Mathieu Blanchard, 2e de l'UTMB derrière Kilian Jornet : « On s'est poussés l'un et l'autre »

Mathieu Blanchard, 2e de l'UTMB derrière Kilian Jornet : « On s'est poussés l'un et l'autre »

Après sa troisième place surprise l'an dernier sur l'UTMB, Mathieu Blanchard a réalisé une course épique, jouant jusqu'au bout la victoire face à la star du trail running Kilian Jornet, samedi. Le Français savoure son chrono et cette bataille finale « pas du tout prévue ».

Passer sous la barre des 20 heures

« C'était incroyable car je ne pensais pas que c'était possible. J'avais jamais espéré ça. L'année prochaine, l'UTMB fête ses 20 ans et personne n'était passé sous les 20 heures avant. Beaucoup de personnes pensaient que c'était impossible. Je crois que Pau Capell (vainqueur en 2019) disait dans son film, quand il a tenté de battre ce chrono dans un record personnel que pour casser les 20 heures (en 2020, année de pandémie où l'UTMB a été annulé), ce serait plus facile de le faire pendant une course qu'hors course, tout seul. Moi, je rajouterai qu'il faut une deuxième personne : le faire à deux pour se pousser. C'est la chance qu'on a eue avec Kilian, de se pousser l'un et l'autre. Il était bien meilleur que moi en montée, il était bien meilleur que moi en descente. On se tirait, ça nous a permis d'aller chercher ce temps. Mais j'avoue que j'ai tout donné dans la dernière descente, j'ai passé à la Flégère, j'ai vu que j'avais à peine 40 minutes pour aller en bas. »

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« On sort ensemble de Vallorcines et il m'a mis une boîte monumentale. Je n'ai pas pu suivre. Il a creusé l'écart. Mais je suis très satisfait de ce résultat-là. Le plus dur, c'était de courir avec Kilian. C'était pas prévu. Moi, j'avais des temps de passage bien cadrés, qui me permettaient de contrôler ma course dans un confort relatif. Mais là, à partir du moment où je suis arrivé à côté de Kilian, très vite, il allait tellement doucement que je lui ai dit « désolé pour toi, j'espère que ça va aller mieux ». Et en fait, il s'est réveillé d'un coup et là, a commencé une course qui n'était pas du tout prévue, pour aller chasser Jim (Walmsley). Assez naturellement, on s'est poussé l'un et l'autre. Après avoir dépassé Jim, ça a continué. C'était assez involontaire et c'est ce qui a fait ce temps finalement. »

Les émotions

« C'est la première fois que j'ai pleuré pendant une course tellement j'avais mal dans tout mon corps. J'ai essayé de le rattraper (Kilian) en montée, je me mettais vraiment dans le mal. À un moment donné, mon corps était tellement douloureux que ça m'a fait pleurer à grosses larmes. Et quand je suis arrivé au ravitaillement à Trient, ça a recommencé. Il reste 30 ou 40 kilomètres, je me suis projeté sur l'arche d'arrivée et je me suis dit que j'avais tellement mal que j'allais pas pouvoir y arriver. Mais ma compagne (qui assure son assistance sur la course) a su me remotiver et on est repartis avec Kilian. Et la course a continué. C'est ça l'ultra.

J'ose espérer qu'en le vivant une deuxième fois cette ligne d'arrivée, le public, je vais réussir à l'intégrer plus pour quand je vais y repenser, me rendre compte que c'est réel. De revivre mes émotions à la maison, ce que je n'arrivais pas à faire car ça me faisait comme un traumatisme, un choc, qui fait que mon cerveau a oublié. L'ambiance était malade. Je pense que j'ai entendu le prénom « Mathieu » un million de fois. Je les remercie. J'ai tout donné grâce à eux. C'est peut-être aussi grâce à ce public qu'on a pu faire un tel temps à l'UTMB. »