. » Florian Jouanny (30 ans) ne s'est pas déçu. Et ce titre paralympique, le premier pour la France en handbike (le jeune homme, natif d'Échirolles, est tétraplégique depuis 2011 et une lourde chute à ski), a joué comme un déclic.

Depuis le début de la saison, il a multiplié les podiums en Coupe du monde et aux Championnats d'Europe. Constaté aussi que le regard des autres a changé. « C'est le jeu », sourit-il. Il s'en accommode d'autant plus qu'il évite de se retourner. « Les Jeux, c'est un beau souvenir, mais je regarde vers l'avenir, insiste Florian Jouanny. Il faut se fixer des objectifs pour aller de l'avant et ne pas rester sur un acquis. Avant de refaire un 3e Ironman en septembre, je voudrais ramener du Canada un maillot de champion du monde. » Pour cela, il n'a pas révolutionné sa préparation et s'est appuyé sur un schéma similaire à celui qu'il avait suivi avant Tokyo. « J'essaie juste d'en faire un peu plus chaque année. Je pense avoir progressé un peu dans tous les domaines. Sur l'endurance, pour tenir des allures hautes entre vingt minutes et une heure et demie. Ou sur des efforts plus courts aussi. »