La préparation des joueurs pour une Coupe du Monde couronnée de succès

En plus des moyens logistiques déployés afin de trouver le camp de base idéal et de faciliter le transport des joueurs à travers un pays presque aussi grand que le continent européen avec un minimum d’inconvénients, il faut aussi tenir compte des facteurs liés aux performances. Il s’agit entre autre d’amener les joueurs à un niveau de forme leur permettant d’évoluer efficacement dans les conditions d’humidité et de chaleur accablante qu’ils rencontreront au Brésil. En outre, chaque équipe doit concocter, avec toute la rigueur de scientifiques de la NASA, des recettes alliant un juste équilibre entre nutriments, calories et liquides, sans oublier les constantes sessions de thérapie sportive servant à prévenir les blessures et à améliorer la condition physique.

Vient ensuite la question de savoir comment amener les joueurs à de bonnes dispositions mentales pour performer. Il s’agit peut-être du point le plus délicat et qui, en grande partie, a encore et toujours été sous-estimé par de nombreux sélectionneurs nationaux au fil des ans. J’ai travaillé avec des coaches de très haut niveau pour qui la force mentale est une aptitude que certains joueurs possèdent et d’autres pas. Heureusement, cette façon de penser a énormément évolué au cours des dernières années. Ils reconnaissent désormais que l’intégration de psychologues du sport ou de coaches de performance dans leurs équipes s’est avérée bénéfique en aidant les joueurs à donner le meilleur d’eux-mêmes durant un tournoi.

Le recrutement par Roy Hodgson du psychiatre Steve Peter dans l’encadrement anglais a fait couler beaucoup d’encre. Ses succès rencontrés pendant de nombreuses années avec, entre autres, l’équipe cycliste britannique, qui domine ce sport dernièrement, et, plus récemment, son rôle dans la surprenante seconde place en championnat par Liverpool cette saison ont, à juste titre, porté son nom sur le devant de la scène. Lors de sa rencontre d’ouverture face à l’Italie, l’Angleterre a certainement joué son premier match avec une attitude plus positive que d’habitude, et, bien que le résultat n’ait pas été celui attendu, suffisamment d’éléments ont démontré l’influence de Peter sur les performances de l’équipe.

Chaque coach a sa propre théorie sur la meilleure manière de préparer psychologiquement son équipe pour un tournoi. Fabio Capello semble avoir eu davantage recours à une approche ‘vieille école’ avec la sélection russe, en la consignant de fait dans ses quartiers, restreignant l’accès aux familles et au monde extérieur et interdisant l’utilisation des médias sociaux. Bien que cette approche ait ses avantages, en créant une certaine impression d’état de siège, elle peut aussi conduire à une focalisation trop exclusive sur le football au point de provoquer chez les joueurs, au mieux, ennui et frustration, au pire, une pression trop écrasante. Je préfère personnellement la méthode de Louis Van Gaal, qui a accordé la matinée libre à l’équipe hollandaise afin que les joueurs puissent se retrouver en famille avant leur victoire phénoménale face à l’Espagne. Il a démontré avoir réellement saisi l’importance de créer une harmonie et un esprit positif dans le groupe. Van Gaal aurait déclaré: “Mon principe est de veiller à la situation d’ensemble et à l’individu – le joueur et son psychisme. J’ai donc permis aux épouses de se rendre à l’hôtel et aux joueurs de voir leurs enfants. Je crois que cela contribue à rendre les joueurs plus heureux, alors pourquoi pas ?”

Le bonheur est un état d’esprit très sous-estimé dans le sport, mais il peut faire toute la différence au niveau des aptitudes d’un joueur sur le terrain. Des recherches ont démontré qu’un sentiment de satisfaction intérieure améliore l’efficacité des connexions neuronales dans le cerveau, ce qui permet effectivement à un joueur de réfléchir plus rapidement et de manière plus déterminante qu’un autre qui prend les choses trop au sérieux. Donc, dans un certain sens, un joueur comblé est un joueur plus intelligent. Il dispose également de plus d’énergie, d’une plus forte motivation et d’une meilleure résilience dans les moments critiques. Pour cette raison, il est essentiel que les coaches travaillent assidûment le renforcement de la cohésion au sein de l’équipe. Il est possible d’y parvenir en réunissant les joueurs et en organisant des événements tels que des activités sociales où ils apprennent à se connaître personnellement et en s’assurant que les séances d’entraînement comportent des éléments ludiques.

Lorsque l’insatisfaction gagne une équipe, même les plus talentueuses d’entre elles peuvent souffrir d’une baisse significative de performance, comme en témoignent les incidents de la Coupe du Monde 2010, où l’on a vu les joueurs français à se rebeller vis-à-vis de leur sélectionneur Raymond Domenech, terminer leur parcours à la dernière place et subir l’affront d’un retour prématuré chez eux. Il est donc primordial de rappeler aux joueurs ce qui les unit et de leur donner un but, plutôt que de se focaliser sur les petits désaccords. Les Brésiliens, par exemple, sont unis par la religion, et bon nombre d’entre eux dédient leurs performances au Seigneur. Des mesures disciplinaires ont été engagées à l’encontre des Argentins par la FIFA après leur rassemblement derrière une bannière revendiquant l’appartenance territoriale des Iles Falklands (les Malouines) à l’Argentine et non aux Britanniques. Même si cela peut prêter à controverse, le fait de désigner un ennemi commun demeure certainement l’une des meilleures manières de créer des liens au sein d’une équipe.

Andy Barton, consultant en performance, The Sporting Mind, www.thesportingmind.com

 

 

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