L’édito de Patrick Tambay : "Le vrai spectacle ? C’est le samedi !"

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FORMULE 1 – Comme après chaque course, notre consultant F1, Patrick Tambay, débriefe la course. Cette semaine, il est revenu sur le manque de spectacle le dimanche, mais s’est également projeté sur le prochain week-end de course, au Castellet. Une date importante qui marquera le retour de la F1 en France, après dix ans d’absence.

(Crédit Getty)
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Au samedi le spectacle, au dimanche la gestion

Nous sommes dans le ventre mou de la saison. Chacun tente de tirer les enseignement des premières courses, des erreurs qu’ils ont pu commettre les uns et les autres. Ils sont en train de consolider leur acquis pour éviter de laisser s’échapper le peloton de tête avec les points. A mon avis, ils sont tous passés en mode stratégique.

A Monaco, c’était déjà évident. A Montréal de nouveau. Curieusement, on n’a pas assisté à des problèmes de frein ou autre, qui sont généralement révélateur du circuit Gilles Villeneuve. Les freins y sont normalement très sollicités. Après, il s’agissait de bien respecter sa stratégie, de bien gérer les freins, les pneus, l’essence, le moteur. Les gars sont tellement pointus dans leur pilotage, qu’une fois que c’est déterminé par la qualification, c’est quasiment fait. Désormais, le vrai spectacle se déroule le samedi. Il faut le dire.

Une bataille à trois à venir en France

On verra au Castellet comment cela se passera. Mais il faut dire que le tracé du Paul-Ricard est un petit peu plus propice aux dépassements. Mais il faudra que Ross Brawn fasse la police là-dedans une bonne fois pour toute. C’est inéluctable. Pour le pronostic, je vois Mercedes revenir. Même s’il y aura, selon moi, une bataille à trois, avec Vettel, Hamilton et Ricciardo. Peut-être à quatre, car je vois Bottas juste derrière. Il faudra rester au contact.

(Crédit Getty)
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C’est pour cette raison que je vois Mercedes revenir en forme. L’écurie est en train de lui fignoler son matériel pour qu’il soit le plus performant possible. Ils sont en train de gérer les moteurs pour éviter les pénalités en fin de saison. Ils introduisent des paramètres très différents que ceux avec lesquels il avait l’habitude de jouer. Avant, c’était la vitesse et la performance pure qui le caractérisait. Désormais, il apprend à gérer le patrimoine.

J’espère que le Grand Prix de France sera une belle et grande course, car la région, tout le monde en a besoin, tout le monde en a envie. Il y avait un grand vide. En France, on est très bien loti niveau infrastructure. Maintenant, il y aura du monde la première année. Mais il faudra une belle course pour que la foule revienne les années suivantes.

Rappelons les anciens au Castellet pour le symbole

Je serai présent au Grand Prix de France, en espérant apporter un peu aux fans et rendre un petite part de ce que le Paul-Ricard nous a à tous apporté dans notre carrière. Mais il y a plein de pilotes français qui ont compté. Il faudrait que les organisateurs le comprennent, même si je pense qu’ils l’ont compris. Il faudrait qu’il y ait un comité des pilotes français. Et que tous ceux qui peuvent venir soient présents, placés sur la ligne de départ et que l’on fasse une méga photo. Il faudrait organiser cet énorme rendez-vous avec les anciens. Car c’est ce que le public veut voir aussi.

C’est ce que je ressens. Après Monaco, je l’avais déjà ressenti. Les Grands Prix historiques, avec les voitures anciennes, représentent énormément de souvenirs pour les fans. Je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui, si l’on emmène un jeune assister à un GP, cela lui provoquera la même réaction. Le bruit des 12 cylindres, des 10 cylindres, l’odeur des moteurs… Voilà ce qui manque aujourd’hui aux fans de la discipline.

Verstappen, l’âge de raison ?

(Crédit Getty)
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Mais revenons sur le Grand Prix de dimanche. Ce week-end, Verstappen a réussi à se tenir éloigné de tout le monde. Il a réussi à se maintenir dans une petite bulle où il n’était pas tenté de répondre en piste. Après Monaco, il a grandi, mûri, appris de ses erreurs. C’est toujours ainsi avec les jeunes pilotes. J’y suis passé aussi. J’en ai payé des pots cassés dans mes années McLaren. Quand l’objectif n’est plus valorisé par la récompense des points, on prend des risques supplémentaires. On rentre dans un calcul un peu trop opportuniste. Ce n’est pas celui qui plait, mais c’est celui qui paie. S’il avait agi comme ça depuis le début de saison, il serait plus haut au championnat et se battrait avec le peloton de tête.

Leclerc ? Il est fabuleux

Ce que réalise Charles Leclerc en ce début de saison est fabuleux. Il est aussi bien dans la voiture, qu’en dehors. Il n’est jamais dans le faux, dans la mauvaise gestion. Il doit encore grandir, c’est certain. Et ce sera plus difficile l’année prochaine, car c’est toujours plus difficile pour les jeunes la deuxième année. Quoi qu’il en soit c’est une première saison remarquable ! Certes, la Sauber n’est pas une poubelle. Mais il faut le féliciter. En tant qu’observateur éloigné, je vois qu’il est très solide. C’est comme ça qu’il faut faire, qu’il faut être quand on arrive en F1. Il faut avoir cet état d’esprit, réaliser des exploits de temps en temps. Mais pas des exploits à la Verstappen, entendons-nous bien.

 

Patrick Tambay

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