Mode - Activewear, quand le sport sert la mode

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À travers une exposition au musée de la mode de Hasselt en Belgique, les anciennes sprinteuses belges Olivia Borlée et Élodie Ouédraogo, médaillées d'or lors du relais 4x100 m aux JO 2008 de Pékin, racontent la manière dont le sport influence la mode.

La cheville protégée par le montant d'une chaussure siglée d'un Jumpman. Utile lors d'une réception sur un parquet, moins pour déambuler sur un trottoir. Bien avant les Jordan passées des terrains de basket à la ville, d'autres vêtements de sport ont emprunté le même chemin. C'est ce que raconte l'exposition Activewear, présentée au musée de la mode de Hasselt en Belgique, jusqu'à fin décembre 2021.

« Dès 1850, alors qu'on ne pouvait même pas encore parler de sport, mais plus de loisirs, le fait que les gens commencent à faire du vélo, à monter à cheval, à jouer au tennis, a permis de libérer le corps, et simplifier le vêtement, affirme Olivia Borlée. L'activité physique a eu un vrai impact sur la libération des corps. » À 35 ans, aux côtés d'Élodie Ouédraogo, elle est la curatrice de cette exposition à la lisière de leurs deux passions.

Dans les audioguides, les voix des deux anciennes sprinteuses belges, médaillées d'or à Pékin en 2008 lors du relais 4x100 m, promènent les visiteurs dans les allées du musée. Où on peut apprécier un bloomer, cette culotte bouffante portée par les Américaines pour faire du vélo au début des années 1850, inventée par Amelia Bloomer, militante du droit des femmes. « Les sujets que mettent en avant ces vêtements sont très actuels », appuie Élodie Ouédraogo (40 ans).

Des créateurs prestigieux sont présents : Stella McCartney, Louis Vuitton, Dior ou Chanel. (« Coco Chanel a imposé le pantalon pour femme », rappelle Olivia Borlée). Mais aussi la jeune Marine Serre, ancienne espoir du tennis français devenue styliste, et dont Élodie Ouédraogo apprécie l'utilisation du lycra. D'autres vêtements utilisent les codes du football, du judo, de la danse ou de la boxe. C'est avec la volonté d'exprimer « un message » par le textile qu'Élodie Ouédraogo et Olivia Borlée ont fondé en 2016, la marque de sportswear 42/54, comme leur chrono doré du 4x100 pékinois.

La technologie comme inspiration
« C'est venu d'un constat. Avec Élodie on a eu la chance d'être sponsorisées par Nike pendant toute notre carrière. Mais en tant que passionnées de mode, au bout d'un moment, on trouvait que toutes les tenues des athlètes se ressemblaient, regrette Olivia Borlée. Et encore aujourd'hui, au départ d'un 100 m, les filles ont besoin de s'exprimer d'une autre manière, que ce soit par les cheveux, leurs ongles, le maquillage, parce que niveau vêtement le fonctionnel a pris le dessus sur l'esthétique. » Elles se souviennent avec nostalgie des collants bariolés asymétriques (court d'un côté, long de l'autre) de Flo-Jo (Florence Griffith-Joyner) autant que de ses records du monde sur 100 et 200 m. « Il y avait un show, une esthétique sur et en dehors de la piste », poursuit Borlée.

Allier confort et cool, c'est l'esprit que les deux sprinteuses veulent insuffler à leur marque 42/54 qui fabrique notamment des leggings ou des tops. « Les techniciens utilisent la recherche pour améliorer le vêtement, ainsi que les performances des athlètes. C'est cette technologie qui inspire les créateurs de mode, observe Élodie Ouédraogo. Le concept de notre marque va dans ce sens, des vêtements pour faire du sport, mais aussi pour vivre. » Superviser cette expo a permis aux deux ex-athlètes d'emmagasiner du savoir. « Michael Jordan, Flo-Jo, David Beckham ou Suzanne Lenglen, les sportifs sont des créateurs de tendance avec ce qu'ils portent », ajoute Olivia Borlée. Alors que les collabs ont aujourd'hui la cote, une tenue de Suzanne Lenglen conçue par le créateur Jean Patou rappelle que, déjà dans les années 1920, sport et mode savaient s'immiscer.

Matières plastiques et durabilité ?
L'exposition fait la part belle à leurs compatriotes : Raf Simons, Glenn Martens ou Dirk Bikkembergs. Ce dernier, influencé par l'univers du ballon rond est le premier styliste à avoir organisé un défilé dans un stade de football en 2001. « Ça peut sembler étonnant le mélange du sport et du luxe, mais aujourd'hui, c'est la norme : Suprême et Louis Vuitton, Virgil Abloh qui dessine les tenues de Serena Williams. (L'une des pièces les plus zyeutées de l'expo, est la Air Dior, chaussure née d'une collaboration en Nike et Dior) Mais avec cette exposition on se pose surtout la question du futur de l'activewear. »

Alors on se retourne sur les pièces en lycra, néoprène, élasthanne que les créateurs s'approprient. Dans cet univers où les matières plastiques synthétiques sont encore plus présentes que dans la mode traditionnelle, les deux championnes apportent un début de réponse. « L'activewear devra trouver des tissus intelligents, moins polluants pour diminuer son empreinte carbone, c'est la recherche qui va permettre cela », explique Olivia Borlée. « Avec 42/54, la production responsable est primordiale, on conçoit nos vêtements chez des artisans locaux (en Belgique), enchaîne Élodie Ouédraogo. Et beaucoup de nos produits sont créés à partir de matériaux recyclés. La collection qu'on lance en septembre sera 100 % biodégradable. » Reste plus qu'à passer le relais aux grandes marques.

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