Mamignan Touré : « Un ascenseur émotionnel incroyable »

Mamignan Touré en match de préparation pour la Coupe du monde. (P. Lahalle/L'Équipe)

Sélectionnée à la place de Marine Johannès, blessée à quarante-huit heures du début de la Coupe du monde organisée à Sydney (Australie), Mamignan Touré (27 ans, 1,83m) mesurait mercredi sa chance de pouvoir finalement vivre une première grande compétition avec les Bleues.

« Pouvez-vous raconter ces deux derniers jours et les émotions que vous avez traversées au moment de savoir que vous alliez finalement disputer le Mondial (après le forfait de Marine Johannès) ?
J'ai appris la nouvelle la veille au soir, avant de me coucher. J'étais énervée puisque j'avais été "coupée" de l'effectif. Il fallait passer à autre chose mais, avant de dormir, Jean-Aimé (Toupane, le sélectionneur) m'appelle et me dit qu'il ne sait pas si Marine pourra jouer la compétition. "Tu acceptes de réintégrer le groupe, d'être là au cas où ?" J'ai dit oui. Mais c'était un oui où je m'attendais à tout sauf ça. Ç'a été un ascenseur émotionnel incroyable, vécu en quelques heures. Je suis très déçue pour Marine, personne ne choisit de se blesser, surtout avant une grosse compétition. J'ai réintégré le groupe aussi vite que je l'ai quitté. Ça reste quelque chose de fou. J'avais reçu mes billets d'avion le matin. Je devais partir à 21 heures, à 12h30 je faisais le "media day".

« J'étais tellement énervée, déçue. Je me suis dit "tu n'as pas ta place" et finalement si. Il faut se remobiliser mentalement. »

À quel moment avez-vous réellement réalisé que vous alliez rester ?
Après le repas, parce qu'il fallait signer les documents FIBA. Marine n'avait pas encore reçu ses examens jusque-là. Tu fais ta valise, tu la fais pas ? C'était tendu. Je ne vais pas mentir, ç'a été hyper difficile à vivre. J'avais déjà été coupée d'un effectif, j'avais fait face. C'est douloureux et il faut accepter. Là, être coupée et revenir, je n'avais jamais vécu ça. Ce n'est pas facile. Ça l'a été techniquement parce que j'étais encore sur place. Mais il y a des émotions très fortes. J'étais tellement énervée, déçue. Je me suis dit "tu n'as pas ta place" et finalement si. Il faut se remobiliser mentalement.

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Comment a réagi le groupe à votre égard afin de vous réintégrer directement ?
La chance qu'on a c'est qu'on a un groupe sain, il y a des filles avec lesquelles j'ai grandi. Mon "cut" les a affectées, mon retour aussi. On m'a dit peu importe que ce soit Marine ou toi, c'est le groupe avant tout. Ça fait du bien de l'entendre, ce sentiment du "tu as toujours été là". J'ai eu un entretien avec Aimé pour lancer la compète, donner les rôles. C'est parti !

« C'est une fierté, tout le monde ne porte pas ce maillot. C'est aussi un moyen de voir où j'en suis dans ma carrière. »

Vous vous dites encore que vous auriez pu ne pas être là ?
Souvent. Hier soir (mardi), il y avait un barbecue pour tout le monde et je me suis dit "j'aurais dû être dans l'avion". Je suis reconnaissante. C'est un malheur qui est un bonheur pour une autre personne, moi. C'est une responsabilité. Je dois savourer cette place, je dois le rendre à l'équipe.

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D'autant que vous remplacez Marine Johannès...
Je ne le prends pas comme ça. Je ne me dis pas que je remplace Marine. Les coaches m'ont dit que je méritais ma place. Je suis là pour apporter du "Migna", et c'est de cela que le groupe a besoin. Je n'ai pas de pression à avoir, je n'ai pas à faire du Marine. Je pars du principe que j'ai à faire mon travail.

Vous allez, du coup, vivre votre première grande compétition en équipe de France 5 contre 5. Qu'est-ce que cela représente personnellement ?
C'était un objectif, je voulais être sélectionnée, faire partie du groupe. C'est une fierté, tout le monde ne porte pas ce maillot. C'est aussi un moyen de voir où j'en suis dans ma carrière. J'ai fait une saison d'Euroligue (avec Montpellier, son club) où je me suis confrontée aux joueuses qu'on va croiser ici, ça va être intéressant. »

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