La grande illusion

LIGUE EUROPA - Les désillusions européennes des clubs français ne sont pas le fruit du hasard. Jamais la L1 n’avait été aussi faible. Et la tendance actuelle n’est pas vraiment à l’amélioration.

Stephane Ruffier et l'attaquant ukrainien Denis Bezborodka (Photo by Genya SAVILOV / AFP)
Stephane Ruffier et l'attaquant ukrainien Denis Bezborodka (Photo by Genya SAVILOV / AFP)

Les semaines européennes des clubs français sont devenues fascinantes. Terrible reflet du niveau réel d’un championnat de plus en plus médiocre, qui se voile la face et se cache derrière le sacre mondial de sa sélection. Les contre-performances de nos représentants du milieu de semaine en disent pourtant long sur le niveau de cette L1 qui se gargarise de son homogénéité mais en oublie complètement sa compétitivité.

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Que dire du bilan de Rennes et Saint-Etienne, incapables de s’imposer après quatre journées d’Europa League et actuellement au même niveau de médiocrité que la Norvège et le Kazakhstan ? Les Bretons sont déjà éliminés. Les Verts s’accrochent eux à une branche pourrie qui est sur le point d’être sciée. Pas foutus de battre les Roumains de Cluj ou les Ukrainiens d’Oleksandria. Allez hop, par ici la sortie !

Mbaye Niang et Billel Omrani (Photo by Daniel MIHAILESCU / AFP)
Mbaye Niang et Billel Omrani (Photo by Daniel MIHAILESCU / AFP)

Ils ne seront pas les seuls à regarder les phases finales dans leur canapé. Le LOSC est lui aussi déjà écarté du printemps européen, même si l’adversité proposée aux Dogues laissait entrevoir une telle issue. En attendant, nous sommes le 8 novembre et le football français ne peut donc déjà plus compter que sur Lyon et le PSG. Ça pique un peu, non ? Et pourtant, il n’y a aucune surprise dans ce constat amer.

Les clubs français habitués aux jeudis noirs

Cela fait un paquet d’années que la L1 est sur le déclin. Même si, paradoxe ultime, elle ne s’est jamais vendue aussi bien... Des caisses pleines, certes, mais des cerveaux toujours désespérément vides. Car l’argent ne fera pas oublier l’absence d’idée et de projet sportif cohérent. La France du foot, c’est ce pays qui vend davantage qu’il n’achète, qui spécule plutôt que de bâtir et qui ne voit finalement pas plus loin.

Alors forcément, dans ce contexte morose et déclinant, il faut accepter le nouvel ordre des choses. Car qui peut encore imaginer la L1 comme la cinquième puissance du continent ? On peut toujours se planquer derrière l’indice UEFA mais il y a désormais un gouffre avec nos proches voisins. Et la France peine à rivaliser avec les Russes, les Roumains et les Ukrainiens.

Une finale et des fiascos

L’histoire des Coupes d’Europe et leur palmarès rappellent à quel point le foot français est un nain. Deux malheureuses victoires derrière la Belgique, l’Ecosse, la Russie, le Portugal ou les Pays-Bas. Et pourtant, il y a seulement douze ans, Frédéric Thiriez présentait fièrement son plan Footpro2012, censé faire de la L1 la troisième puissance européenne. Persuadé de ramener une nouvelle C1 à la maison. Quelle bonne blague !

Le bilan depuis cet exposé de testostérones et d’optimisme béat est pitoyable. Une finale européenne (Marseille en Ligue Europa), quatre demies (contre 30 pour la seule Espagne) et quelques fiascos retentissants, comme l’absence de clubs français après les huitièmes de finale l’an dernier. On aimerait tellement penser que la tendance actuelle pourrait tout changer. Elle nous incite plutôt à un autre sentiment. On l’appelle humilité.

Nicolas Puiravau

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