Macron critiqué pour sa "pause réglementaire" sur l’écologie en Europe

YOAN VALAT / AFP

La « pause » demandée par le président de la République en marge de la présentation de son plan pour « réindustrialiser » la France ne passe pas.

Pause qui ne s’impose pas pour tout le monde. Emmanuel Macron s’attire les foudres de nombreux écologistes et autres responsables publics pour avoir appelé l’Union européenne à faire une « pause » dans les règles environnementales.

Le président de la République a détaillé, ce jeudi 11 mai à l’Élysée, sa stratégie pour réindustrialiser la France à coups de bonus auto et de crédit d’impôt. Mais c’est sa petite phrase sur les « contraintes réglementaires » dans le Vieux Continent qui suscite la colère et les critiques.

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Sandrine Rousseau, par exemple, juge « irresponsable » une telle sortie. « On parle d’anéantissement de la biodiversité. On n’a pas à lever les normes environnementales ! On a au contraire à les augmenter », a-t-elle soufflé ce vendredi sur franceinfo, à l’unisson de plusieurs de ses collègues de la Nupes, Manuel Bompard ou Olivier Faure, et de Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT.

L’environnement « ça commence à bien faire » ?

Pour la syndicaliste, « il faut faire (...) tout l’inverse » de ce que prône le locataire de l’Élysée pour « réindustrialiser le pays ». « Il faut harmoniser par le haut les normes sociales et environnementales, donc à l’échelle européenne, parce que le premier dumping et les premières délocalisations, c’est au sein de l’Europe », a-t-elle rappelé, elle aussi sur franceinfo, avant de plaider pour « une protection des frontières européennes » et des taxes sur « les produits qui ne seraient pas produits avec ces mêmes normes sociales et environnementales. »

Dans un autre registre, Olivier Faure répond à l’initiative du président de la République par l’ironie. « Oui c’est certain on en fait trop contre le réchauffement climatique et la France est déjà championne du monde… », pique le chef de socialistes sur les réseaux sociaux, « alors l’écologie, ça suffit. »

Une référence à la sortie de Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture en 2011, qui avait estimé que l’écologie, « ça commence à bien faire ». Une formule qui a marqué les écolos et reprend désormais vie sur les réseaux sociaux.

Douze ans plus tard, force est de constater que la déclaration du président de la République, est propice à semer le doute… et pas uniquement dans son opposition. L’eurodéputé Pascal Canfin, un ancien de la maison verte devenu cadre Renaissance regrette ainsi « une phrase malheureuse qui ne traduit pas ce que la France fait. »

Ni moratoire, ni abrogation des règles actuelles

Mais le chef de l’État « a depuis précisé qu’il ne s’agit pas de revenir sur les législations en cours de négociation », se rassure le député européen dans les colonnes du Monde. À raison ? L’Élysée a effectivement transmis – prestement – aux journalistes une explication de texte de la sortie présidentielle, dès jeudi soir, pour tenter de couper court aux procès en ambition déclassée.

« Ce qu’il dit c’est qu’on a la législation écologique européenne la plus ambitieuse au monde et qu’il faut déjà faire en sorte de l’appliquer et de produire chez nous selon ces normes », expliquait la présidence de la République au HuffPost, pour qui « l’objectif du président de la République est de réindustrialiser la France. Cela se fera en produisant sur notre sol des biens respectueux de l’environnement plutôt que hors d’Europe où il y a des contraintes environnementales moins élevées. »

Comprendre : la phrase du président de la République concerne les éventuelles règles à venir, et non la mise en pause ou la suspension des contraintes actuelles comme certains élus ont pu le penser ou l’écrire. « Le président n’a jamais parlé de moratoire ou d’abrogation des normes actuelles ou en cours de négociation », insiste encore l’Élysée. Reçu ?

À son tour, le ministre de l’Industrie Roland Lescure a, lui aussi, donné quelques détails sur « la pause » présidentielle, en évoquant ce jeudi sur franceinfo un impératif de visibilité pour les industriels sur plusieurs années. « Pendant cinq ans, on arrête d’en rajouter (des règles) au risque de compliquer la vie de ceux à qui on souhaite la simplifier », a ainsi expliqué le ministre. Reste désormais à convaincre. En France, et chez les 26 autres États de l’Union.

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