Mir : L'absence de Márquez n'ôte aucune légitimité à mon titre

Léna Buffa
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Sacré Champion du monde MotoGP après l'avant-dernier Grand Prix de la saison, au palmarès, alors que celui-ci était invaincu depuis 2016. Blessé dès la première course, le #93 aura été le grand absent de ce championnat et d'une course au titre plus ouverte qu'elle ne l'avait jamais été. Mais, pour le nouveau lauréat, avoir gagné dans ces circonstances ne signifie pas qu'il mérite moins son titre.

"Ceux qui disent ça n'y connaissent pas grand-chose à la moto", tranche le pilote Suzuki lorsque la question lui est posée frontalement ce dimanche. "Si Marc n'est pas ici, ça n'est pas parce qu'il a été kidnappé, on n'est pas allé l'enlever chez lui pour le faire disparaitre. Marc était là à la première course, il a pris des risques pour gagner et pour essayer de remporter le championnat, et il a commis une erreur qui lui a coûté la saison, c'est tout."

"Cela enlèverait du mérite au titre ? Eh bien, dans ce cas il faudrait ôter du mérite à de nombreux autres pilotes titrés au cours de l'Histoire qui ont gagné après que ceux qui étaient théoriquement favoris sont tombés et n'ont pas remporté le championnat. Cela fait partie du jeu, du sport et du MotoGP. Je ne considère pas ce titre moins mérité car Márquez n'est pas là après s'être blessé."

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Sept podiums décisifs

Écarté de la course au titre dès le mois d'août, lorsqu'il a été acquis que sa blessure du bras nécessiterait plusieurs mois de convalescence, Márquez lui-même avait balayé les critiques précoces de ceux qui estimaient que son absence dévaluerait cette saison. Au final, dans une lutte particulièrement ouverte, Mir s'est affirmé comme le plus constant de tous, décrochant sa première victoire au Grand Prix d'Europe, mais surtout sept podiums en neuf courses après trois premières manches plutôt malchanceuses.

Seulement 14e après Brno, il a ainsi gravi les échelons en passant en l'espace de trois rounds à la neuvième, puis la huitième et enfin la quatrième place du championnat. Au moment de quitter Misano, il n'était plus qu'à quatre points du leader, et trois manches plus tard il était à son tour propulsé en tête, une position qu'il n'a plus quittée depuis, jusqu'à remporter le titre dès sa première opportunité ce dimanche, au terme de ce qui n'était que sa deuxième saison. "Je ne m'y attendais pas ! Je pensais que ça arriverait un peu plus tard. Mais maintenant on l'a, le titre est à nous, alors je suis heureux."

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Leader pour la première fois au Grand Prix de Styrie, le jeune Majorquin avait vu une première victoire lui échapper après l'interruption de cette course, n'ayant plus de pneu adapté pour le second départ. Malgré sa domination ce jour-là, c'est pourtant bien plus tard qu'il dit avoir pris conscience que le titre était possible : "Pas en Styrie, non, parce que c'était la première course où j'étais vraiment compétitif, en lutte pour la victoire. C'était probablement après Misano et Barcelone. À ce moment-là, je me suis dit que je n'étais peut-être pas rapide qu'en Styrie, et que j'arriverais peut-être à conserver ces sensations avec la moto."

Engagé dans la lutte pour le titre le plus prestigieux seulement cinq ans après ses débuts mondiaux, Joan Mir a toujours affiché un visage impassible ces dernières semaines, se montrant particulièrement sérieux et mesuré face aux questions pressantes des médias. Aujourd'hui, il admet toutefois que c'était un masque : "Ce qui était important, c'était je semblais calme et sans pression, mais ça n'était pas le cas. J'étais nerveux, ce qui ne veut pas dire que c'est négatif."

Et c'est lorsque son compatriote et idole de jeunesse, Jorge Lorenzo, lui fait la surprise de l'interroger en conférence de presse qu'il lève le voile sur l'approche qui a été la sienne face à l'enjeu. "Tu as toujours été une référence pour moi. Ta façon d'aborder les courses, avec la sérénité que tu affichais, c'est quelque chose que j'ai toujours cherché à répliquer", explique-t-il à son aîné. "Quand je te regardais gagner et que je n'étais pas encore en Championnat du monde, tu apparaissais toujours très fort mentalement, et maintenant que je vis ce moment je pense que c'est ce que tu montrais, pas ce que tu ressentais. Parce que je dis que je n'étais pas nerveux, que je ne ressentais pas la pression, mais en fait j'étais vraiment nerveux et je ressentais une très forte pression. Simplement, je montrais quelque chose de différent."

Avec German Garcia Casanova