Comment louper les JO 2024 en manquant aux obligations de localisation

(A. Réau/L'Équipe)

Avec une suspension classique de deux années pour manquement aux obligations de localisation, la participation pour les JO de Paris se joue dès maintenant en dehors des terrains.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, 20 % des athlètes du groupe cible (soit 241 sportifs) de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) comptent au moins un manquement à leurs obligations de localisation. Rien d'alarmant pour la grande majorité d'entre eux - même si certains font des carrières entières sans jamais avoir le moindre raté -, le droit à l'erreur s'étendant à trois pour entraîner une sanction. C'est d'ailleurs ces « erreurs » permises par le Code mondial antidopage qui font dire à Jérémy Roubin, le secrétaire général de l'AFLD, que ceux qui se retrouvent dans la nasse sont « les irréductibles ». Car pour se retrouver avec une épée de deux ans de suspension au-dessus de la tête, il faut un peu le chercher.

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Les manquements, qui regroupent les fameux « no-show » (absence du sportif pendant le créneau d'une heure par jour entre 6 heures et 23 heures renseigné sur le logiciel ADAMS pour un contrôle inopiné), les absences de transmission d'informations ou les informations incomplètes ne permettant pas l'organisation optimale d'un contrôle (mauvaise adresse par exemple), ne sont pas insurmontables avec un peu de rigueur et d'envie. « Il y a un effort important de pédagogie, explique Roubin. Tout est construit pour que le sportif puisse être dans les clous. C'est de mauvaise foi de dire qu'on n'est pas informé. À partir d'un moment, on est dans de la négligence coupable. »

Courriers électroniques, appels, conférences en ligne, les moyens mis en oeuvre pour éduquer et prévenir les sportifs sont nombreux. Pour être en règle, chaque membre du groupe cible doit renseigner ses informations (adresse, stages, compétitions...) pour le trimestre suivant. En cette fin d'année, par exemple, ils auront jusqu'au 15 décembre pour remplir la période allant de janvier à mars 2023. Quelques semaines où les salariés de l'AFLD chargés de ce suivi voient chaque jour le nombre d'athlètes remplir leurs données descendre tout près du zéro, restant seulement les fameux « irréductibles ».

« On ne veut pas "se payer des athlètes", comme on peut l'entendre, reprend Roubin. On sait qu'il y a des stratégies et que ceux qui sont sur la crête peuvent essayer de nous tromper. Ces stratégies nous permettent de mieux cibler ceux qui peuvent tricher. On affine la surveillance. »

Les exemples ne manquent pas entre ceux qui déclarent un départ en stage dans des contrées lointaines la veille ou qui, malheureusement, se trompent entre le bis et le ter de la rue (ou l'avenue)... L'erreur est humaine et l'administratif en a toujours fait loucher certains. Mais à répétition, l'alarme s'allume. « Les Jeux se jouent maintenant », rappelle Roubin. En effet, après trois manquements constatés, la violation est constituée et la procédure disciplinaire s'enclenche avec, comme résultat, une probable suspension de deux ans, donc une croix sur les Jeux de Paris (26 juillet-11 août 2024).

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Surtout que la procédure, avant d'arriver à une véritable sanction (ou relaxe), peut prendre beaucoup de temps puisque pour chaque manquement un aller-retour s'effectue entre l'AFLD et le sportif concerné, permettant à ce dernier d'apporter les justifications nécessaires, avec également la possibilité d'un recours devant la présidente de l'Agence. C'est le cas actuellement du sprinteur Mouhamadou Fall, suspecté d'un troisième manquement à ses obligations de localisation, dont l'avocat, maître Romain Vanni, a demandé un recours. « Ça prend beaucoup de temps pour pas grand-chose, regrettait l'avocat, il y a plusieurs semaines, alors que la notification a été faite début juillet à l'athlète. On a monté tout un dossier. Aucune sanction n'est prononcée pour l'instant. »

Le triple champion de France du 100 m est d'ailleurs toujours autorisé à courir en attendant la fin de la procédure. Ce n'est qu'à la fin de celle-ci que le début de la suspension, s'il y en a une, débutera. « L'affaire suit son cours », nous répond de son côté l'AFLD. Le temps file et les Jeux Olympiques approchent.