Mondial 2022: la gestion des travailleurs immigrés par le Qatar mènera-t-elle au boycott?

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Depuis l’attribution au Qatar en 2010 de la Coupe du monde de football 2022, les polémiques se sont enchainées sans cesse. En effet, le quotidien britannique The Guardian a estimé dans une récente enquête que 6 500 ouvriers étrangers auraient perdu la vie sur les chantiers du Mondial 2022. Certaines voix se sont levées pour un possible boycott.

Réunis jeudi 4 mars lors de leur conseil annuel, plusieurs clubs professionnels norvégiens ont voté en faveur d'un boycott de la compétition par leur sélection (202 voix). Le club de Tromsø IL s'est même fendu d'un communiqué : « Le fait que la corruption, l’esclavage moderne et un nombre élevé de travailleurs morts soient à la base de la chose la plus importante que nous ayons, la Coupe du monde n’est pas du tout acceptable. Nous ne pouvons plus nous asseoir et regarder des gens mourir au nom du football », a expliqué le club. Et d’ajouter : « La critique et le dialogue n’ont pas abouti. Nous pensons qu’il est temps de passer à l’étape suivante : le boycott. »

Une motion a été déposée mais n'a pas été adoptée en raison du veto des représentants de Rosenborg (46 voix contre). La Norvège doit entamer contre Gibraltar le 24 mars son parcours de qualifications pour le Mondial 2022. L'équipe de la perle Erling Haaland jouera ensuite contre la Turquie, le 27 mars, et contre le Monténégro le 30 mars. Un boycott de la Norvège est peu probable puisque le président de la fédération norvégienne s’est déjà publiquement opposé à cette idée. La Fifa a d’ores et déjà promis des sanctions en cas de boycott et menace d’une exclusion pure et simple de la Coupe du monde 2026.

Le soutien de la Fifa

Le Qatar nie cette hécatombe chez les ouvriers étrangers. D’après leurs propres chiffres officiels, 37 migrants sur deux millions de travailleurs immigrés, auraient péri depuis décembre 2010. Selon ce pays du Golfe, les autres décès seraient dus à des « causes naturelles » comme des problèmes respiratoires, une insuffisance cardiaque, ou des accidents de la route. La Fédération internationale de football (Fifa) déclare de son côté « soutenir le Qatar en lui faisant confiance pour organiser une belle coupe du monde. » En 2019, l’ONU avait appelé le Qatar à une protection renforcée des travailleurs contre la chaleur.

« Comme cela est le cas depuis désormais 2010, les appels au boycott vont également ressurgir, voire se multiplier. Toutefois, en l’état actuel des choses, remettre en cause l’organisation pure et simple de l’événement semble improbable. Si les appels au boycott sont légion – et on les a vus se développer dès le lendemain de l’attribution de cette Coupe du monde, en décembre 2010 – beaucoup d’États ne me semblent pas pouvoir, ni vouloir franchir le rubicon », indique Carole Gomez, spécialisée en géopolitique du sport à l'IRIS, au journal Marianne.

La Coupe du monde de football en 2022 constitue pour le Qatar un moment très important pour son soft power autour de la diplomatie sportive. Ce petit émirat existe sur la scène internationale grâce au sport avec l’acquisition notamment du Paris Saint-Germain en football. Depuis plusieurs années, le Qatar a organisé sur son sol de grandes compétitions internationales comme les championnats du monde d’athlétisme, de cyclisme ou dernièrement la Coupe du monde des clubs de football.

En juin 2017, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Égypte, avaient décidé de rompre les relations diplomatiques avec Doha et placer l’émirat sous embargo. Ils accusaient le Qatar de soutenir des groupes islamistes radicaux, ce que Doha a toujours nié. La brouille diplomatique qui durait depuis trois ans s'est terminée en janvier dernier.