Marie Amiguet : « Je n'ai pas souffert pour rien »

Marie Amiguet. (V. Munier)

Présidente du Festival International du Film d'Aventure de La Rochelle, Marie Amiguet revient pour nous sur son film ovni La Panthère des neiges, où elle est partie au Tibet sur les traces de l'animal avec le photographe animalier Vincent Munier et l'écrivain-aventurier Sylvain Tesson.

« Vivez-vous encore sur le nuage de ce projet fou de la Panthère des neiges ?
Honnêtement, il est vraiment derrière, et tant mieux car j'en avais besoin. Ça a été une très belle aventure, mais qui fut longue et douloureuse aussi.

Pourquoi ?
C'est déjà très dur de faire un film. Là, c'était une première réalisation pour le cinéma, et elle était d'envergure. Je me suis mis une pression monstre et ça a été douloureux pour moi. Le montage a également été une partie difficile, le film n'était pas écrit. J'ai passé des mois devant l'ordinateur, à criser... (elle rigole). Je ne suis pas monteuse et, à partir du moment où on en a eu un, cela s'est bien passé, cela a dénoué les noeuds.

Vous attendiez-vous à un tel engouement et une telle unanimité autour de la Panthère ?
On a été très surpris. Je me disais que ça pouvait plaire, notamment aux gens qui étaient dans le milieu animalier et de la nature. Mais je ne m'attendais pas à ce que des musiciens comme Warren Ellis et Nick Cave adhèrent à notre film. Ils ont planté un autre projet pour bosser avec nous. Là, j'ai compris qu'on avait réussi à faire un truc. Et après, il y a eu cette vague du public, ça rassure et ça fait plaisir. Je me dis alors que je n'ai pas souffert pour rien (sourire). Je reçois aujourd'hui des messages de gens qui me disent qu'ils l'ont vu dix fois. Dans le lot, il y a aussi des enfants, alors que c'est un film assez long et contemplatif. Je suis avant tout contente qu'il fasse du bien aux gens.

L'objectif était-il double : à la fois traquer la panthère mais aussi être à l'affût des moindres gestes et paroles du duo Munier - Tesson ?
Tout à fait. Mon travail était surtout d'être à l'affût des gars qui étaient à l'affût. Je n'avais fait aucun repérage, je découvrais tout en même temps que Sylvain (Tesson) et Vincent (Munier). Il fallait être près constamment d'eux pour ne pas rater des choses. La scène où la panthère apparaît, j'ai attendu que Vincent me dise « C'est bon Marie, tu as assez filmé, tu peux regarder la panthère ». Je l'ai découverte dans leurs yeux émus et c'était à mon sens encore mieux.

Cette apparition de l'animal restera-t-elle comme le meilleur moment du tournage ou il y en a un autre ?
C'est le meilleur moment car c'est l'aboutissement de la quête et du rêve de Sylvain. Mais il y a eu plein de bons moments, comme celui avec les enfants tibétains. Ils étaient très curieux et venaient jouer avec nous. Sylvain s'est vraiment révélé humain dans cette partie du voyage et c'est ça qui m'a plu. J'ai du coup commencé à le filmer un peu différemment. Ce n'était pas juste le mec à l'écoute qui pose des questions et écrit, c'était un humain aussi, lequel joue avec des gamins, fait des blagues et est super drôle. Il y a aussi eu toutes les rencontres avec les animaux, notamment quand c'est la première fois.

Ce film a changé quoi pour vous ?
Pour un film, c'est toujours la même chose : il faut trouver un distributeur et un producteur, c'est à chaque fois très compliqué. Un film comme la Panthère, c'est atypique et on s'est battu pour qu'il le reste. C'est ça qui a été douloureux aussi, il faut toujours se battre pour affirmer un point de vue.

Un tel succès ne vous a pas ouvert toutes les portes ?
Je ne l'ai pas trop constaté... Si ce n'est que j'ai reçu une vague de propositions pour bosser dans des séries TV, notamment parce que les personnes en question voulaient faire passer leur dossier. C'est sûr que d'avoir la fille qui vient de gagner le César ça peut aider. À part ça, franchement, non. Pour preuve, en ce moment j'essaie de monter un projet de film un peu barré sur la communication intuitive avec les animaux. Arte, qui a soutenu la Panthère et qui m'avait dit que je pouvais revenir vers eux quand je voulais, a refusé de nous suivre, trouvant l'angle trop ésotérique. Donc, pour l'instant, je ne vois pas trop les effets... Je suis dans la même galère qu'il y a cinq ans.

lire aussi : Tous les articles « Aventure »

Quels sont vos projets ?
Je travaille en ce moment avec Jean-Michel Bertrand (réalisateur de "La vallée des loups" et "Marche avec les loups"). On tourne le 3e opus, je suis à la caméra, on s'entend bien, je suis très contente. Pour la suite, j'ai très envie d'aller vers l'écriture, j'ai besoin de quitter les écrans.

Ça vous fait quoi d'être présidente du Festival International du Film d'Aventure de La Rochelle ?
Je suis ravie, j'adore cette équipe organisatrice. Ce festival d'aventure, c'est un des rares où je me plais à aller. J'ai un peu fait le tour des autres, je me lasse vite. J'aime le fait d'expérimenter ça mais c'est une responsabilité. J'espère que je vais être à la hauteur. À la base, je n'aime pas trop juger les films, donc mon idée c'est de mettre en avant les qualités et les messages davantage que les aspects techniques. À mon sens, quand il y a une histoire, quel que soit le budget, ça marche. »