L'ex-Bleue Claudine Mendy découvre ses racines avec le Sénégal à la Coupe d'Afrique des Nations

Claudine Mendy comptabilise 102 sélections avec les Bleues. (S.Mantey /L'Équipe)

À 32 ans, l'ancienne arrière des Bleues Claudine Mendy vit un moment fort en disputant la Coupe d'Afrique des Nations avec le Sénégal, qui affronte le Congo-Brazzaville samedi à 13 h, à Dakar, son tout premier séjour au pays de ses parents.

La chaleur étouffante, « l'organisation un peu plus souple », le contraste entre des endroits de très haut standing comme la somptueuse Dakar Arena (15 000 places) et la misère des quartiers populaires. Depuis fin octobre, Claudine Mendy est très loin du Championnat d'Europe en Macédoine du Nord et en Slovénie.

L'arrière gauche aux 102 capes en équipe de France, vice-championne du monde en 2009 et 2011, a rejoint cette saison la sélection du Sénégal, le pays de ses parents, pour y disputer la Coupe d'Afrique des Nations. Jeudi, elle a marqué 4 buts sous le maillot rouge des « Lionnes » en demi-finales contre le grand favori de la compétition, l'Angola, mais la soirée s'est terminée dans l'infinie frustration d'une défaite en prolongation (21-24). Il lui reste un match pour la 3e place très important à disputer samedi face au Congo-Brazzaville (13 heures) : le vainqueur décrochera son billet pour le Mondial 2023 au Danemark, en Norvège et en Suède.

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Les moments les plus forts, elle ne les vit cependant pas sur le parquet. Depuis son arrivée, la native de Mantes-la-Jolie (Yvelines) se fait charrier pour son regard si neuf et ses découvertes quotidiennes. À 32 ans, alors que ses deux parents sont nés ici et qu'elle parle le mandjak, l'un des dialectes locaux, elle n'était jamais venue au Sénégal. « Chaque fois que mes parents sont venus, j'étais en compétition ou en préparation », explique à L'Équipe celle qui était une joueuse majeure des équipes de France de jeunes puis des Bleues avant de connaître un coup d'arrêt en raison de graves blessures et d'une pause maternité. Elle n'a plus porté le maillot bleu depuis 2016 et avait donc largement franchi le cap des trois ans de latence pour pouvoir intégrer une autre équipe nationale.

La démarche n'avait cependant rien d'une évidence quand le sélectionneur Yacine Messaoudi, entraîneur du club de Paris 92, l'a approchée. Il y a quelques années, elle avait déjà été sollicitée par le Sénégal mais avait décliné. « C'est vraiment particulier. J'ai longuement hésité, dit la joueuse de Bourg-de-Péage (Ligue Butagaz Énergie). J'avais beaucoup d'appréhension. Je n'étais jamais venue dans le pays, je ne connaissais pas l'organisation de la CAN, je devais intégrer un collectif après avoir porté le maillot d'une autre nation... Ce n'est pas un choix facile. Je suis née en France, j'ai joué en équipe de France. C'était un petit peu un choc. »

Le bon contact avec le technicien a infléchi sa position, le contexte aussi. « Si la CAN n'avait pas lieu au Sénégal, je n'aurais probablement pas fait ce choix-là, avoue-t-elle. Mais je crois aux signes, les choses arrivent pour une raison. Je suis en fin de carrière, c'est l'occasion de découvrir mon pays d'origine, mes racines, et de terminer sur une expérience que je n'avais jamais vécue. » Elle ne cache pas que les joueuses sénégalaises perçoivent une indemnité journalière, « mais c'est moins qu'en équipe de France ». Mendy a tout de même pris soin de prévenir le staff des Bleues en appelant l'entraîneur adjoint Sébastien Gardillou, qui n'a pas émis d'objection.

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Les membres de sa famille ont évidemment été enchantés. Cette nouvelle compétition internationale fait la fierté de sa maman (son père est décédé il y a quatre ans). Et la joie de ses trois frères et soeurs et ses cousins installés au pays : « C'est une surprise pour moi, mais pour eux aussi. Ils ont eu du mal à y croire tant que je n'étais pas dans l'avion. »

Mendy s'est organisée avec sa mère et son compagnon pour la garde à Bourg-de-Péage de sa petite fille Lina, qui vient de fêter ses neuf ans. À Dakar, elle a été rassurée sur les conditions de travail, l'une de ses interrogations. « La Fédération sénégalaise a mis les moyens, on a pas mal de choses à disposition », apprécie-t-elle. En compétitrice, elle tient à revenir avec une médaille. Mais pour l'heure, il n'est pas question qu'elle dispute le Mondial avec le Sénégal en cas de qualification : « Le deal avec Yacine (Messaoudi), c'est que je joue la CAN, juste la CAN. »