Lutte - Dopage - Affaire Khadjiev : l'AMA absente lors de l'audience du TAS

L'Equipe.fr
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Le lutteur Zelimkhan Khadjiev attendait impatiemment l'audience du Tribunal arbitral du sport (TAS) concernant ses quatre ans de suspension pour dopage et, surtout, les explications de l'Agence mondiale antidopage (AMA). L'audience a eu lieu lundi, mais les questions centrales sont restées en suspens, l'AMA ayant joué la politique de la chaise vide. Peut-on sanctionner un athlète pour dopage quand le caractère dopant du produit détecté dans ses urines n'est pas scientifiquement démontré ? Peut-on infliger une suspension mettant très probablement un terme à une carrière sportive quand l'AMA ne parvient pas à produire d'études légitimant l'inscription d'un produit sur sa liste des substances interdites ? Peut-on, étant cité par la défense d'un athlète sanctionné, refuser de répondre à ses questions ? À ces trois interrogations, la réponse de l'Agence mondiale antidopage (AMA) semble être "Oui !" Car, si après plusieurs reports, l'audience devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) concernant le lutteur français Zelimkhan Khadjiev, suspendu quatre ans pour dopage, s'est finalement déroulée - sans que l'AMA soit présente - lundi au siège parisien de la Fédération sportive et culturelle de France, en visio-conférence (1), elle a surtout été l'occasion pour chacune des parties de marteler sa position dans cette affaire, trois heures durant. Khadjiev réclame un million d'euros à l'AMA Sanctionné le 6 juillet dernier par la Fédération internationale de lutte pour dopage au cours des Mondiaux 2019, après un contrôle positif à la trimétazidine (2), Zelimkhan Khadjiev entendait contraindre l'AMA à s'expliquer devant le TAS. Très tôt, son avocat, Me Jacques Boedels, avait déposé une déclaration d'appel auprès du TAS contre la Fédération internationale de lutte (UWW), désignant au passage l'AMA comme « intervenante forcée ». Mais l'AMA avait rapidement fait savoir qu'elle n'entendait pas répondre à ses questions. Contactée par nos soins, elle n'avait pas davantage donné suite. De fait, si l'UWW et l'ITA (International Testing Agency, constituée par le CIO) étaient bien représentées, l'AMA ne l'était pas. Outre des explications, le médaillé de bronze des Mondiaux 2019 (médaille en lutte libre - 74 kg, annulée depuis) demandait la nullité de sa sentence pour violation des droits de la défense, manque de base légale et violation des règles antidopage. Le tout assorti d'une sanction financière spectaculaire à l'encontre de l'AMA à laquelle il réclamait un million d'euros en raison du préjudice subi. Me Jacques Boedels, avocat de Zelimkhan Khadjiev « L'absence de l'AMA (à l'audience) s'explique par le fait qu'elle ne veut pas avouer s'être abstenue de faire des études » concernant le produit incriminé Pour le défenseur du lutteur, « l'absence de l'AMA s'explique par le fait qu'elle ne veut pas avouer s'être abstenue de faire des études » concernant ce produit. Côté fédération internationale et côté ITA, on a répété qu'il suffisait que le produit retrouvé dans les urines du lutteur figure sur la liste des produits interdits pour que la condamnation soit prononcée. Face cette argumentation, Me Boedels n'a pas contesté la réalité du contrôle positif. Mais, s'appuyant sur un certain nombre d'arguments apportés en matière de technique médicale par le Dr. Jean-Pierre De Mondenard et le Pr. Pascal Kintz (présent à l'audience), il a insisté sur le fait que l'ITA (pas plus que l'AMA) n'avait apporté la preuve que des études préalables avaient été effectuées légitimant l'inscription du produit parmi les substances prohibées. En d'autres termes, le dialogue de sourds qui prévaut depuis plusieurs mois s'est poursuivi lundi. La décision du TAS pourrait être connue d'ici une quinzaine de jours. Si les demandes du lutteur venaient à être rejetées, la suite pourrait prendre la forme d'un recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme pour essayer d'obtenir une suspension de la sanction, puis d'un recours en annulation devant le Tribunal fédéral de Lausanne. Côté justice française, une assignation de l'AMA en responsabilité devant un tribunal pourrait être envisagée. lire aussi L'AMA agacée de devoir s'expliquer (1) Le président Jacques Radoux était au Luxembourg, l'arbitre désigné par la Fédération internationale de lutte, le Pr. Luigi Fumagalli, était en Italie et celui de la défense, Me Bernardo Cremades, en Espagne. (2) Commercialisée sous le nom de Vastarel, la trimétazidine est prescrite essentiellement pour prévenir les angines de poitrine, mais également les cas de vertiges ou certaines baisses de l'acuité visuelle.