Lindsey Thomas avant France-Norvège : « Je suis partie pour me retrouver moi-même »

Lindsey Thomas est épanouie en Italie. (F. Faugère/L'Équipe)

Après avoir été appelée pour la première fois en équipe de France le mois dernier, l'attaquante de l'AC Milan, Lindsey Thomas (27 ans), est à nouveau présente pour le match amical contre la Norvège, ce vendredi, à La Nucia (Espagne, 21 h 10). Elle estime que son départ en Italie a changé le cours de sa carrière.

« Après avoir longtemps attendu votre première convocation, vous avez découvert les Bleues lors du dernier rassemblement, avec deux entrées probantes en Allemagne puis en Suède...
C'est encore tout nouveau pour moi, j'essaie de m'intégrer le mieux possible. Ç'a été un rassemblement pas évident, on finit avec deux défaites (1-2 face à l'Allemagne, 0-3 face à la Suède), collectivement on a toutes été déçues de montrer cette image de l'équipe de France, parce qu'on se doit de faire beaucoup mieux. Mais sur le plan personnel, j'ai essayé de me montrer, d'amener des choses. Il faut savoir que je suis très, très critique envers moi-même. Pour un premier rassemblement, il y a eu de bonnes choses, j'ai eu un retour assez positif de la coach (Corinne Diacre). Maintenant à moi de continuer et de montrer que je peux apporter quelque chose de différent.

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Vous êtes capables d'évoluer sur le côté de l'attaque, mais aussi dans l'axe. Ou vous sentez-vous la plus à l'aise ?
Sur les trois quatre dernières années, j'ai énormément changé, à gauche, à droite, dans l'axe. À l'AC Milan, actuellement, je joue dans un système à deux attaquantes. L'an dernier, on était dans un 3-4-3, j'étais sur un côté avec pour mission de rentrer vers l'intérieure. J'ai été habituée à travailler beaucoup sur le côté dans mes plus jeunes années, je me suis recentrée un petit peu plus dans l'axe désormais, à travailler entre les lignes. J'aime bien toucher les ballons, participer au jeu, même si je dois garder en tête que je suis attaquante, et que même si je touche cinq ballons et que ça fait trois buts, c'est mon job. En tant qu'avant-centre, j'ai tendance à décrocher, même si on me dit le plus souvent de ne pas trop le faire pour utiliser ma vitesse en profondeur. Il faut que je trouve le juste milieu. Sur le travail dos au but, ce n'est pas ma qualité première vu mon gabarit, mais je m'adapte. J'ai pas mal de progrès à faire, je ne joue pas trop avec mes bras. Techniquement, ça va, sur les appuis ça va, mais ma qualité principale, ce sont mes appels en profondeur, ma vitesse, et ma finition.

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Vous sentez-vous sur la bonne voie pour obtenir un ticket pour la Coupe du monde l'été prochain ?
C'est super tôt, je prends stage après stage. J'essaie de montrer à la coach, de laisser du positif, de l'amener à se dire que je peux amener un truc supplémentaire. Mais je respecte toutes les filles en concurrence avec moi. Je veux être moi-même, ne pas me mettre de pression.

Aviez-vous perdu la foi d'être appelée un jour en équipe de France ?
Ça n'a pas été tout le temps facile, mais ça n'a jamais été une obsession pour moi. Je l'ai connu en jeune, la marche était haute. Je ne trouvais pas de régularité dans le championnat français, l'objectif a été de partir dans un club qui m'aidait à me développer et grandir. J'ai réussi à le faire en partant en Italie. L'équipe de France, c'est un plus pour moi.

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Votre départ en Italie, à Rome, à l'été 2019, a tout changé...
L'idée était avant tout de me retrouver moi sur le terrain. En France, j'ai vécu des moments assez compliqués, pas mal de prêts. Dans mon club formateur (Montpellier), je n'ai pas eu l'opportunité de m'affirmer en tant que joueuse. Tu te remets en question. Quand tu vois qu'en quatre-cinq ans tu déménages trois-quatre fois, c'est compliqué en termes de stabilité. Je sentais que l'opportunité ne m'était jamais donnée. J'ai pris une décision pour moi, car j'avais l'impression de perdre des années. En Italie, on a su m'accueillir. Ça m'a fait énormément de bien. Je suis partie pour me retrouver moi-même. J'avais besoin de tourner une page, de commencer autre chose. Ils sont restés sur des étiquettes que j'avais plus jeune, sur des doutes. J'avais l'impression de toujours repartir de zéro, de faire un pas en avant puis dix en arrière. Quand ça se répète sur 2, 3, 4 ans, c'est usant. C'était mieux de partir sur une nouvelle aventure.

Sur quoi avez-vous le plus progressé dans le championnat italien ?
J'ai gagné en rigueur, en sérénité. Je suis plus convaincue de mes qualités intrinsèques. Plus jeune, je ne voulais pas être vue juste comme une joueuse rapide, je travaillais sur les petits espaces, sur le jeu. Mais je laissais un peu de côté mes qualités de base. En Italie, j'ai pris confiance en moi, j'ai accepté ces qualités, en prenant conscience qu'elles sont très importantes. J'ai pu exprimer un peu plus mon caractère, alors que je suis très timide. Je suis plus affirmée. Ça m'aide dans mon intégration en équipe de France. J'arrive avec de la confiance, en étant sûre de mes qualités, sans me mettre immédiatement de pression. Je suis plus calme, plus sereine. J'ai des qualités à faire valoir. »

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