La mémoire de Mélanie Lemée honorée aux Championnats de France militaires

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Tuée en service début juillet 2020, la gendarme Mélanie Lemée était une judoka de haut niveau, qui avait connu l'Insep et les podiums internationaux. Les Championnats de France militaires, organisés ce mercredi, lui rendent hommage sur ses terres.

Mardi, en fin d'après-midi, la centaine de participants aux Championnats de France militaires de judo s'est réunie au cimetière de La Ferté-Macé (Orne), en signe de recueillement et d'hommage à Mélanie Lemée, gendarme décédée dans l'exercice de ses fonctions. Près de deux ans après le drame, les organisateurs ont tenu à planifier l'édition actuelle, tout au long de ce mercredi, dans la ville d'origine de la jeune femme. Là, aussi, où elle a découvert le judo, qui l'a ensuite mené sur des podiums internationaux.

Sa vie a basculé au soir du 4 juillet 2020. Aux environs de 20h50, un dispositif d'intervention est déployé sur la Départementale 813, au niveau de Port-Sainte-Marie (Lot-et-Garonne), pour intercepter un véhicule ayant refusé de se soumettre à plusieurs contrôles. En arrivant à vive allure, l'automobiliste fait un nouvel écart vers la gauche et percute soudainement Mélanie Lemée, positionnée en bordure de la route. Elle succombera à ses blessures quelques minutes plus tard, à 25 ans.

Fabrice Guilley, entraîneur de l'équipe de France militaire

« C'était quelqu'un de volontaire, attentionné, gentil, respectueux »

L'enquête établira ensuite que le jeune chauffeur, interpellé sur place et connu des services de police, roulait sans permis, à plus de 130 km/h, sous l'emprise et en possession de stupéfiants. Il a été mis en examen pour « homicide volontaire sur personne dépositaire de l'autorité publique » et risque la prison à perpétuité. « L'information judiciaire devrait s'achever, selon toute vraisemblance, avant la fin de l'année », nous a fait savoir le parquet d'Agen.

La disparition de la gendarme avait créé une onde de choc dans sa corporation, avec des hommages jusqu'au sommet de l'État, mais aussi dans le monde du sport. Teddy Riner, notamment, avait honoré sa mémoire sur les réseaux sociaux. Ou encore sa « soeur d'armes » Clarisse Agbégnénou, elle-même gendarme en dehors des tatamis. Cette dernière doit d'ailleurs assister à la compétition. « Je ne le connaissais pas personnellement, mais cette tragédie nous a tous touchés. On partageait les mêmes passions. C'est important de se rassembler pour lui rendre hommage et donner du baume au coeur à sa famille », témoigne la double championne olympique.

Danielle et Christian Lemée, les parents, sont également présents à l'événement. « Nous sommes très sensibles à un tel hommage, confient-ils, en toute dignité. Notre fille n'est pas oubliée et cela nous réchauffe. » À écouter ses proches, anciens collègues et partenaires de combat, Mélanie Lemée était unanimement appréciée. « C'était quelqu'un de volontaire, attentionné, gentil, respectueux, énumère Fabrice Guilley, entraîneur de l'équipe de France militaire et à l'origine de cette édition spéciale. Son dynamisme, son assurance et son expérience donnaient de la confiance à toute l'équipe. »

Le sport occupait une place prépondérante dans son quotidien. « Elle était passionnée et avait une vraie culture sportive. Elle a cherché à découvrir beaucoup d'activités et deux sont restées : le judo, en grande partie, et le hand, à côté », racontent les parents. Le judo est venu à elle dès ses 5 ans et ne l'a jamais quittée, l'amenant en sport-études au lycée et jusqu'à l'Insep en 2014. Mais une sérieuse blessure à un genou à l'entraînement avait brisé sa trajectoire.

Une médaille de bronze mondiale sous la bannière militaire

Les parents reprennent : « C'est cet accident qui l'a menée en gendarmerie. Elle était déjà réserviste et a profité de sa convalescence pour préparer le concours. » Le judo et son art de l'ippon ne sont pas partis très loin puisqu'elle a continué à combattre, sous la bannière militaire, avec deux titres de championne de France (2016, 2018) et une médaille de bronze mondiale (2016) avec la sélection tricolore à son palmarès.

« Sans sa blessure, elle était programmée pour être une future grande championne. Elle était ciblée pour le très haut niveau, avec le même potentiel que Romane Dicko (en bronze en individuel et en or par équipe aux JO de Tokyo), illustre Fabrice Guilley. Elle a finalement su saisir cette nouvelle chance avec l'armée. »

« Malgré tout, prolongent Danielle et Christian Lemée, elle restait d'une grande modestie, alors qu'elle aurait pu prendre la grosse tête. Sa force, c'était de savoir fédérer autour d'elle. Elle entraînait et tirait les gens vers le haut, dans la famille comme au travail. C'est ce que tout le monde nous a dit. » Et elle se réjouissait d'avoir trouvé des valeurs communes à son métier et sa passion.

Une association créée

La major Alexa Camy, commandante de l'unité d'Aiguillon, en poste au moment des faits et encore présente aujourd'hui, évoque une « personne tout à fait exceptionnelle », « avec des valeurs qu'on rencontre très rarement chez les nouvelles générations ». « L'exemplarité la définit à tous niveaux. Elle a laissé derrière elle un vide qui ne se remplira jamais. »

Au fil de la conversation, les parents se souviennent, eux, de ces soirées passées au dojo ou bien de ces week-ends entiers libérés pour traverser la France et l'amener à des tournois. « On a investi des moyens financiers, matériels et du temps. Mais c'est ce qu'elle voulait. »

Dans cette optique, sa famille a créé une association, « Mélanie Passion Sports », pour continuer à honorer sa mémoire et en faire profiter les autres. « On y a reversé les fonds récoltés par une cagnotte nationale. L'idée, c'est de faciliter l'accès à la pratique au haut niveau et aider les familles du coin moins à l'aise financièrement. Toujours dans l'esprit de ce que notre fille aurait fait. »

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