À Monaco, l'argent avant le jeu

L’AS Monaco est sortie sans gloire de sa campagne européenne, dernière de son groupe sans la moindre victoire. La conséquence prévisible d’une stratégie trop risquée à court terme.

Une campagne de LDC à oublier pour Monaco (AFP).

 

Zéro victoire, deux nuls, quatre défaites ; six buts marqués, 16 encaissés ; deux petits points et une dernière place du groupe G synonyme d’élimination sèche : c’est le sombre bilan de l’AS Monaco dans la Ligue des Champions 2017-2018. Qu’il paraît loin, le temps d’un parcours éblouissant jusqu’en demi-finale, porté par une attaque de feu ! Cette saison, le champion de France en titre s’est planté dans les grandes largeurs. Et le plus triste, c’est que le scénario était finalement prévisible


Le temps des illusions perdues
Le 24 août pourtant, les espoirs étaient vivaces. Ce jour-là, Monaco tirait un groupe composé de Porto, du Besiktas et de Leipzig, un groupe « homogène » pour Kamil Glik, dans lequel « toutes les équipes auront une chance de se qualifier. » Un groupe comparable à celui de la saison précédente (Leverkusen, Tottenham, CSKA Moscou), sans mastodonte européen, abordable. L’ASM devait pouvoir tirer son épingle du jeu, même sans Benjamin Mendy, Tiémoué Bakayoko, Bernardo Silva, Valère Germain ou Kylian Mbappé. D’autant que le staff monégasque avait dégoté quelques talents, au premier rang desquels Youri Tielemans, Keita Baldé et Stevan Jovetic.

Accompagnés des « anciens » (Danijel Subasic, Kamil Glik, Jemerson, Djibril Sidibé, Fabinho, Thomas Lemar, Falcao), les nouveaux devaient montrer le double talent de Monaco en termes de négociations (ventes pour 360 millions d’euros, achats pour 100 millions environ) et de construction d’équipe avec, en chef tacticien, Leonardo Jardim. Mais voilà, la greffe n’a pas prise, ou pas assez vite, et Monaco se retrouve avec le triste record français du nombre de buts encaissés en phase de poules (16) après sa dernière gifle portugaise. Pourquoi ? Pour trois raisons.

Des recrues pas au niveau
La première est une évidence : lorsqu’on vend plus cher que l’on achète, c’est souvent car ceux qui partent sont meilleurs que ceux qui arrivent. Qu’ils aient plus de talent ou plus d’expérience, ce sont des joueurs qui ont montré qu’ils ont le niveau. A contrario, les recrues doivent prouver et là, personne n’est à l’abri d’un échec. Le cas Tielemans, rarement titulaire, est symbolique : arrivé avec une étiquette d’étoile en puissance, le milieu belge a déçu. Baldé n’a lui pas inscrit le moindre buts en six apparitions européennes, tandis que Jovetic est une énigme que l’on annonce déjà sur le départ. Sans oublier Rachid Ghezzal, mystère non résolu. Définitivement pas de quoi faire oublier la justesse de Silva ou le phénomène Mbappé.


Un timing trop serré
Le temps aurait pu faire son œuvre et les arrivants progresser dans leur nouvel environnement. Mais le temps est une denrée rare dans le foot, et c’est précisément ce qui a manqué à Jardim. (Trop vite ?) vu comme un magicien, le technicien portugais ne pouvait pas faire de miracles. Face à des adversaires présumés abordables, mais bien organisés, Jardim a payé la stratégie de son club. Deux ou trois départs avaient été annoncés ? Ce sont finalement cinq joueurs majeurs qui ont quitté le navire monégasque à l’été. Une belle opération financière pour les dirigeants, un casse-tête insurmontable pour le technicien.

Des tauliers aux abonnés absents
D’autant que, troisième raison de l’échec monégasque, ceux qui ont porté l’ASM la saison passée ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Hormis Falcao, toujours irréprochable, pas un n’est à son niveau d’il y a quelques mois. Blessés, Lemar ou Sidibé n’ont disputé que la moitié des rencontres européennes. La charnière Glik-Jemerson ne voit plus ses carences masquées par les flamboyances de l’attaque, Subasic n’est pas un cador, quand Fabinho traîne son spleen d’un transfert avorté à Paris. Résultat, c’est tout un effectif qui se retrouve bancal, et désormais sorti sans gloire de toute compétition européenne.


En définitive, peut-être Leonardo Jardim va-t-il trouver une nouvelle fois la formule magique et relancer son groupe. En attendant, l’ASM se retrouve dans une position périlleuse, chassée en Ligue 1 par Lyon et Marseille (le titre semble déjà perdu), deux clubs qui lui souffleraient bien les si convoitées places en Ligue des Champions. Le risque est énorme pour Monaco et son richissime propriétaire, tant la Ligue des Champions est rémunératrice mais aussi un accélérateur de progressions. Mais ce risque, Dmitri Rybolovlev et Vadim Vasilyev ont décidé de le prendre le jour où ils ont privilégié l’argent au jeu. Et c’est bien dommage pour l’ensemble du football français.

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