Ludovic Pommeret, vainqueur de la TDS à 47 ans : « Je ne me mets pas de date limite »

Ludovic Pommeret franchit en tête la ligne d'arrivée de la TDS, avec près d'une heure d'avance sur son dauphin, l'Équatorien Joaquin Lopez. (UTMB)

À 47 ans, Ludovic Pommeret s'est solidement imposé sur la TDS, course la plus technique de la semaine de l'UTMB, une heure devant ses poursuivants. Le vainqueur de l'UTMB 2016 et de la Diagonale des Fous 2021 évoque son âge et ses projets futurs.

Champagne à la main, Ludovic Pommeret franchit l'arche d'arrivée sous l'ovation du public. Cette victoire sur la TDS (« Sur les Traces des Ducs de Savoie », 145 km pour environ 9100 mètres de dénivelé positif), la course la plus technique de la semaine de l'UTMB, complète un des plus beaux palmarès des traileurs français encore en activité. Vainqueur de l'UTMB en 2016 et de la Diagonale des Fous, à La Réunion, en 2021, Ludovic Pommeret est arrivé en patron, avec près d'une heure d'avance sur ses premiers concurrents. L'athlète du team Hoka, qui travaille à 80 % comme informaticien, a indéniablement marqué cette édition 2022 de l'UTMB. À 47 ans.

« Gagner la TDS à 47 ans avec une heure d'avance... Forcément, le sujet de votre âge revient souvent. Vous en avez marre ?
(Sourire). Ça fait partie du jeu. Je les ai, je ne vais pas les cacher. Après, dans la tête, je ne les ai pas. J'essaie de continuer à jouer avec les jeunes. J'ai passé pas mal de temps avec Martin (Kern, 4e), Elias (Kadi, 3e). C'est sympa, ce sont de bons moments. Après, je ne veux pas dénigrer les coureurs, mais la course est un peu moins relevée que d'autres, si on regarde les cotes ITRA (classement international de référence en trail). Mais je suis content du temps que j'ai fait sur cette TDS (18 h 37).

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L'âge, donc l'expérience, peut être un avantage sur des distances aussi longues ?
Pour l'ultra, il faut quand même quelques années pour que le corps s'adapte à l'effort d'endurance. Une adaptation musculaire. Même si certains montrent le contraire, sans parler d'un exemple catalan qui est venu tôt sur l'ultra et a performé (référence à Kilian Jornet, vainqueur de son premier UTMB à 19 ans, qui a gagné samedi pour la 4e fois). Un avantage ? Non. Il faut être lucide : on perd des capacités en vieillissant. Ce que l'on gagne, c'est de l'expérience et peut-être le fait d'arriver à surmonter des coups durs : il y a souvent des hauts et des bas sur les courses. Les hauts sont faciles à gérer, les bas sont plus compliqués.

« Tant que je ne suis pas lassé, on verra. Il y a des courses peut-être moins compétitives, comme des courses plus voyages, que j'aimerais faire »

Depuis votre victoire à l'UTMB (2016), vous avez remporté la Diagonale des Fous et terminé 4e de l'UTMB l'an dernier, vous vous sentez au top de votre forme en ce moment ?
J'essaie de la maintenir, déjà. L'année dernière, sur l'UTMB, je fais mieux qu'en 2016 quand je gagne la course (en temps, 22 minutes de moins). Sur des courses plus courtes, maintenant, je suis moins fort, clairement. Sur du long, ça va, j'espère que ça va rester comme ça un moment en tout cas.

Vous vous voyez à ce rythme-là combien d'années encore ?
Je ne sais pas. Tant que je ne suis pas lassé, on verra. Je ne me mets pas de date limite ni de contrainte. Il y a des courses peut-être moins compétitives, comme des courses plus voyages, que j'aimerais faire. J'ai fait pas mal d'îles comme ça, comme Hong Kong, ou le Japon. Y aller en course-voyage, c'est super sympa. Ou même des courses à étapes. Rien n'est interdit, si ? Mais pour l'instant, j'essaie de rester sur des courses où il y a une notion importante de performance.

Et revenir sur l'UTMB ?
J'étais content de faire 4e l'année dernière. Même si ce n'était pas un podium, ça reste une place dont je me satisfais. Faire mieux ? Pourquoi pas. Mais pour l'année prochaine, je n'ai rien décidé.

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Vous êtes informaticien, comment gérez-vous ces différentes vies ?
Ça fait longtemps que je demandais un temps partiel et ils me l'ont donné cette année, je suis à 80 %. Et je réduis à 60 % début septembre. Pas forcément pour augmenter le nombre d'entraînement, mais pour avoir plus de temps pour faire autre chose, du temps qui me manquait un peu avant. Beaucoup de mes vacances étaient organisées en fonction des dates de course, ce n'était pas forcément facile.

Le trail se professionnalise doucement. Si vous aviez 20 ans aujourd'hui, auriez-vous aimé avoir la possibilité de devenir athlète professionnel ?
Miser tout sur le sport quand on a une famille, c'est compliqué car c'est hypothétique, notamment avec les risques de blessure. Et je pense que c'est une grosse pression. Ce n'est pas pareil d'y aller parce qu'on aime ça ou avec l'objectif d'en vivre. Personnellement, je pense que c'est trop risqué. Et puis c'est un peu tard pour moi maintenant (rires).

La Diagonale des Fous avec sa femme en ligne de mire

Vous avez trouvé votre équilibre entre vos différentes vies ?
Oui. J'ai toujours travaillé car on a comme projet, et ça devrait se concrétiser, de partir avant à la retraite. Vous ne parlez sûrement pas beaucoup de retraite avec les coureurs en interview (rires). Mais normalement, dans trois ans, je partirai à la retraite. Pour plus de dossards ? On verra comment je serai dans trois ans.

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Cette année, vous participez à la Diagonale des Fous avec votre femme.
Oui ! Cette année, la Diag fête sa 30e édition. Et on fête nos 30 ans de vie commune avec ma femme. On connaît La Réunion car on y est allés cinq ou six fois. Là, c'est un cadeau d'anniversaire : on a organisé un peu la préparation, avec des sorties communes. Et pendant la course, on doit rester ensemble. On verra si on divorce en fin de course (rires). Je vais lui faire l'assistance, mais de l'intérieur. Je prendrai un peu d'avance, lui préparerai ses ravitaillements. Et puis je ferai le supporter, mais à côté. Elle ne veut pas se mettre de temps, moi je lui mets quand même un peu de pression (rires). 40-45 heures ? Deux nuits, j'ai jamais fait ça en course, ça sera une découverte. »