Maxime Cattiau, berger : « Le secret, c'est de faire corps avec la montagne »

Maxime Cattiau. (DR)

Berger dans les Pyrénées, Maxime Cattiau, 34 ans, raconte son quotidien dans la rubrique « Fenêtre sur corps » du magazine L'Équipe.

« Chaque été, de juin à fin septembre, je vis en estive entre 2 000 et 2 600 m d'altitude avec un troupeau de 800 brebis, dans le Couserans, à la frontière des Pyrénées ariégeoises et de l'Espagne. C'est un décor majestueux et rude. J'ai toujours aimé les défis sportifs : ancien coureur d'ultra-trail - j'ai participé aux 170 km de la Diagonale des fous -, j'ai aussi élevé des chiens de traîneau. Mais là, sur les versants raides du port d'Urets, où il reste encore des névés jusqu'au 14 juillet, il faut gérer la répétition des mêmes efforts jour après jour.

Ce que certains randonneurs ne font qu'une fois par an sur un GR, nous le faisons plus de cent jours d'affilée hors sentier, souvent en empruntant des pentes d'herbe glissante. Aidé de notre inséparable bâton, nous dénivelons environ 1 000 m par jour, avec un sac de poids moyen sur le dos, qui contient des vêtements secs, un casse-croûte, un talkie-walkie, un livre...

Le secret, c'est de faire corps avec la montagne et de toujours marcher lentement. Ne jamais courir. Sinon, le risque est de dérocher ou de se casser une cheville, ce qui signifie la fin de votre saison, et parfois même de votre carrière. Les longues journées froides dans le brouillard malmènent le corps. Après quelques semaines, pourtant, on remarque que nos jambes s'habituent à la pente et les distances donnent l'impression de se réduire.

Il faut parfois oublier la carte postale du pastoralisme. Ce que ne voient pas les randonneurs, c'est la répétition des gestes quotidiens : porter les blocs de sel pour les brebis et les sacs de croquettes pour les chiens, rassembler chaque soir le troupeau qui s'est dispersé sur les pentes, entretenir la cabane... Nous devons aussi prodiguer des soins aux brebis et pour cela les plaquer au sol : elles pèsent souvent plus de 40 kg et se débattent, il faut donc leur faire une sorte de prise de judo, en faisant attention à ne pas se casser le dos à force de répéter ce corps-à-corps. Car, là-haut, il n'y a pas de kiné pour vous soulager...

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Et puis, depuis quelques années, la présence de l'ours nous demande un surcroît d'effort : on ne peut plus abandonner comme avant un groupe de six brebis dans la nature pour une nuit, et on doit faire acte de présence plus soutenu avec le troupeau pendant la journée. D'où, désormais, la présence d'un second berger sur l'estive. Il faut rassembler et enfermer les bêtes chaque soir dans un filet électrique portatif. L'été dernier, nous avons été attaqués à de nombreuses reprises et l'ours nous a mangé 16 brebis malgré la présence des patous, ces chiens de protection spécialement dressés dès leur plus jeune âge pour donner l'alerte. On doit se lever en pleine nuit pour essayer d'éloigner l'ours, puis le lendemain, en cas de prédation, effectuer des marches supplémentaires avec les experts chargés de l'indemnisation pour retrouver le cadavre.

Évidemment, nous ne pourrions jamais faire ce magnifique travail de berger sans nos chiens. Je fais totalement équipe avec mes border collies, qui s'aventurent sur des pentes trop dangereuses pour moi et parcourent des distances immenses chaque jour. Les véritables athlètes de la montagne, ce sont eux. »

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