La mode du Five, une pratique en pleine expansion

Près de vingt ans après son introduction en France, le foot à 5 s'affirme comme une pratique en plein essor qui tente de se structurer.

Si on espérait une autre place du sport dans les débats pendant l'élection présidentielle, on a quand même eu droit quelques jours avant le premier tour à un interlude foot inattendu. Le « Z » (Éric Zemmour) en virée dans le centre sportif Z5 d'Aix-en-Provence, appartenant à un autre célèbre « Z », champion du monde. Du buzz, de la récupération politique, tout ça au coeur d'un centre de foot à 5. Étonnant ? Non, tant cette pratique s'est imposée en France ces quinze dernières années - au point que Zidane investisse les terrains, donc.

Débarqué de Grande-Bretagne dès le début des années 2000 dans l'Hexagone, le foot à 5, appelé également five ou urban, se place désormais comme un poids lourd du sport national avec près de 5 millions de pratiquants, dont 3 millions de joueurs réguliers. « Toutes les personnes qui ne souhaitent pas vivre les contraintes d'un club, des entraînements aux matches le week-end, se rabattent sur le foot à 5, souligne Virgile Caillet, délégué général de l'Union Sport & Cycle. Cela illustre l'évolution du sport : on joue quand on veut, où on veut, aux horaires qui nous conviennent. »

Face à l'explosion de la demande, l'offre s'est multipliée (250 centres en France, soit 1 000 terrains selon la FFF) et structurée. Certaines enseignes historiques ont fusionné au milieu des années 2010 pour donner naissance aux deux plus importants réseaux : UrbanSoccer (32 centres, union d'UrbanFootball et de Soccer 5 en 2014) et le Five (36 centres, fusion de Soccer Park et du Five en 2016). « On s'est associés pour se développer plus vite, explique Joseph Viéville, cofondateur du Five. Un projet coûte entre 800 000 et 1 million d'euros. Il était donc préférable de mutualiser les ressources. » À ces « géants », il faut rajouter Convi'Foot, réseau de franchisés (31 complexes).

Aujourd'hui, ce marché pèse 300 millions d'euros, selon une étude de l'Union Sport & Cycle, soit une augmentation de 900 % en dix ans, et emploie 3 000 personnes. « Le gros pic d'implantation des centres a eu lieu entre 2010 et 2015. Depuis, en raison d'un maillage territorial assez complet, les ouvertures se sont tassées. Nous n'en prévoyons que deux en 2022. De plus, le Covid est passé par là », reconnaît Julien Falgoux, fondateur et directeur général d'UrbanSoccer.

Après des mois de fermeture en raison de la crise sanitaire et une baisse de chiffre d'affaires d'environ 30 % en 2021, les centres ont retrouvé leur fréquentation d'avant la pandémie. « On a même une croissance de 10 % cette année, pointe Tony Jalinier, cofondateur du réseau le Five. Si on touche surtout des hommes entre 20 et 35 ans, le public féminin représente 10 à 15 % de notre clientèle, et on développe l'offre enfants avec des académies de foot à 5 comme avec le Zidane Five Club. »

Face à cette offre privée, la FFF a pris le train en marche. Elle s'est notamment associée en 2018 à UrbanSoccer avec, par exemple, la mise en place d'offres privilégiées pour les licenciés. La FFF a aussi investi dans la construction de 50 terrains de foot à 5. « Il y a une pénurie de terrains en France, c'est la raison pour laquelle on veut créer des liens avec le tissu associatif ou le sport scolaire, ajoute Joseph Viéville. Nos terrains sont quasi vides en journée, on veut booster l'accès aux écoles, aux clubs à des tarifs ultra-dégressifs. On se positionne en complément de pratique et non en frontal. »

L'État, en vue des JO 2024 à Paris, a d'ailleurs annoncé en septembre dernier la construction de 5 000 équipements de proximité, dont 1 000 city stades. Pour s'ouvrir à d'autres publics, les centres investissent sur deux axes : la numérisation et la diversification des centres. « On veut continuer à rendre l'activité fun en proposant, par exemple, de revoir ses buts en vidéo, confie Tony Jalinier du Five. On tente aussi de diversifier nos centres en proposant du padel, du squash, du fitness ou de l'escalade. Les publics sont souvent les mêmes. »

Les trois principaux réseaux se sont réunis cette année au sein de l'Association Nationale du Foot à 5 « pour travailler sur la structure de nos compétitions, souligne Jean-Pierre Gruppi, président de Convi'Sport. On discute avec la FFF pour réfléchir ensemble au développement de la discipline. On est à un tournant. Il ne s'agit pas d'augmenter le nombre de joueurs, déjà très élevé, mais le structurer. On veut aller plus loin en créant une épreuve commune entre les trois réseaux et les premières compétitions féminines et de jeunes. » Une ambition reçue cinq sur cinq ?

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