L'Odyssée des Lacs, une première mondiale réussie par Noam Yaron

Le Suisse Noam Yaron vient de boucler son défi en traversant cinq des plus grands lacs de son pays natal. Son Tour de Suisse des lacs, la préservation de l'eau, ses records, le nageur revient pour nous sur son exploit.

Le 16 juillet 2021, le nageur suisse Noam Yaron a traversé en un temps record le lac Léman sur sa longueur. Au total, 75 km en 19h53'7'', ce qui lui a permis de battre le record de l'Espagnol Jaime Caballero en 22h39 datant de 2016. Cette traversée lui a par ailleurs permis de sensibiliser sur la préservation des eaux.

Ambitieux et déterminé, Noam Yaron, âgé de 25 ans, n'a pas voulu s'arrêter à ce seul défi. Il y a quelques jours, il a réalisé un nouvel exploit : l'Odyssée des Lacs, soit la traversée de cinq grands lacs en Suisse (Lugano, Zürich, Constance, Quatre Cantons et Neuchâtel). Il nous raconte en détail sa nouvelle aventure longue de 188 km.

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Un défi et des records
« L'Odyssée était prévue en 10 jours. Mon corps a dû s'adapter à l'effort lors du premier lac (Lugano). La fatigue était présente pour les deux lacs qui ont suivi. J'étais au bord de l'hypothermie dans le lac de Constance. Le lac des Quatre Cantons a été synonyme de record pour ma part en 11h14'46'' (contre 12h38 pour le précédent record). La dernière traversée (lac de Neuchâtel) a été reportée d'un jour à cause des conditions météorologiques. On ne contrôle pas ces phénomènes. J'ai vécu des vagues de 2 m par moments, ce qui me ralentissait énormément avant mon arrivée. L'essentiel était de réussir mon défi tout en prenant du plaisir. C'est chose faite. J'ai même réussi à battre de plus d'une heure l'ancien record du lac de Neuchâtel en 11h05 (contre 12h09 auparavant). »

Des messages environnementaux
« Tout a commencé dans les eaux transparentes de l'hiver du lac Léman. J'ai découvert après plusieurs entraînements dans le lac qu'il était beaucoup pollué. Cela m'a fait un pincement au coeur car j'habite moi-même en bordure de ce lac (à Morges, commune suisse du canton de Vaud). Je me suis renseigné auprès des associations locales qui m'ont donné quelques chiffres. Cinquante tonnes de plastique finissent dans ce lac franco-suisse tous les ans. Je devais faire quelque chose pour parler de cette situation malheureuse.

J'ai pris conscience qu'il fallait avertir sur ce sujet. Pour cela, je brandissais un carton avec un message précis sur l'environnement pour chaque lac que j'ai effectué à l'arrivée. La sensibilisation sur le mégot était la principale revendication : un mégot pollue mille litres d'eau et rejette des milliers de substances toxiques.

On a eu beaucoup d'impact en sensibilisant les gens sur la situation environnementale du Léman à travers les réseaux sociaux. D'où la traversée de celui-ci en 2021. Cette année, en traversant cinq lacs, j'espérais pouvoir remplir ma mission de sensibilisation concernant la préservation des eaux. On peut dire que c'est chose faite. »

Alimentation, récupération et sommeil au top
« Je nageais par tranche de 55 min avec 5 min de repos. Durant ces petits battements, l'alimentation était importante, sachant que je passais une dizaine d'heures dans l'eau (pour chacun des lacs). Olivier Bourquin, nutritionniste, m'a accompagné pour ce périple (connu également pour avoir côtoyé Roger Federer pendant plusieurs années). Je devais manger liquide et solide pour tenir ces efforts longue distance. Je n'ai pas eu de problèmes de digestion lors de mes différentes traversées.

J'avais également ma routine de récupération qui consistait à m'alimenter et à boire régulièrement. Sans oublier les étirements avant de s'endormir (manger, boire, s'étirer). J'ai eu une légère courbature au niveau du coude due aux mouvements de bras mais sinon rien d'inquiétant.

En revanche, quand on passe entre 10h et 14h dans l'eau, notre position est couchée, le corps est à l'horizontale. La force d'Archimède fait que le sang ne circule plus de la même manière. Le bonnet et les lunettes ne permettaient pas à mon sang de circuler. C'est pour cette raison que j'ai eu du mal à dormir de longues heures. Ma plus grosse nuit a duré sept heures alors que je suis un gros dormeur (rires). »

Un compétiteur dans l'âme
« J'ai pratiqué la natation à haut niveau pendant une dizaine d'années. Là, j'ai clairement envie de me lancer dans un autre défi. Si mon équipe entendait ça, elle me crierait dessus (rires). Le but, contrairement à ce que j'ai pu faire au lac Léman, c'est de laisser mon corps récupérer de ces longs efforts. Il faut que je passe à autre chose, refermer ce beau chapitre.

Le mental fait la différence et prend le pas sur le physique dans ce type d'effort. Depuis la semaine dernière, je suis allé dans l'eau à trois reprises. La suite ? J'ai plusieurs idées mais rien d'officiel. Le Water Lover Challenge (collecte de mégots dans toute la Suisse) est un défi pour moi. L'avenir en dira plus sur mon prochain objectif. »