Lutte - Dopage - Dopage : le réputé professeur Kintz en appui de Zelimkhan Khadjiev dans son conflit avec l'AMA

L'Equipe.fr
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Expert réputé en toxicologie, Pascal Kintz demande le retrait de la trimétazidine de la liste des produits interdits par l'Agence mondiale antidopage (AMA). La trimétazidine a valu une suspension pour dopage au lutteur français Zelimkhan Khadjiev.

C'est un éditorial publié en septembre dans la très sérieuse revue scientifique Toxicologie Analytique et Clinique. Un texte de nature à faire bondir de joie le lutteur français Zelimkhan Khadjiev. Car, contrôlé positif à la trimétazidine lors des Mondiaux 2019, puis suspendu le 6 juillet dernier pour 4 ans par la fédération internationale (UWW), le lutteur d'origine tchétchène veut contraindre l'Agence mondiale antidopage (AMA) à s'expliquer devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à propos de l'inscription de cette substance sur la liste des produits interdits, en l'absence d'étude démontrant son caractère dopant.

« Il n'y a pas d'étude sur la population sportive qui puisse permettre d'envisager une notion d'augmentation de la performance, affirme dans son éditorial (1) le professeur Pascal Kintz, toxicologue figurant parmi les experts en médecine légale les plus réputés au monde. Le classement initial de la trimétazidine (2) comme stimulant puis son reversement dans la classe des modulateurs hormonaux et métaboliques illustre parfaitement le flou de l'activité pharmacologique de la molécule au niveau de l'AMA. »

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De tels propos sont du petit-lait pour le bronzé des Mondiaux 2019 (lutte libre, -74 kg), une médaille dont il avait été privé suite à son contrôle. Ils constituent surtout une pierre dans le jardin de l'AMA. En effet, l'avocat du lutteur, Me Jacques Boedels, avait déposé en juillet une déclaration d'appel auprès du TAS visant l'UWW et désignant au passage l'AMA comme « intervenante forcée ». L'homme de loi y plaidait « la nullité de la sentence pour violation des droits de la défense, manque de base légale et violation des règles antidopage », assortie « d'une sanction financière à l'encontre de l'AMA d'un million d'euros pour le préjudice subi ».

En retour, l'Agence, irritée à l'idée de devoir répondre aux questions du TAS, avait déclaré que le règlement de la fédération internationale « ne prévoit en aucun cas qu'un athlète puisse saisir le TAS d'une demande contre l'AMA ». Côté UWW, on avait souligné que la substance figurait bien sur la liste des produits interdits (3). La faute étant constituée, pas possible de contester. Une ligne de défense qu'ébrèche l'éditorial du Pr. Kintz.

Pour ce Strasbourgeois pressenti il y a cinq ans pour diriger le laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry avant de renoncer, « les nombreux effets de type parkinsoniens [de la trimétazidine] ne semblent pas être en mesure pas être de nature à favoriser un usage chez les sportifs ». Pointées aussi des baisses possibles de tension artérielle pouvant provoquer des troubles de la marche et un risque de chute, ainsi que des risques d'hallucinations. En outre, « toutes les études sur la tolérance à l'effort physique ont été réalisées chez des sujets malades, souvent en association avec d'autres molécules actives comme les bétabloquants mais aucun sportif n'a jamais été évalué », explique-t-il. Du coup, écrit-il, « il apparaît comme illusoire de vouloir trouver un intérêt dans l'amélioration de la performance sous trimétazidine ».

« Il n'existe donc pas, dans la littérature médicale internationale, d'étude permettant d'appréhender le caractère dopant de la trimétazidine, écrit en conclusion Pascal Kintz. Si l'AMA dispose de ces informations, elles n'ont en tout cas pas été partagées. » Sollicitée par L'Équipe, l'AMA n'a pas souhaité répondre. La date de l'audience au TAS n'a pas encore été fixée. Me Boedels a demandé qu'elle soit publique.

(1) Titre : « La trimétazidine (Vastarel) est-elle un produit dopant ? Proposition pour une suppression de la liste des produits interdits de l'Agence mondiale antidopage ». La trimétazidine est vendue sous le nom de Vastarel.

(2) En 2014, elle entre dans la liste de l'AMA, uniquement interdite en compétition. Un athlète peut alors plaider ne pas en avoir pris dans le but d'optimiser ses performances, tel le nageur chinois Sun Yang suspendu 3 mois. En 2015, de substance spécifiée, elle devient non spécifiée, prohibée en compétition et à l'entraînement. Sa seule détection vaut sanction.

(3) Sur les conseils d'un chargé de mission, Khadjiev reconnaît avoir consommé du Vastarel, fourni par un pharmacien qui aurait ignoré le classement de la trimétazidine.