Marathon des Sables - Sur le Marathon des Sables, « 90% des soins sont dédiés aux pieds »

L'Equipe.fr
Comme chaque année depuis 32 ans, santé et sécurité des coureurs sont un point central de l'organisation du Marathon des Sables, qui s'achève ce samedi à Merzouga (Maroc) après un périple de 257 km en auto-suffisance alimentaire. Entretien avec Frédéric Compagnon, directeur médical pour la 19e fois.

Comme chaque année depuis 32 ans, santé et sécurité des coureurs sont un point central de l'organisation du Marathon des Sables, qui s'achève ce samedi à Merzouga (Maroc) après un périple de 257 km en auto-suffisance alimentaire. Entretien avec Frédéric Compagnon, directeur médical pour la 19e fois.« Frédéric Compagnon, comment se compose l'équipe médicale du Marathon des Sables ?Cette année, nous sommes 63 personnes dans l'équipe soignante, répartis en 12 podologues, 24 médecins et 24 infirmiers. En dehors des soins, il y a aussi 2 médecins responsables des PC médicaux et moi (habituellement médecin urgentiste), qui chapeaute l'équipe, ainsi que 2 infirmiers responsables du matériel. Cela représente une équipe un peu plus grosse que sur le Dakar par exemple (60), soit l'une des plus étoffées au monde sur ce genre d'épreuve. Et tous bénévoles.Quels types de soins pratiquez-vous le plus pendant l'épreuve ?En n°1, ce sont les pieds. Les pieds, encore les pieds, toujours les pieds ! Ils représentent 90 % du volume de soins. (Dans les soins, je ne compte pas le paracétamol qu'on peut distribuer aux coureurs.) Tous les jours, vous avez environ 25 postes de soins de pieds qui sont mis en place sous une tente dédiée, avec nos podologues, mais également nos médecins et nos infirmiers. Tout le monde fait du pied et certains autres font du pied et le reste. Ensuite, il y a quelques cas de déshydratation, ainsi que d'autres pathologies plus courantes liées à un effort prolongé : douleurs articulaires, périostites, fractures de fatigue... Enfin, avec près de 2000 personnes sur un Bivouac, en plein désert, il peut toujours se passer quelque chose et notre rôle est aussi de l'anticiper. Nous avons 160 malles de matériel médical, transporté par camion de France.Quel est le circuit-type d'un coureur qui nécessite des soins médicaux ?Sur le Bivouac, vous avez une partie "Clinique" installée sous des tentes, à proximité des coureurs. Elle est décomposée en trois parties : une pour les pieds, une pour les soins médicaux, un poste de contrôle médical qui centralise les informations et une partie concernant le réarmement matériel. Devant cette clinique, il y a une tente "First Aid", qui sert de tri. Elle permet au personnel médical d'orienter le coureur dans son parcours selon sa pathologie. A ce stade-là et sous la responsabilité des médecins et de l'infirmière à l'accueil, le coureur a, soit la possibilité de se soigner seul, soit d'être orienté dans une des autres parties de la clinique. Le cas échéant, un ticket lui est délivré. Pour les soins de pieds, une zone d'attente et de lavage de pieds est mise à sa disposition en attendant de passer entre les mains du personnel soignant.Certains participants nécessitent une attention particulière en raison de pathologies connues avant d'arriver sur le MDS... Comment les traitez-vous pendant la course ?Clairement, il n'est pas possible de mettre en place une surveillance personnalisée. Non avons vraiment une gestion de masse, même si nous regroupons les infos de chaque coureur dans un tableur, alimenté au fil des événements. Dans le règlement, le coureur a obligation de fournir tous ses antécédents médicaux ou de nous signaler un traitement en cours par courrier confidentiel. Ils ont bien évidemment des tests obligatoires à valider et à délivrer avant de prendre le départ. Comme d'habitude, on a environ 40 à 50 coureurs avec des traitements en cours sur cette édition, mais dont les trois quarts ne posaient pas de souci. Nous souhaitons garder un principe d'équité pour tout le monde. On sortirait de cette impartialité si on mettait en place des protocoles particuliers, et cela pourrait créer des tensions sur le Bivouac. Bien sûr, si un coureur présente des risques, nous le ciblons particulièrement à certains postes de contrôle, mais sans qu'il s'en aperçoive.Il s'agissait de votre 19e Marathon des Sables, quelles sont les évolutions par rapport à vos premières expériences ?On a essentiellement dû s'adapter à l'augmentation du nombre de coureurs. La première année où j'étais présent, ils étaient 350. On a franchi la barre des 1000 en 2010 alors qu'elle nous paraissait impossible à atteindre. Maintenant, nous sommes calés sur 1200 environ, mais nous avons une équipe plus étoffée. Au départ, on a subi un petit peu ce nombre de coureurs et notre inexpérience. Très rapidement, on a donc rendu obligatoire la distribution de comprimés de sel, ce qui diminue nettement le nombre d'abandons et la nécessité de perfusions d'urgence dues à la déshydratation. On a également mis en place une surveillance météo. Au niveau du matériel, on a suivi l'évolution technique et nous avons pu améliorer l'accueil des coureurs grâce à un plus grand volume de tentes. L'organisation met de gros moyens pour nous. Un truc anodin dans un milieu normal peut conduire aux urgences en milieu hostile. Encore une fois, notre boulot, c'est de tout anticiper. »

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