Manchester City-Manchester United : l'International Mourinho contre le dogmatique Guardiola

Séparés d'un point au classement de Premier League et en lutte pour une qualification à la prochaine Ligue des champions, Manchester City et Manchester United vont disputer un match crucial ce jeudi soir à l'Etihad Stadium (21h) dans un match en retard pour le compte de la 26ème journée du championnat d'Angleterre. Certes, la dynamique globale est moins attrayante que lors de leur époque commune en Espagne sur les bancs du Barça et du Real Madrid mais quelques jours après un Clasico marqué par la dimension supérieure de Lionel Messi, le calendrier a offert un nouvel affrontement entre deux des techniciens les plus reconnus de la planète football, Pep Guardiola d'un côté, José Mourinho de l'autre. 

Le technicien portugais a fondé ses succès sur une méthode qui paraît plus internationale (des trophées au Portugal, en Italie, Espagne ou Angleterre) alors qu'à l'inverse Guardiola semble plus dogmatique dans son approche, même s'il a montré à travers son passage au Bayern Munich être capable d'une certaine flexibilité, très visible lors de sa troisième et dernière année du côté de l'Allianz Arena. Pour Thibaud Leplat, auteur des ouvrages "Le cas Mourinho" et "Guardiola, éloge du style" des nuances existent entre les deux entraîneurs : "Il y a chez Mourinho l'idée d'une intelligence pratique assez développée, c'est-à-dire que Mourinho se caractérise essentiellement par une technique de préparation plus que véritablement un style de jeu propre. Il privilégie surtout les moyens à la fin. C'est quelqu'un qui va organiser toute sa philosophie et tous ses entraînements, ses séances en fonction d'un seul objectif qui est celui de gagner. Son premier jour en arrivant à Chelsea en 2004, c'est ce qu'il dit aux joueurs : 'Ici il n'y a que Claude Makélélé qui a gagné quelque chose, vous n'avez jamais rien gagné, on est ici pour gagner.' C'est complètement paradoxal compte tenu de ce qu'est le sport en réalité car de gagnant il ne peut y en avoir qu'un donc ça veut dire que si tu ne gagnes pas, peut-être que tu ne pratiques pas le même sport. C'est assez paradoxal chez Mourinho et c'est pour ça que dès qu'il perd, il est mis en danger, plus gravement que Guardiola", explique-t-il. 

Par contraste, Guardiola, lui, diffère de Mourinho dans son approche selon Thibaud Leplat : "Guardiola veut d'abord gagner, personne ne joue pour perdre, mais il veut gagner deux fois : il veut gagner sur le fond et sur la forme, ce qui fait qu'il a une double exigence que n'a pas Mourinho. Exigence qu'il se fixe à lui-même d'ailleurs et que du coup on lui fixe par miroir, on ne tolérerait pas un Guardiola qui jouerait mal. Quand Mourinho doit gagner une fois, Guardiola doit gagner deux fois, c'est ce qui rend tout ce qu'il fait peut-être plus difficile." 

Face aux médias, les deux hommes n'adoptent pas un comportement similaire, le natif de Santpedor fait souvent preuve de retenue alors que le second possède une grande gueule et cela peut influencer la perception globale à l'égard d'eux selon l'écrivain : "Je pense que Mourinho est clairement populiste quand l'autre est plutôt aristocratique, dans le sens où Mourinho s'adresse un peu aux passions basses, tristes, de ceux qui l'écoutent quand Guardiola s'adresse plutôt à l'intelligence de ceux qui l'écoutent. Il y a une réelle distinction dans leur manière de s'adresser à toi qui est très étonnante, je les ai pratiqués pas mal en conférence de presse. Par exemple, Mourinho est quelqu'un qui écoute très bien, c'est assez prodigieux dans ses conférences. Le problème c'est quand il ne parle pas, quiconque pose une question, il te regarde, il t'écoute entièrement, tu sens que son corps tout entier écoute ta question et dès lors que tu as terminé ta question, il ne te regarde plus du tout et parle aux autres. Il reprend cette mine un peu arrogante et balance quelques vérités. Le moment où il te regarde, c'est assez troublant, avec Mourinho tout est dans ses yeux", expose Thibaut Leplat.

Avant de livrer son opinion sur l'entraîneur de Manchester City : "Guardiola c'est exactement le contraire. Quand tu poses une question, il va t'écouter un peu vaguement, il a toujours des petits tics, il va boire un coup, se gratter et dès l'instant où il te répond, il te répond à toi et si tu ne le regardes pas dans les yeux, c'est arrivé avec un journaliste allemand il y a quelques mois, il s'énerve (match entre le Bayern Munich et Manchester United en quart de finale aller de Ligue des champions, ndlr). Guardiola est là pour te convaincre, Mourinho ne te convainc pas. Il essaye de comprendre qui tu es pour prendre la tonalité et répondre de manière un peu populiste à tout le monde. Guardiola connaît plus ou moins les questions qu'on va lui poser, ce qu'il essaye c'est plutôt de convaincre chaque personne et c'est sans doute pour cette raison qu'il a un côté un peu plus gourou que Mourinho, même si les deux le sont d'une manière différente. Guardiola a un sens pédagogique, beaucoup plus que Mourinho, il va même s'adresser à celui qu'il n'aime pas, Mourinho ne va pas s'adresser à celui qu'il n'aime pas. Il va lui en vouloir, l'attaquer. Guardiola va lui tenter de le convaincre, de le ramener à la raison par la parole. La différence entre les deux est qu'il y en a un qui croit peut être plus en l'intelligence et l'autre un peu plus en la passion. Je pense que ce serait ça la différence entre les deux même si leurs méthodes d''entraînement sont assez similaires. Cela donne des oppositions assez fortes chez les partisans de l'un ou de l'autre, ce qui fait qu'on n'arrive pas à aimer les deux. Admirer les deux c'est possible mais aimer les deux moins, ce sont deux formes très différentes."

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Les passages de José Mourinho au Real Madrid, en particulier sa dernière année, et son retour à Chelsea qui a engendré son licenciement le 17 décembre 2015 ont contribué à atténuer l'aura autour du natif de Setúbal. Une évidence exacerbée par l'avènement de plusieurs entraîneurs au plus haut niveau mondial : "Il y a plusieurs raisons. Le fait que d'autres entraîneurs 'modernes' sont apparus comme Guardiola notamment, des gens qui s'habillaient bien, qui parlaient bien, qui avaient des méthodes un peu nouvelles, Mourinho n'était plus le seul. Son passage à Chelsea était dans la continuité de sa dernière année au Real, qui était catastrophique pour lui en termes d'image. Il a perdu pied et pour la première fois ça a confirmé que, non, on ne pouvait pas gagner à tous les coups et quand il ne gagnait pas, Mourinho n'était plus rien. Non pas que ses méthodes ne soient pas valables mais ce qu'il valorise c'est uniquement cela et un gagneur qui ne gagne plus, c'est diffiicle à penser, avec sérénité en tout cas. Je ne pense pas que ce soit un mec qui sache ne faire que ça, il a d'ailleurs fait école, a beaucoup d'admirateurs, d'entraîneurs qui le suivent. C'est aussi un pédagogue à sa façon, il y a une différence entre ce qu'il dit et ce qu'il fait. Il aime bien évangeliser, c'est quelqu'un qui se verrait bien devenir président du Portugal. C'est un politique Mourinho, il apprécie convertir les gens. Le passage à Chelsea lui a fait du mal mais en même temps l'a rendu, si ce n'est pas humain, un peu plus accessible."


Vainqueur de la League Cup même s'il demeure juste derrière Manchester City en championnat, Manchester United paraît être dans une dynamique plus favorable que son rival citizen, éliminé en demi-finale de la FA Cup par Arsenal dimanche (2-1). Pour Thibaud Leplat, l'avantage penche du côté des Red Devils, privés d'Ibrahimovic et Pogba pour ce derby : "La tendance plaide plutôt en faveur de Mourinho. Guardiola est plus en train de préparer la saison prochaine. Il y a beaucoup d'incertitudes sur l'effectif qu'il aura la saison prochaine, notamment sur les départs, ce genre de choses ça déstabilise beaucoup les équipes, sachant que quand un joueur ne sait pas s'il sera là la saison prochaine, cela a un vrai impact sur son rendement. Il faut s'attendre à des erreurs défensives de Kolarov, des trucs un peu grossiers qui iront un peu en faveur de United", pense-t-il. Pour la première fois de sa carrière d'entraîneur, Pep Guardiola ne va pas gagner un seul titre cette saison, ce qui dans un sens peut mettre en exergue ce qu'il avait réalisé par le passé à Barcelone ou Munich. "Cela permet de faire le tri, de voir que les gens qui vont l'admirer ce n'est pas parce qu'il gagne tout le temps. Le football de Guardiola est exigeant, parfois cela marche tout de suite, parfois non. Le jeu est plein d'incertitudes et sa folie c'est de vouloir tout maîtriser, c'est peut-être ça qui le rend fou, être capable d'éradiquer totalement le hasard. Or, il y a une part de hasard, surtout en Premier League." Ce jeudi soir face à son meilleur ennemi, Guardiola va probablement mesurer un peu plus cet élément qu'il a tant observé depuis son arrivée en Angleterre.

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