L'édito de Jérôme Cazadieu sur la Coupe du monde au Qatar : mission d'information

L'édito de Jérôme Cazadieu sur la Coupe du monde au Qatar.

La mission d'un média est de se rendre sur tous les terrains afin de témoigner de la réalité. Ce que nous ferons au Qatar.

C'est un (vieux) débat qui agite les médias, cristallise les critiques des défenseurs des droits de l'homme et crispe les politiques de tous bords, avec parfois des relents populistes. Faut-il boycotter une compétition internationale lorsqu'elle est organisée par un pays qui ne respecte pas les règles démocratiques ?

Depuis le Mondial argentin en 1978, disputé sous le régime dictatorial de Jorge Videla, la question s'est souvent posée, renforcée ces quinze dernières années par l'organisation des Jeux Olympiques d'été à Pékin en 2008, des Jeux d'hiver à Sotchi en 2014, et plus récemment de ceux de Pékin, encore. Ces dernières semaines, des appels au boycott se sont multipliés pour inciter les médias et les fans à ne pas suivre la Coupe du monde au Qatar, à partir du 20 novembre.

Comme pour les derniers Jeux à Pékin, L'Équipe ne boycottera pas le Mondial qatarien. Trente journalistes couvriront la compétition pour tous nos supports, sans détourner le regard des sujets qui pourraient fâcher le comité d'organisation et la FIFA, la Fédération internationale. Le 7 février dernier, pendant les Jeux de Pékin, L'Équipe avait ainsi publié une interview de Peng Shuai, la joueuse de tennis chinoise qui avait « mystérieusement » disparu après avoir accusé un haut responsable, Zhang Gaoli, de l'avoir forcée à avoir des relations sexuelles. C'était la première fois qu'un média étranger, non officiel, donnait des nouvelles de la joueuse. Son entretien, lunaire et dérangeant, laissait clairement entrevoir la situation d'extrême précarité dans laquelle elle était plongée, sous l'emprise du pouvoir chinois.

Quelques années plus tôt, c'est le scandale du dopage systématique russe que nous avions abondamment documenté, révélé par Grigory Rodchenkov, l'ancien directeur du laboratoire de l'Agence mondiale antidopage de Moscou, qui s'était confié dans les colonnes de notre magazine.

Aucun de ces témoignages ou de ces enquêtes n'aurait été réalisable sans la présence de nos reporters sur le terrain, à Sotchi, à Pékin et demain à Doha.

La mission d'un média est de se rendre sur tous les terrains afin de témoigner de la réalité. Ce que nous ferons au Qatar. Mais nous n'avons pas attendu la prochaine Coupe du monde pour enquêter sur la situation des travailleurs étrangers par exemple.

Le 22 janvier dernier, notre magazine faisait sa couverture sur un long reportage d'Alban Traquet et Franck Faugère. Ils avaient échappé à la surveillance du gouvernement qatarien et avaient pu échanger avec des ouvriers ayant travaillé sur les infrastructures du Mondial 2022 où plusieurs sont morts.

Informer ne peut pas se faire avec des gants blancs ou en restant bien assis derrière un bureau. Il en va de notre mission fondamentale, celle d'informer nos lecteurs.