Moqué sur les réseaux sociaux, Yohann Diniz veut laver son honneur au tribunal

Yohann Diniz est retraité. (S. Mantey/L'Équipe)

S'estimant diffamé par des commentaires sur les réseaux sociaux remettant en cause ses performances, l'ancien marcheur Yohann Diniz espère faire condamner le plus virulent d'entre eux mercredi devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris.

Devant l'un des prévenus, la juge, passée par des affaires moins divertissantes, n'avait pas résisté au fou rire en entendant sa greffière relire l'échange sur Facebook entre un certain « Pedro les Sablettes » (un pseudonyme) et quelques contempteurs semblant l'accuser de dopage.

« Alors Pedro, c'est le gars qui quand il allait s'entraîner en stage en altitude, son pote le Docteur Dollé (ancien médecin de la FFA) lui filait les dates des contrôles inopinés avant. Comme ça, il était peinard et tranquillou, il éclatait les records de l'univers sidéral. Il avait même mis cinq minutes à Speedy Gonzales, le ruskof archo recordman de l'Univers sidéral avant lui. Bref un pedro rapido bien chargo. »

Autre saillie, moins drolatique plus accusatrice : « Et pour embêter mon petit Pedro, quand est-ce que tu nous montres ton suivie (sic) biologique et ton passeport biologique ? Si t'es clean, montre-le. En entier, et n'oublie pas ceux où tes off-scores sont hauts ou ceux où tes réticulocytes sont (trop) bas. »

Une première personne relaxée, la deuxième a été condamnée mais elle a fait appelPlus bas dans le fil de la discussion, un quidam s'interroge sur l'identité de Pedro l'athlète qui va si vite. Il reçoit une réponse, musicale, allusion à une chanson de Jean-Jacques Goldman : « Je marche seul. » Pedro les Sablettes - référence à ses origines brésiliennes et à sa plage préférée - c'est Diniz. Yohann Diniz, statufié recordman du monde du 50 km (3h32'33'' en 2014), co-signataire d'un appel, le 27 novembre 2019, d'un groupe de dix-neuf d'athlètes français, emmené par les Renaud Lavillenie, Kevin Mayer, Mahiedine Mekhissi ou Mélina Robert-Michon, qui s'insurge contre « le fléau du dopage. »

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Diniz, 45 ans, a moins ri que la juge. Aidé, dans un premier temps, par la Fédération française d'athlétisme (FFA), qui a défrayé son avocat Antoine Maisonneuve (depuis la Fédé s'est retirée n'appréciant pas les critiques sur sa politique générale), il avait attaqué « en diffamation publique envers particulier », deux des libres penseurs internet, passionnés d'athlétisme, et tous les deux lanceurs d'alerte bien connus de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD).

Le premier, qui a laissé croire qu'il ne faisait pas le rapprochement avec Yohann Diniz, a été relaxé en avril dernier. Le deuxième, Pierrot Pantel, le moins prudent aussi dans ses écrits, non. Il avait été condamné à 50 euros d'amende et 1 000 euros de dommages et intérêt. Il a fait appel, qui sera jugé mercredi midi devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris.

Les débats, virils mais peut-être pas toujours corrects donc, posent le problème de la suspicion quasi systématique qui ourle les performances rares dans un sport gangrené par le dopage et les débats qu'elle génère, un peu dans la presse, beaucoup sur les réseaux sociaux.

Diniz, très courroucé à l'époque, semble avoir pris du recul : « C'est trop facile de cracher dans le dos des gens derrière un écran, nous détaille-t-il, mais il faut apporter des preuves et il n'y en aura jamais car je ne me suis jamais dopé. C'est une coquille vide. Mes perfs ont toujours été exceptionnelles, les bonnes comme les mauvaises, difficiles à cerner. Elles correspondent aussi à mon caractère. Cette affaire suit son cours. Je ne me prends plus la tête avec.. »

Son défenseur, dans ses conclusions, insiste, demande confirmation de la condamnation, et met en exergue une autre phrase tapée par Pierrot Pantel : « Diniz s'est perdu plusieurs semaines à Albuquerque, plaque tournante de la dope juste avant son record du monde. Mis à part ça, je ne dis rien. »

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Les échanges, qui étaient hébergés sur la page Facebook de Pierre-Jean Vazel, entraîneur-chercheur d'athlétisme, n'avaient été suivis que par quelques dizaines d'internautes. Yohann Diniz a choisi une plus grande cour. La journaliste Odile Baudrier, animatrice du site Spé 15, qui pourfend le dopage, sera entendue comme témoin inattendue et apportera des éléments de contexte.

Diniz, désormais retraité, dont les épopées sur la route ont toujours été homériques, théâtrales et introspectives, s'est inventé un nouvel horizon. Il travaille au siège de Décathlon à Lille mais il veut marcher « d'ici un ou deux ans » sur le mythique Paris-Colmar, qui ne part plus de Paris, mais qui mesure tout de même plus de 400 km. Pour confondre son corps et son image avec ses prédécesseurs, comme Roger Quemener, qui avaient initié sa passion. Un décor autrement plus bucolique qu'une salle d'audience, même au vieux palais de justice parisien de l'Île de la Cité.

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