« L'Iran est l'équipe du peuple » à la Coupe du monde au Qatar

Le compte Twitter « Foot iranien » parle de foot mais pas que... (Iorgis Matyassy/L'Equipe)

Le compte Twitter « Foot iranien » permet de suivre l'actualité de l'équipe d'Iran au Qatar. Son créateur Navid Rahnamaei relate aussi les effets de la révolution en cours dans son pays sur tout le sport iranien.

« Je me sens comme un relais. » Il a le nez dans son smartphone, ses doigts font défiler les écrans. Il passe d'un site à l'autre, fouille les réseaux sociaux... Navid Rahnamaei, déjà incollable sur le sujet, guette sans répit la moindre nouvelle sur le football iranien, et bien au-delà.

Depuis la mort violente de Mahsa Amini, tuée à Téhéran le 16 septembre par la police des moeurs, le créateur du compte Twitter « Foot iranien » a été rattrapé par l'actualité de son pays natal, quitté à 9 ans avec sa famille. Aujourd'hui installé à Paris, le solide gaillard compose.

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Le suivi du Championnat national pour la diaspora francophone, son but premier depuis 2019, n'intéresse plus personne. En revanche, les retombées de la révolution en marche sur le sport iranien sont passionnantes. Comme les remous au moment de l'annonce de la liste des 26 joueurs retenus pour la Coupe du monde. Sardar Azmoun en serait-il, malgré son soutien aux manifestants ? Et quid de Mehdi Torabi et Vahid Amiri, deux internationaux partisans du régime ? Les trois joueurs sont présents au Qatar.

Le trentenaire utilise son compte Twitter pour « donner les infos de base » tels le design du nouveau maillot de la sélection ou les statistiques de Mehdi Taremi, le buteur du FC Porto. Mais Navid Rahnamaei va plus loin. Il montre la vidéo d'Elnaz Rekabi, championne d'escalade qui concourt sans hidjab, celle de Saeed Piramoun, joueur de beach-soccer qui fait mine de se couper les cheveux en hommage aux intrépides Iraniennes... Il diffuse les images des membres des sélections de water-polo et de basket qui ne chantent pas l'hymne national. « Un tel acte dans une culture aussi patriotique que la nôtre, c'est fou ! »

Il se prononce aussi sur le bannissement de l'Iran de la Coupe du monde réclamé par certains. « Cela ferait le jeu des mollahs qui préfèrent que rien ne sorte du pays, comme en Corée du Nord. Cette équipe n'est pas celle du régime, c'est celle du peuple, son porte-drapeau. Si on l'exclut l'Iran, on dit aux Iraniens : "On se fout de vous !" Le pays doit garder une porte entrouverte sur le monde. »

Du tournoi au Qatar, Navid Rahnamaei espère une qualification pour le second tour. Ce serait une première pour l'Iran, opposé à l'Angleterre, aux États-Unis et au pays de Galles. « Qu'ils nous représentent le mieux possible en mouillant le maillot ! » Il rêve aussi de banderoles brandies dans les stades, de marques de solidarité pour la lutte du peuple. « Ce sera censuré en Iran mais le monde verra. »

Et si la star Mehdi Taremi osait un geste de protestation devant les caméras, comme le port d'un brassard noir ? « Quel tremblement de terre ce serait ! Mais je n'y crois pas trop. Les joueurs seront tellement surveillés. » Mais il scrutera avec soin le visage des joueurs au moment de l'hymne national.