Laurianne Plaçais loin devant les hommes au BikingMan X

Avec ses 26 500 mètres de dénivelé positif en 1 000 km, l'épreuve reine du BikingMan a couronné une femme : Laurianne Plaçais, peu encline au sommeil, a repoussé son second à plus de 13 heures.

Lundi 18 juillet, à Duingt, sur les bords du lac d'Annecy - cinq heures du mat', et des frissons : le jour n'est pas levé lorsque s'élancent une vingtaine de concurrents, triés sur le volet. De fait, la participation à ce Biking Man X est réservée aux « vétérans », selon le mot d'Axel Carion, fondateur de la course. Pas de novices, que des ultra-endurants confirmés.

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Et pour cause, si la distance (1 000 km) est conforme au format habituel de la marque BikingMan, le dénivelé positif est dingue : 26 500 mètres ! Au menu : pas moins d'une cinquantaine de cols. Des monuments et des « découvertes » : Madeleine, Croix de Fer, Bonnette par le col de la Moutière, Vars, Izoard, Galibier, Iseran, Cormet de Roselend, Aravis, Croix Fry, mais aussi le petit col de Parquetout (7,5 km à 10,5 %) ou du Pas de la Confession...

Sitôt le départ donné, Laurianne Plaçais s'isole en tête. Elle ne la lâchera plus. Mercredi 20 juillet, à 21 h 31, la jeune femme, ex-championne du monde de X-Terra, est de retour à Duingt, après un périple de 64 heures et 31 minutes, reléguant son suivant à plus de 13 heures.

Autrement et clairement dit : sur la manche la plus difficile du BikingMan, une femme a écrasé la course, dominant les hommes de la tête et des épaules. « Elle a atomisé l'épreuve. C'est un métronome, un Panzer ! », s'exclame un Axel Carion médusé.

Du mal à dormir

Modeste, c'est à sa gestion des arrêts que Laurianne Plaçais attribue son succès. « La preuve, sur 64 h 31, j'ai roulé environ 53 h 30, explique-t-elle. Or, le quatrième, qui est arrivé 20 heures après moi, n'a pourtant roulé qu'une demi-heure de plus. »

Les deuxième et troisième de l'épreuve ont donc roulé plus vite qu'elle, mais ont marqué des pauses plus longues. Manifestement, Laurianne Plaçais est un phénomène. Sur les dix petites heures qu'elle n'a pas consacrées à pédaler, elle ne s'est accordé que deux siestes de 30 à 40 minutes !

« Il faut dire que, précise-t-elle comme pour s'excuser, d'une façon générale, j'éprouve beaucoup de difficulté à m'endormir. Dans la vie courante, je dors mal : j'ai beau faire beaucoup de sport, ça ne déconnecte pas, là-haut ! Pendant la course, je n'ai jamais eu le sentiment de manquer de sommeil, ni ressenti de coup de pompe. J'ai même essayé de faire une sieste supplémentaire, sans y parvenir. »

Six semaines plus tôt, l'insomniaque était pourtant revenue du BikingMan Corsica avec une impression mitigée. Cinquième au scratch (quand même !), elle disait avoir mal vécu les nuits. « Au Cap Corse, il y avait de la tempête, j'étais anxieuse, mal à l'aise. Je voulais remettre le couvert pour corriger cette impression. » C'est chose faite.

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À cette hyperactive, qui s'appuie sur « les trois pieds du tabouret, nécessairement de même longueur » que sont vie professionnelle, vie de jeune maman et sport à hautes doses, les épreuves ultra-endurance fournissent, sinon des occasions de repos, au moins des parenthèses apaisantes. « Pendant deux, trois jours, je déconnecte vraiment. Pas d'écran et pas de réseaux sociaux. C'est fatigant pour le corps mais reposant pour le cerveau. » Autant dire qu'elle n'est pas du genre à perdre du temps en selfies. Car le reste du temps, elle court.

Hyperactive, au feeling

Web-designer pour MMG (Millet Mountain Group), Laurianne vit à Aix-les-Bains et travaille à Annecy. À raison de 70 km et 2 000 m de dénivelé positif aller-retour, le vélotaf est la base de son entraînement. À quoi elle ajoute, quand elle « se prépare », des sorties à la pause déjeuner. Le week-end, maman, elle s'entraîne pendant les siestes de sa petite Ernestine, trois ans. Et quand il faut en rajouter, elle roule en famille, ayant installé la petite dans la « charriote ». À un tel degré d'occupation, on ne peut s'entraîner qu'au feeling, tout programme serait source de contrariété.

Après avoir écrasé le BikingMan X, elle considère qu'elle aurait pu, encore, optimiser. Les douleurs aux fesses, l'obligeant à quelques arrêts, l'ont un peu déconcentrée. Même si c'est sur ce point - la capacité à « s'extraire la douleur du cerveau » - qu'elle se sait supérieure à la concurrence.

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Mais les femmes en général, ne sont-elles pas moins douillettes que les hommes ? Quand on lui pose la question, elle se dit que tiens, c'est vrai, elle a accouché sans péridurale, préférant « gérer la douleur pendant seize heures plutôt que [de se laisser transpercer par] cette aiguille. » Et d'ajouter : « Sur une course de cent bornes, évidemment, la moitié des mecs me battent. Mais sur l'ultra, il y a d'autres paramètres que la force musculaire. »

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