L'hyperhydratation : un phénomène à prendre au sérieux chez le sportif

L'hyperhydratation, un phénomène à prendre au sérieux chez le sportif. (Shutterstock)

Boire c'est bien mais ne pas trop boire, c'est encore mieux ! Certains sportifs boivent en trop grande quantité et se retrouvent en hyperhydratation. On fait le point avec Manuel Lacroix, préparateur physique.

Dans le domaine du sport, on parle souvent des risques de la déshydratation mais l'hyperhydratation est toute aussi dangereuse, voire pire. Manuel Lacroix, préparateur physique professionnel, fait le point sur les dangers de l'hyperhydratation, phénomène fréquent chez les férus de longues distances.

« L'hyperhydratation consiste consommer de l'eau au-delà des besoins du sportif à l'effort. L'hyperhydratation n'est pas grave en soi, mais ce sont les conséquences qu'elle entraîne qui sont dangereuses et en particulier l'hyponatrémie. L'hyponatrémie se définit comme une baisse du taux de sodium sanguin à l'effort est donc la conséquence de l'hyperhydratation. Il y a alors un déséquilibre qui se crée entre le milieu extracellulaire et le milieu intracellulaire qui peuvent entraîner des problèmes de santé », explique le spécialiste.

L'hyponatrémie, qu'est-ce que c'est ?Souvent sujette de discussions, l'hydratation n'est pas adoptée de la même manière selon les individus : certains attendront d'être complètement desséchés pour boire, d'autres boiront sans cesse, sans attendre le sentiment de soif. Ni l'un ni l'autre ne sont favorables, mais une chose est sûre : l'hyponatrémie touche un grand nombre de coureurs à pied et doit être régulée de la même manière que l'alimentation.

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En moyenne, un individu lambda doit boire entre 1 et 1,5 litre d'eau par jour. Un sportif atteint d'hyponatrémie boit environ 1,5 litre d'eau par heure, soit beaucoup trop si l'on calcule sur une journée de 24 heures ! La fréquence de cette pathologie augmente de plus en plus aujourd'hui, notamment aux États-Unis, en raison de la multiplication du nombre d'épreuves de longue distance (type marathon, ultra, ironman...) et de la participation de sportifs de moins en moins avertis. Et comme les points de ravitaillement ne se font pas rares sur les courses à pied, certains en profitent pour boire de grandes quantités à chaque arrêt. Or, on s'aperçoit que beaucoup de coureurs boivent beaucoup trop d'eau, qui plus est lors de conditions environnementales difficiles (chaleur).

Peut-on en mourir ?S'il est difficile de connaître les différents symptômes d'une hyponatrémie car ils ne sont pas « visibles immédiatement », les conséquences sont quant à elles largement repérables. Pendant l'activité physique, l'individu perd du poids dû à la transpiration et la perte hydrique. Lors de l'hyponatrémie, les gens ont une prise de poids après l'effort car ils se sont surhydratés. « Si on a une augmentation du poids de corps au-delà de 4 % après l'effort, on a presque une chance sur deux d'être en hyponatrémie », détaille-t-il.

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L'hyponatrémie peut alors provoquer une fatigue, des troubles comportementaux, des vertiges, un coma voire des conséquences mortelles par oedème cérébral. À titre d'exemple, une marathonienne de 28 ans qui avait clôturé le marathon de Boston en 2002 est décédée d'hyponatrémie. De plus, une étude sur ce marathon avait démontré que 62 participants sur 488 (soit plus d'un coureur sur huit), avaient un sérieux déséquilibre en sel et en eau à la ligne d'arrivée.

Quelles sont les solutions ?C'est donc un phénomène à prendre très au sérieux ! Le fait d'être déshydraté pendant une course peut évidemment faire peur, ce qui pousse de nombreux runners à faire de trop grandes réserves d'eau. Plusieurs conseils sont à suivre pour éviter l'hyponatrémie. « Il faut boire à sa soif. Le corps est assez intelligent pour déclencher des signaux, ce qui permet de boire quand on a vraiment besoin. » L'idée de ne pas attendre d'avoir soif avant de boire tombe donc à l'eau ? « Non, mais il convient de gérer les quantités. Si on boit 400 à 800 millilitres par heure, cela suffit. Il faut réussir à normer cette consommation d'eau. »

Et si l'on est un sportif habitué, il est idéal de pouvoir se peser régulièrement avant et après l'effort, ce qui permettra d'avoir des données fiables ses besoins en eau. « Savoir combien on perd de poids selon l'intensité de l'effort permettra de se connaître et de gérer ses quantités en fonction de ses besoins lors de la compétition. »

La solution de dernier recours sera d'être accompagné par un spécialiste. « L'hydratation est comme la nutrition. Il faut adopter des stratégies car tous les individus n'ont pas les mêmes pertes d'hydriques. Étant donné que le corps est soumis à une grosse débauche d'énergie pendant une course de longue durée, il faut se préparer et connaître comment s'hydrater. Tout est question d'équilibre ! »