Ces matches de qualification pour le Mondial décisifs disputés dans un contexte extrême

L'Ukraine, en pleine invasion russe sur son territoire, dispute mercredi sa demi-finale de barrage qualificatif pour la Coupe du monde 2022 contre l'Écosse (20 h 45). Ce n'est pas la première fois qu'une rencontre de cette importance se déroule dans un contexte politique particulièrement tendu.

Salvador - Honduras, du foot à la « Guerre de Cent Heures »

Après des années de montée en tension entre le Salvador, petit État d'Amérique centrale, et le Honduras, grand voisin accueillant une forte émigration salvadorienne, une double confrontation qualificative pour la Coupe du monde 1970 devient l'étincelle déclenchant un conflit armé. Un an avant ce rendez-vous sportif de juin 1969, une réforme agraire est mise en place au Honduras. Elle renforce le pouvoir des grands propriétaires locaux, au détriment des émigrés du Salvador, et participe à exacerber les frictions entre les deux populations, pourtant très similaires au départ.

La demi-finale des éliminatoires dans la zone Concacaf prend ainsi une dimension politique particulière. Le Salvador, battu à l'aller au Honduras (0-1), remporte la revanche (3-0) pour s'offrir un match d'appui, qu'il gagnera au Mexique après prolongation (3-2 a.p.). S'ensuivent de violents affrontements entre supporters, puis des premiers combats armés qui basculent dans la guerre le 14 juillet 1969, avec les premières bombes salvadoriennes lâchées sur Tegucigalpa, la capitale du Honduras. Cinq jours d'un conflit d'une centaine d'heures font 3 000 morts et 15 000 blessés, avant le retrait du Salvador.

Coup d'État et parodie de football à Santiago

Le 12 septembre 1973, le général Augusto Pinochet, commandant de l'armée chilienne, mène à bien un coup d'État pour renverser le gouvernement socialiste de Salvador Allende. Deux mois plus tard, le Chili doit affronter l'URSS, en barrage qualificatif pour la Coupe du monde 1974. Après un surprenant nul 0-0 à l'aller à Moscou, tant les Soviétiques étaient considérés comme favoris, Santiago doit accueillir la deuxième manche le 21 novembre 1973. Mais le stade national est utilisé par la dictature pour y réunir ses opposants politiques et les torturer.

Les émissaires de la FIFA, aveuglés par les efforts du pouvoir en place pour masquer ses exactions, ne s'en émeuvent pas et maintiennent la tenue du match. Les Soviétiques refusent de se rendre au Chili, mais sans entériner leur forfait, et le coup d'envoi du match est donné à l'heure prévue, par une équipe sans adversaire face à elle. Devant 18 000 spectateurs, les locaux remontent le terrain et marquent dans le but vide, offrant un spectacle pathétique. Renforcé dans la foulée par une lourde défaite de la sélection chilienne face à Santos (5-0), une rencontre amicale organisée pour satisfaire ceux qui avaient payé leur billet pour assister à cette farce.

Un derby crucial au plein pic de tension

Un nul suffit aux Irlandais, sur la pelouse de l'Irlande du Nord le 17 novembre 1993, pour valider leur place à la Coupe du monde. Mais une flambée de violences dans le conflit qui oppose indépendantistes et unionistes sur le sol nord-irlandais marque les semaines précédant la rencontre. À un attentat commis par l'IRA dans un « Fish & Chips » de Belfast, faisant 10 morts, les unionistes de l'UDA répondent par leur propre opération dans un bar de Greysteel (huit victimes). L'atmosphère à Windsor Park est décrite par des journalistes locaux comme la plus toxique jamais observée autour d'un match. Les Irlandais sont accueillis par des enfants qui les pointent du doigt comme s'ils leur tiraient dessus, ainsi que le raconte Niall Quinn, dans un documentaire d'ESPN.

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À l'intérieur du stade, les insultes fusent et l'Irlande du Nord croit priver son rival de qualification grâce à un but de Jimmy Quinn. Mais une demi-volée d'Alan McLoughlin qualifie les Irlandais pour la « World Cup ». Le capitaine nord-irlandais Alan McDonald donne alors un discours mémorable dans le vestiaire adverse, pour demander à ses adversaires de représenter au mieux leur île aux États-Unis. Mais le conflit ressurgira en plein Mondial, avec le « World Cup Massacre », perpétré par des membres de l'Ulster Volunteer Force dans un bar de Loughinisland. Cette attaque fera six morts, en pleine victoire de l'Irlande sur l'Italie pour son entrée dans la compétition (1-0).

Drogba en catalyseur de paix

La Côte d'Ivoire n'a encore jamais disputé une phase finale de Coupe du monde quand elle se déplace au Soudan, lors de la dernière journée des éliminatoires pour le Mondial 2006. Les Éléphants doivent s'y imposer et espérer une contre-performance du Cameroun en Égypte dans le même temps pour offrir un grand bonheur à un pays divisé par la guerre civile depuis 2002. Le Sud est sous le contrôle du gouvernement du président Laurent Gbagbo, quand le Nord est aux mains d'une faction rebelle menée par Guillaume Soro. L'année 2005 est d'ailleurs marquée par une remontée en tension entre les deux camps, jusqu'à cette folle journée du 8 octobre.

Les Ivoiriens font le travail à Omdurman (victoire 3-1) et attendant le résultat du Cameroun au Caire. Accrochés par les Égyptiens (1-1), les Lions indomptables obtiennent un penalty dans les arrêts de jeu. Mais Pierre Womé envoie sa frappe sur le poteau et la Côte d'Ivoire gagne son billet pour l'Allemagne. Didier Drogba, star de la sélection, en profite pour envoyer un message de paix puissant devant la caméra de Téléfoot : « Nous vous avons promis que les célébrations uniraient le peuple - aujourd'hui, nous vous supplions à genoux. Le seul pays d'Afrique avec tant de richesses ne doit pas sombrer dans la guerre. » Message reçu, puisque les mois suivants enclencheront un processus de paix qui aboutira à un cessez-le-feu, signé en mars 2007.

La Syrie proche de l'exploit en pleine guerre civile

Un pays déchiré, une sélection nationale unie. Pendant que les partisans de Bachar Al-Assad et les rebelles sont engagés dans un conflit qui dure depuis 2011, la Syrie vit des heures footballistiques plus joyeuses. Elle passe le premier tour des éliminatoires pour la Coupe du monde 2018 en terminant parmi les meilleurs deuxièmes, puis arrache sa place en barrage en devançant l'Ouzbékistan, la Chine et le Qatar dans sa poule du deuxième tour. Le tout en disputant ses matchs « à domicile » en Malaisie, faute de pouvoir les organiser sur son sol.

Ce parcours suscite un enthousiasme commun dans tout le pays, malgré les combats qui rythment la vie quotidienne de la population depuis six ans. La Syrie, outsider de son barrage face à l'Australie, qui en précède un autre contre le Honduras, oppose une sacrée résistance aux Socceroos. Après le nul 1-1 à l'aller, elle est même virtuellement qualifiée avec l'ouverture du score d'Omar Al Somah dès la sixième minute au match retour, à Sydney. Mais son avantage ne tient que sept minutes et la Syrie cède en prolongation, Tim Cahill réussissant le doublé. Le rêve syrien est passé. Au contraire du cauchemar encore en cours sur un territoire meurtri par la guerre.

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